HAITI/REPUBLIQUE DOMINICAINE

À la frontière, les autorités baissent la garde

Publié le 2020-07-29 | lenouvelliste.com

Laxisme, absence de dispositifs de prévention contre la Covid-19, abandon… Au niveau des points frontaliers haïtiano-dominicains, tout le monde baisse la garde alors que les cas de contamination en république voisine continuent de flamber. Les autorités haïtiennes, tout comme la population, se focalisent de moins en moins sur ce qui se passe à la frontière (notamment les quatre zones frontalières officielles), tandis que le risque d’une nouvelle vague est imminent.

Au point frontalier Anse-à-Pitres/Pedernales, les dispositifs pour tester les personnes revenant de la république voisine sont absents. « Même la prise de contrôle de température n’est pas effectuée », a observé le père Jean-Robert Déry, directeur national du Service jésuite aux migrants (SJM), qui s’est confié au journal le mercredi 29 juillet. Malgré l'existence d’un point de lavage des mains, les gens rentrent sur le territoire haïtien sans se laver les mains ; ils ne portent pas de masque. Il n’y a pas de contrôle assidu pour faire respecter les principes, constate le responsable de SJM. La réalité de cette zone frontalière soulève beaucoup d’inquiétudes, car le risque d’une nouvelle vague de la pandémie n’est pas à négliger.

Au niveau de Belladère/Elías Piña, les organisations de défense des droits des migrants expriment  la même inquiétude. Les gestes barrières ne sont pas respectés. Le révérend père Déry rapporte que depuis deux semaines la citerne disponible dans ce point frontalier ne contient pas d’eau. « D’après les informations dont je dispose, la situation n’a pas évolué. Les gens vivent comme si de rien n’était, comme si tout était normal, qu’on ne vit pas dans un contexte particulier », a-t-il observé, soulignant que la situation n’est pas si différente à Ouanaminthe (département du Nord-Ouest).

Dans cette zone de la frontière haïtiano-dominicaine, le Service jésuite aux migrants (SJM) note l’absence de centre de quarantaine au cas où une personne présenterait les signes et symptômes de la Covid-19. Les dispositions pour faire respecter les mesures de distanciation physique ne sont pas prises, sauf à Malpasse, ajoute le directeur national du SJM, où les principes sont plus ou moins observés. « On fait la prise de température, les cas suspects sont testés », a indiqué le père Jean Robert Déry. Les personnes symptomatiques sont transférées dans des centres de prise en charge.

Trois semaines après avoir annoncé des dispositions pour renforcer les mesures de prévention au niveau des points frontaliers, les dispositions tardent à se concrétiser. Joint par le journal, le Dr Ralph Ternier, coordonnateur du task force Covid-19 de Zanmi Lasante, a fait remarquer qu’il y a un certain relâchement pour faire appliquer les mesures barrières. « Il y a une certaine baisse », a indiqué le médecin, expliquant que les autorités de coercition affichent très peu de volonté pour faire respecter les consignes. « Les gens ne veulent plus passer dans nos structures de contrôle. Par rapport au service qu’on offre, ils sont très agressifs », a-t-il ajouté, informant que Zanmi Lasante maintient ses activités de contrôle à Belladère.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) note dans son dernier rapport publié ce mercredi qu’Haïti reste à haut risque de contagion rapide compte tenu de la faiblesse du système de santé, de la proximité et de la porosité de la frontière avec la République dominicaine et des liaisons extérieures limitées actuellement.  L’OIM dit observer 370 907 mouvements transfrontaliers du 17 mars au 29 juillet: 146 628 vers  la République dominicaine et 224 279 vers Haïti. De ce nombre, 74 443 ressortissants sont revenus de par eux-mêmes au pays.



Réagir à cet article