L’État en Amérique latine : Capitalisme, développement et crise hégémonique

Publié le 2020-07-23 | Le Nouvelliste

Pour les délices des chercheurs haïtiens et des amants de la lecture d'ici et d'ailleurs, le Dr Glodel MEZILAS vient de publier son dernier ouvrage sur l'Etat en Amérique latine intitulé : «L’Etat en Amérique latine : Capitalisme, développement et crise hégémonique ». Ce chef-d’œuvre s’ajoutant au tant d’autres essais épistémologiques dans les archives scientifiques haïtiens contribuera de fort et belle manière à l’enrichissement des débats corsés sur les questions latino-américaines relatives à l’Etat et incitera les insatiables chercheurs à explorer davantage l’histoire fascinante et contradictoire de cette région.   

Un espace géographique marqué par la lutte incessante d’une multitude de protagonistes pour le pouvoir politique dont les conceptions différentes de la réalité sociopolitique et économique constituent la principale pierre d’achoppement de toute négociation interétatique. Toutes ces formes de rivalités convergent vers l’établissement d’un prototype d’Etat qui semble être mieux s'adapter aux réformes conjoncturelles et structurelles de la région. Dans son ouvrage, le professeur, Dr Glodel MEZILAS propose une étude analytique des tensions et le tiraillement de l’Etat pris entre l'étau du capitalisme mondial, du modèle de développement et de la crise hégémonique immergé du conflit des intérêts entre les classes et les fractures sociales. Il passe en revue les différentes facettes de ces concepts tout en mettant en exergue leurs avantages et leurs inconvénients sur le modèle d’Etat idéal pour l’Amérique latine. L'auteur montre que l'Etat se trouve confronté à une crise multidimensionnelle tenant compte des faiblesses et des complexités de chacun de ces concepts à permettre aux groupes protagonistes de se mettre d'accord sur la spécificité de l'Etat en fonction de son mode de structuration.   

Cette situation virulente de l'État au niveau de la région, pousse le Dr MEZILAS à poser la problématique de son livre à travers la formulation de ces deux questions suivantes : Quelles sont les racines profondes de la crise permanente de l’Etat en Amérique latine ? Avec quel concept peut-on se représenter cette crise ? 

Comme hypothèse centrale, l'auteur avance que : « la crise de l'Etat combine le type de modèle de développement adopté en relation avec le capitalisme mondial et la crise hégémonique à laquelle ce modèle donne lieu ». En d'autres termes, il précise que cette crise étatique résulte de la combinaison de ces trois facteurs étroitement liés entre eux : le conditionnement économique du capitalisme mondial, le modèle de développement mis en œuvre et le système d’alliances politico-sociales au niveau interne. Ce qui implique, affirme-t-il une analyse de l’Etat reposant sur une approche intégrée, en ce sens qu’elle mettra en relation dialectique une approche sociologico-historique et une étude des modèles de développement. 

Dans l'étude analytique de son ouvrage, Dr Glodel MEZILAS, d'une part, présente l'Etat comme une configuration de forces sociales et un champ de bataille pour sa transformation où se trouvent articulées la dépendance du système économique mondial et la crise hégémonique entre les forces sociales et idéologique de la région et d'autre part, fait découvrir la richesse de la pensée critique sur l'État en Amérique latine tout en la confrontant à la tradition occidentale.   

Cette approche théorique de l’Etat en Amérique latine permet à l'auteur de construire ses arguments à partir des instruments de la pensée critique de la région en se référant aux concepts centraux de la théorie sociale ci-après : «  centre-périphérie, dépendance, colonialisme interne, Etat bureaucratique autoritaire, État dépendant, géopolitique de la connaissance, développement du sous-développement, colonialité du pouvoir, etc. » Ces derniers lui permettent de saisir la spécificité de l'Etat en fonction de son mode de structuration historique, sociale, culturelle, économique et politique.  

L'ossature de l'ouvrage du Dr MEZILAS se divise en dix chapitres s’étalant avec une méthodologie rigoureuse ses arguments autour du « concept État » qui constitue la toile de fond de la vie politique en Amérique latine. A l’introduction tout comme dans le corps du livre, le Docteur se réfère à une pléiade d’écrivains et d’experts latino-américains, un ensemble de théories comme boussole dans sa lecture d’analyse afin de mieux édifier les chercheurs. 

