Gauche ou droite ? Une classe politique sans idéologie

Publié le 2020-07-21 | Le Nouvelliste

Pour certains, c’est l’idéologie qui mène le monde. Ce qui voudrait dire, la façon de penser, de voir ou de comprendre la réalité trouve son sens dans une forme réflexive qu’on pourrait appeler l’idéologie. En ce sens, l’évolution d’une société à l’ère moderne passe par la manière d’analyser, de comprendre et d’organiser la vie politique et socioéconomique. Cette compréhension passe certainement par une lunette, l’idéologie. Le mode d’organisation d’une société trouve son fondement sur une base idéologique.

Dans la première république noire dans toute l’histoire de l’humanité, certains pourraient même se demander sur quelle base idéologique fonctionne cette société. Pourtant Haïti est le premier pays au monde qui s’opposait à l’exploitation ou à l’idéologie impérialiste-esclavagiste. Dès le début du XIXe siècle le colonialisme s’est vu démanteler en Amérique latine par une république révolutionnaire. C’était quand même une révolution à tous les niveaux. Sur le plan politique, économique et social, la République d’Haïti avait bouleversé le monde où tout autre pays esclavagiste allait puiser dans ce grand mouvement révolutionnaire pour construire le fondement idéologique de leur société.

À l’heure actuelle on se demande quelle l’idéologie dominante en Haïti sur le plan politique. Ou, peut-on parler de l’idéologie au niveau de la classe politique haïtienne ? Dans la vie politique, l'utilisation d’une réflexion idéologique consiste à scinder les partis politiques en catégories générales qui peuvent formaliser une division bipartisane. Partout dans le monde, l'ensemble des forces politiques sont : la gauche, la droite, à un degré moindre le centre, et ces derniers temps avec la progression de l'extrême droite et l'extrême gauche.

Alors, quels partis politiques en Haïti peut-on considérer comme de droite ou de gauche ? On se précipite peut-être trop avant, peut-on parler de parti politique en Haïti ? Si l'on considère certains paramètres de bases liés aux partis politiques, on est vraiment dans un autre monde. Si nous considérions qu’un parti politique est comme un regroupement en association formé à partir des « idées politiques» communes, et qui peut aussi influencer l'opinion publique, nous ne sommes pas encore là en Haïti. La raison est simple, la notion de parti politique est d'ordre idéologique. Comme l’explique Benjamin Constant (1837), c’est une « réunion d'hommes qui professent la même doctrine politique ». Or, nous n’avons que des amateurs (abolotcho).

Sur ce point, quel parti politique en Haïti qu’on sache vraiment sa vraie nature idéologique ? N’en déplaise au professeur Lesly F. Manigat avec RDNP à une certaine période qu’on pourrait considérer comme une vraie structure politique, même si sa version du « progressiste » est un peu floue, et qui est devenu ces derniers temps un parti dénaturé. Toutefois on pourrait considérer OPL, mais l’idéal social-démocrate qui imprègne cette structure n’est plus valide, où actuellement c’est presqu’une utopie dans le monde politique. Cette réflexion est de même pour la bande à Madame Supplice Beauzile, Fusion. Un regard dans le passé nous permet de considérer le Parti Fanmi Lavalas comme une sorte de populisme anarchique, mais en réalité ce ne sont que des leaders à l’improviste.

L’autre aspect dans la question des partis politiques que nous devrons prendre en compte, il est d'ordre institutionnel. Ce point est fondamental et il est un élément essentiel du jeu démocratique, il consiste à saisir le parti politique en tant que forme politique et structure d'organisation de la démocratie. Ce dernier doit pouvoir perdurer et donc avoir le temps de se construire un électorat et un programme politique, les partis doivent se structurer et construire un certain nombre de règles permettant de définir le système de prise de décisions. En ce sens, la démagogie structurelle au niveau de l’enregistrement des partis politiques en Haïti se débrouille assez bien. Il y en a même qui se forment entre les membres d’une famille nucléaire. Pour mieux comprendre la débauche politique au sein des partis, c’est en période électorale. Plus d’une centaine de structures qui se disent politiques ont vu le jour. Même au niveau de leur nom, leur symbole, ce ne sont que des rigolos, par exemple PHTK, notre compréhension est encore loin de comprendre cette définition anecdotique.

En fait, pour comprendre sur quoi se fonde idéologiquement un parti politique, c’est à travers de son programme sociopolitique et économique. Généralement les partis de gauche s'appuient sur la promotion d'idéaux progressistes et d'égalité, la critique de l'ordre social et de la justice sociale. Ce qui fait allusion au radicalisme, le socialisme, le communisme et certains courants de l'anarchisme. Par ailleurs, les courants politiques de droite correspondent plus généralement à une doctrine, une tradition ou une idéologie plutôt conservatrice, économiquement libérale, manifestant un certain attachement à la liberté avec la production de certaines pensées de type réactionnaire. On peut quand même mentionner que le socialisme apporte la justification de l'État à la gauche avec la notion de justice sociale, c'est elle qui se fait le défenseur de l'État, outil de l'égalité, et de la collectivité, tandis que la droite défend davantage les libertés individuelles.