Dans le premier chapitre qui s'intitule : « panorama actuel de l'Etat en Amérique latine », le Professeur présente la spécificité géographique et démographique de l’Etat en Amérique latine. Il évoque l’asymétrie des relations sociales entre les groupes sociaux, la fragilité des institutions politiques et démocratiques de la région, le manque de confiance des citoyens dans les institutions et la crise hégémonique intense entre les différentes idéologies politiques qui disputent pour le pouvoir. L'auteur affirme que la dynamique économique de la région engendre une crise récurrente au niveau de l'Etat qui devient un lieu de conflits d'intérêts et un champ de combat pour l'orientation de l’historicité.  

Énumérant les problèmes que confronte la région, le Docteur met en exergue la crise des régimes dits progressistes, lesquels ont surgi au début des années 2000 contre les résultats mitigés du néolibéralisme comme moteur principal de la mise en œuvre du Consensus de Washington. Selon l'auteur, cette situation met en péril les projets de transformation sociale et les politiques de redistribution. L’auteur mentionne également que la région est caractérisée par une grande diversité, voire une grande hétérogénéité. Pour mieux saisir la crise actuelle de l'Etat en Amérique latine, le Professeur invite les chercheurs, d'une part à prendre connaissance deux faits structurels ayant eu des répercussions notables et manifestes sur la région : les réformes d'ajustement structurels et les transitions démocratiques des années 1980. Comme conclusion, il précise que l'Etat en Amérique latine fait face actuellement à au moins quatre (4) forces : les forces progressistes, les forces conservatrices, les Etats-Unis et la Chine. 

Le deuxième chapitre ayant pour titre : « Théorie de l'Etat », Dr Glodel MEZILAS, montre que l'Etat fait l'objet d'une mobilisation d'un ensemble de concepts en vue de mieux charpenter ses aspects juridico-politique. Il met en évidence d’une multitude de paradigmes relatifs à l’interprétation de l'Etat au cours des années 1970 tels que les paradigmes de la modernisation, de la CEPAL, de la dépendance et de la théorie de l'Etat après l'injection dans la région l’Etat bureaucratique-autoritaire ou l'État militaire. 

Décortiquant les différentes facettes du concept théorie, l'auteur passe en revue les relations existant entre l'Etat et le libéralisme, l'Etat et le marxisme, et la pensée d’Antonio Gramsci sur l’Etat.  

Le troisième chapitre portant sur « Précarité étatique (1825 -1880) » éclaire la lanterne des lecteurs sur les conditions difficiles dans lesquelles l'Etat apparait dans la région. Pour l'auteur, l'idée de l’Etat en Amérique latine renvoie à son émergence, ses mutations et ses transformations en fonction de l'évolution du système capitaliste dépendant de la région et des fractures entre les catégories sociales. En d'autre terme, l'Etat en Amérique latine n’a pas une histoire indépendante des corrélations de forces sociales, politiques, idéologiques et du système capitaliste, affirme-t-il. 

En ce qui concerne le quatrième chapitre « Etat oligarchique (1880-1930) », l'auteur met l'accent sur un ensemble de transformations structurelles qui résulte de l'apparition de l’Etat oligarchique dans la région entraînant la consolidation des États-nations et le contrôle de leur territoire. Ce dernier s'oppose à la bourgeoisie nationale en raison de sa psychologie et de sa vision de l’ordre économique. Il est ainsi caractérisé par son aspect élitisme, patrimonialisme et absence de participation politique ou une participation limitée ou supprimée. Sur le plan politique, l’auteur mentionne que, l’oligarchie fait référence à une forme de domination caractérisée par des pactes sociaux entre des pouvoirs locaux qui se mettent d'accord pour exercer une certaine forme de domination politique. Cependant la violence, la répression et la manipulation y joue un rôle central. Le pouvoir oligarchique ne facilite aucun développement des institutions, s’exerce en cercle fermé et entrave toute mobilité sociale. 

Analysant ses aspects économiques, Dr MEZILAS, précise que l’intégration des économies latino-américaines dans le commerce international se réalisait à cette époque et la notion de développement « extraverti » allait durer jusqu'aux années 1930. Il avance que ce développement est basé sur l'exportation des produits primaires et l'importation des produits manufacturés, engendrant une situation de déséquilibre social et économique, de misère et de mauvaise condition alimentaire, de santé etc.. 