Tous ses aspects, nous ne les avons pas vus au niveau du secteur politique haïtien. Dans les dernières élections en Haïti, nous cherchions à trouver un programme politique de chaque candidat à la présidence, la majorité n’en avait pas. C’était beaucoup plus des discours sans fondement. Nous avons dans notre ADN de voter sans idéologie, sans conviction. Nous votons des partis de droite ou de gauche ? En fait, considérons certaines valeurs qui sont considérées comme étant caractéristiques de la droite : autorité, liberté économique, identité nationale, ordre social, sécurité, conservatisme, tradition; par opposition, les valeurs suivantes sont généralement considérées comme étant de gauche : égalité, solidarité, progressisme, insoumission, etc. Certaines valeurs ont un caractère plus transversal et peuvent se retrouver, selon les cas, à droite comme à gauche. Il s'agit par exemple de la démocratie ou de la justice.

Il faut quand même se méfier des gens qui critiquent l’occident, nous avons tendance à les considérer comme gauchiste parce qu’ils se lancent dans une satire américaine, loin de là, une idéologie politique est plus perplexe qu’une simple position politique. Par ailleurs, nous devons considérer le cas du Parti PITIT DESALIN. Le discours de Moise Jean-Charles se porte toujours vers le développement d’une classe moyenne appauvrie, une économie équilibrée et la fierté nationale. Mais, est-ce suffisant de le considérer comme un gauchiste ? Pour retrouver les classes populaires, la gauche devrait opérer un changement complet de paradigme. Parce qu’il est indispensable de différencier l'égalité économique et la liberté démocratique, dans l'analyse de la gauche comme la liberté économique et la liberté démocratique dans l'analyse de la droite, sinon la droite et la gauche se mélangent. Et, c’est là se pose le problème dans le discours pro-révolutionnaire de Jean-Charles Moïse. Si Réginald Boulos, le grand bénéficiaire du système qui paupérise la population parle lui aussi du changement de système, de la classe ouvrière, donc, peut-être qu’on est en train de galvauder les concepts. Alors, on se demande qui est de gauche et qui est de droite. Il faut aussi différencier l'ordre liée au conservateur, anti progressiste qui s'oppose à la liberté démocratique, liée généralement au progrès. Il y a donc la gauche économique qui est égalitariste, gouvernementale et démocratie libérale ou même gouvernement autoritaire, mais aussi culturelle qu’elle soit libérale ou conservatrice.

Il faut que nous arrêtons de nous tromper dans les discours des politiciens. Le fait de parler de la justice sociale, de la classe moyenne ou de la classe ouvrière ne fait pas d’un politicien un homme de gauche. S’adhérer à une idéologie est non seulement un apprentissage permanent, mais aussi c’est un mode de vie, une façon de comprendre la politique et l’économie. Alors, s’il existe vraiment une classe politique en Haïti c’est une politique sans idéologie. Et c’est ce qui nous donne une société sans identité sur le plan culturel, économique et politique.

Un autre aspect important, c’est la représentativité. Certes, cette dernière peut être très différente sur le plan national ou local si c’est quand même un parti politique structuré. S'il est généralement nécessaire de bénéficier d'une bonne implantation locale pour remporter des élections nationales, certains partis mineurs à l'échelon national peuvent avoir un poids important lors des élections. Faute de capacité et de réflexion idéologiquement censées, les partis politiques dans les élections en Haïti misent sur la violence meurtrière pour gagner. Parce qu’ils sont sans fondement idéologique, comme c’est l’idée qu’est le point de départ dans la construction d’une société, étant pauvre en ce domaine, ils n’ont pas de représentativité. L’idéologie politique comme étant un ensemble défini d'idéaux, des doctrines, ou des symboles d'un mouvement social qui explique comment la société devrait fonctionner et offre quelques plans politiques et culturels pour atteindre un certain ordre social. Alors, sans idéaux, sans perspective, sans représentativité, on est à des partis sans reconnaissance sociale.

La popularité d'une idéologie est due à l'influence. Les idéologies politiques sont donc liées à ces deux dimensions qui sont d’abord les objectifs c’est-à-dire comment la société devrait être organisée économiquement et politiquement. Et les méthodes qui sont l’ensemble des moyens le plus appropriés d'atteindre cet objectif. En ce sens, l’idéologie donne sens à certaines idées en ce qui concerne la meilleure forme de gouvernement qu’il soit la démocratie ou l'autocratie et le meilleur système économique qu’il soit le capitalisme ou le socialisme. Par ailleurs, les idéologies ont à s'identifier par leur prise de position sur l' échiquier politique soit comme la gauche ou la droite, mais ces derniers avec les crises sociopolitiques et économiques d’Haïti il n’y avait jamais une position avec une proposition indécente, tout cela faute d’idéologie au niveau des partis. Enfin, les idéologies politiques au sein d’un parti peuvent être distingués à partir des stratégies politiques et d'un problème politique unique autour duquel un parti peut être construit. Cette vision du monde qui devrait représenter à la fois un récit des origines, une conception de l’histoire à venir, des outils d’analyse et des propositions d’action pour tendre vers cet idéal, elle est quasi inexistante au sein de la classe politique haïtienne.

Max Rosebert Shoewer LUBIN Auteur

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