Quant au cinquième chapitre « Etat populiste (1930-1960 », le Professeur explique que l’émergence de l’Etat populiste en Amérique latine se fait dans un contexte historique bien particulier qui laissera ses empreintes indélébiles dans l’évolution économique et politique de la région. Il conceptualise cette émergence en mettant en évidence la crise de 1929, l'effondrement de la domination oligarchique et les mutations de la structure sociale. Pour renchérir ses arguments, l’auteur analyse la notion de l’Etat populiste et le programme économique mis en œuvre. En ce sens, il précise que les régimes populaires reposent sur des alliances de classes, visant à construire un capitalisme autonome et national et ainsi caractérisés par des formes d’autoritarisme, par une présence active et permanente de l’Etat. A titre d’illustration, il fournit quelques cas d’études de l’Etat populiste les plus classique de la région tel que : mexicain, brésilien, argentin et d’autres expériences latino-américaines de type populiste comme : Pérou avec la création de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine (l’APRA) et Bolivie avec le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR).   

Dans le sixième chapitre qui a pour titre : « Crise de l'État populiste et naissance de l'État militaire (1960-1980 », Dr Glodel MEZILAS, souligne que la crise de l’Etat populiste en Amérique latine marque un tournant décisif dans l'évolution politique de la région. Il avance que  la région a connu une transition entre des régimes civils à l’instauration de dictatures militaires se donnant pour objectif de réorganiser l'ordre politique, social, économique et culturel par des politiques économiques de type développementiste. Voulant étancher la soif des lecteurs sur les causes de l'effondrement de l’Etat populiste, l’auteur présente une interaction très instructive et didactiquement bien coordonnée d'un ensemble d’auteurs latino-américains s’étalant leurs expertises dans le domaine. 

Concernant le septième chapitre : « Etat et néolibéralisme (1980-2000) », le professeur fait une analyse des mutations structurelles de l’Etat  avec l'implantation du néolibéralisme dans la région suivi du contexte de crise des dictatures et des transitions démocratiques. L’auteur montre que le surgissement du néolibéralisme occasionnera une crise hégémonique ou politique avec les fractures sociales, idéologiques de la région. En vue de garantir une parfaite compréhension du concept néolibéralisme, Dr MEZILAS, examine de manière exhaustive le néolibéralisme, son aspect programmatique, ses réalisations pratiques dans la région en partant des politiques de mises en œuvre par les Etats et la crise hégémonique dont il implique. Selon l'auteur, le néolibéralisme repose sur le fonctionnalisme du marché comme centre de la société. L'économie devient le noyau dur de l'ordre social au-delàs de l'intervention étatique et la réforme de l'Etat, affirme-t-il, se fait selon la logique du marché et non du développement national. 

Poursuivant ses argumentaires sur ce concept, le professeur avance que le modèle néolibéral dénonce le marxisme, le keynésianisme, le socialisme en donnant la primauté à la liberté individuelle, à la libre entreprise et à la défense du droit privé et des grandes corporations. Il gagne terrain  autour des années 1970 et 1980 suite à la crise économique du système capitaliste et s’impose d’abord en Amérique latine, en Europe avec les présidents Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Comme il a été ci-haut mentionné, Dr MEZILAS affirme qu’en Amérique latine, l'implantation du néolibéralisme passe par l'adoption du Consensus de Washington, qui est la dimension d’opérationnalisation du néolibéralisme et ne vise en aucune manière la croissance économique, ni le développement humain.  

Le chapitre huit titrant : « Etat, sujet populaire et anti-néolibéralisme (1990-2005) », met en exergue le moment central dans la mobilisation politique en Amérique latine en se focalisant sur l’émergence du sujet populaire en relation avec le rejet du néolibéralisme, les limites de la représentation politique. Le Professeur précise qu’il s'agit d'une réaction radicale contre la prolétarisation de la vie sociale, contre la force, la logique du capital, la défense de nouvelles formes de vie non marchandes, les limites de la démocratie formelle, etc.. Il souligne que la crise hégémonique dont souffre l’Etat en Amérique latine depuis des années 2000 est liée en grande partie à l'émergence du sujet populaire qui remet en question les réformes structurelles mises en place par le néolibéralisme et qui dénonce aussi le processus de démocratisation initié autour des années 1980. Il argumente que le sujet populaire constitue un acteur qui se construit progressivement à travers des pratiques politiques non traditionnelles, au-delàs de l'influence des partis politiques et des formes de représentation démocratique.

Le professeur dans le corpus de ce chapitre, analyse la notion de sujet populaire se basant sur la pensée de certaines théories sociales (la théorie fonctionnaliste et la théorie marxiste) et sa rationalité empirique dans le processus politique de la région. Pour conclure, il souligne que le sujet populaire en Amérique latine est complexe et hétérogène. Il est traversé par une pluralité d’acteurs provenant d'une diversité de couches sociales et son unité renvoie au fait qu’il surgit de la subalternité, de la périphérie du pouvoir hégémonique de la classe dominante.   

Dans le neuvième chapitre : « État, gauche et post néolibéralisme (2000-2016) », Dr Glodel MEZILAS, explique la victoire et la crise de la gauche en Amérique latine en mettant l'accent sur le concept de post néolibéralisme. Il mentionne que ce concept s’ajoutant aux côtés de gouvernements progressistes, progressisme, nouvelle gauche, socialisme du XXIe siècle, etc. devient un outil quotidien de travail d'un certains nombre écrivains latino-américains pour étiqueter certains gouvernements de gauche dont l'action vise la transformation politique, sociale et économique de leurs pays respectifs par rapport aux programmes d'ajustement structurel mis en place par les réformes néolibérales autour des années 1980-2000. 

   

La réponse à un ensemble de questionnement sur le post néolibéralisme amène l'auteur à formuler une hypothèse à savoir que le post néolibéralisme n'implique pas une rupture radicale avec les réformes économique néolibérales, vu qu’il ne dispose pas d’un modèle de développement économique, d’une nouvelle stratégie de transformation structurelle. Il affirme que le post néolibéralisme est en panne d’une pensée de rupture organisée et structurée par rapport au néolibéralisme et son incapacité de satisfaire les promesse qu'il avait projeté dans l'horizon politique latino-américain en explique ses déviations, ses limites et ses faiblesses.  

En ce qui a trait au dixième chapitre : «  Etat, droite et néolibéralisme (2000-2016) », le professeur montre la résurgence de la droite en Amérique latine à travers les élections présidentielles en Argentine et parlementaires au Venezuela en 2015 à la grande surprise des gouvernements progressistes de la région. Il avance que ces deux forces protagonistes mettent à  nu la polarisation idéologique de la région et confrontent incessamment pour la construction hégémonique en Amérique latine. Pour combler les attentes des chercheurs et faciliter la compréhension des lecteurs, Docteur Glodel MEZILAS passe en revue le clivage droite-gauche, la stratégie de la droite en Amérique latine et sa réalité empirique. Après avoir étayé ses arguments, il fait ressortir que le modèle de développement de la droite s'inscrit dans la logique du néolibéralisme qui favorise son implantation de la région au début des années 1980. 

Comme conclusion, le professeur, Dr Glodel MEZILAS, affirme que l'Etat en Amérique fait toujours l'objet de contradictions, de luttes sociales et de conflits entre les groupes formant le tissu social. Il n’est pas indépendant de la société et ne représente pas non plus l’intérêt général. Son analyse minutieusement élaborée sur la théorie matérialiste dépendante met à nu les racines politiques, idéologiques, matérielles et conflictuelles de l'Etat et le saisit dans son mouvement complexe et problématique avec la réalité latino-américain. La polarisation idéologique entre la gauche et la droite illustre les tensions traversant les modèles de développement. Selon lui, cette polarisation renvoie à une perception dichotomique, opposée, radicalement différentes des modes de construction du rapport entre l'Etat, la société et l’économie.

En définitive, Dr MEZILAS, de part son expertise en études latino-américaines, tente d'apporter, dans son livre, quelques éléments d'éclaircissement sur le concept de l'Etat en Amérique latine qui est souvent l’objet d’une confusion au niveau de l'interprétation de son historicité, de son modèle de développement et la polarisation idéologique entraînant une crise récurrente dans la région. Pour le professeur, aucune théorie qui en reflète la spécificité  conjoncturelle et structurelle de l'Etat en Amérique latine ne peut absolument garantir la stabilité et la prospérité de la région. Donc l’Etat en Amérique latine doit être pensé en fonction de la réalité latino-américaine. In fin, il est conseillé à tous les chercheurs et les intellectuels, les analystes aux affaires latino-américaines, les politiciens et les collègues diplomates de se procurer de cet ouvrage car il est un prototype d’essai présentant de manière claire et précise la réalité latino-américaine en fonction de sa spécificité culturelle, sociale, politique et économique.

Référence de l’ouvrage : Glodel MEZILAS, 

L'Etat en Amérique Latine : Capitalisme, développement et crise hégémonique, 

Port-au-Prince, Editions de l’Université d'État d’Haïti, 2020. 

Port-au-Prince, le 22 juillet 2020 

Widler FANATIS, Internationaliste Cadre de la Direction des Affaires Politiques | Ministère des Affaires Étrangères   Auteur

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