En hommage à Pierre Jorès Merat, docteur en géographie et enseignant-chercheur à l’UEH

Publié le 2020-07-14 | Le Nouvelliste

Parents, amis, collègues et étudiants ont dit le samedi 11 juillet 2020 la peine  et la tristesse qu’ils éprouvent devant la dépouille de Pierre Jorès Mérat. Comme le disait saint Augustin, « En cette vie nous sommes tous mortels, mais le dernier jour de cette vie est toujours incertain pour chaque personne. Et pourtant, pendant l’enfance, on espère  atteindre à l’adolescence ; dans l’adolescence, à la jeunesse ; dans la jeunesse à l’adulte ; dans l’âge adulte à la maturité, dans la maturité à la vieillesse. On n’est pas certain d’y arriver, mais on l’espère ».

Depuis le 2 juillet 2020, la ville des Coteaux, que l’on appelle désormais ville aux cinq cents marches, pleure. Elle pleure Pierre Jorès Merat, l’un des fils qu’elle chérit. Jorès était d’un esprit éclairé et équilibré. Chercheur et enseignant de carrière, il a travaillé sur les questions de pauvreté et de géographie du territoire. Ceci explique pourquoi sa thèse de doctorat a traité du littoral comme générateur de pauvreté en Haïti.

Comme Stéphane Mallarmé, grand poète, qui durant toute sa vie aspirait à écrire un grand livre, un livre alchimique tel qu’il le décrit dans sa lettre autobiographique adressée à Paul Verlaine, Jorès espérait, au-delà des préoccupations professionnelles et universitaires, participer à l’écriture de l’histoire de sa ville natale et au changement auquel aspire la jeunesse haïtienne, restituer au moins ce qu’on lui a donné.

Passionné de la connaissance et du discours intellectuel bien mesuré, Jorès revendiquait le mérite et l’honnêteté comme argument de promotion. Je ressentais cet élan dans les moindres discussions que j’ai eues avec lui. Jorès a voulu léguer aux jeunes générations ses réflexions sur le littoral et le phénomène des eaux qui détruisent la vie et les biens des habitants des villes côtières d’Haïti. Lui et moi nous planifiions de coécrire un livre sur la côte qui devait mettre l’emphase sur l’environnement et le système éducatif. Cette recherche sur les Coteaux, ville de Laurent Ferou, héros de l’indépendance nationale, et sur la Côte, région du pays  souvent oubliée et considérée parfois comme un appendice du département du Sud, aurait pu révéler bien des choses.

Tu t’es proposé d’écrire les points liminaires servant de cadrage éditorial à cet ouvrage que le devoir nous commandait, toi et moi, Jorès, malheureusement, tu es parti sans me dire où tu en étais, ce que je dois faire avec le projet. Je sais qu’il était sans doute très urgent pour toi de partir, puisque le destin te le commande, mais tu aurais pu au moins désigner ton remplaçant. Tu sais bien comment joindre les gens ; rappelle-toi le zèle et la manière avec lesquels tu nous as invités à participer au concert de Magnum Band, nous rappelant la mort de notre ami Péguy François. Tu l’as fait tellement bien, cher ami, que tu aurais pu continuer sur cette lancée. Trois jours après, avec fracas, tu t’es barré, pas même un mot, ni un au revoir !

Deux envies s’agitent et se complètent en toi : celle d’un pays différent de celui qu’on a aujourd’hui. Un pays dont les citoyens cultiveraient un minimum de bon sens, se battant pour la vie et le bien collectif. Il y avait aussi l’envie de te défaire de  la déchéance qu’on connaît aujourd’hui, la mésaventure de notre génération qui oscille entre la futilité et la raison. Tu  espérais hélas passer tes vieux jours dans ta ville natale, pour profiter du son et du dégoulinement des vagues de la mer, aider à redonner du sens aux coteaux qui jalonnent les rives de cette région pittoresque, une fois que tu aurais terminé ta mission de former des générations et des générations d’étudiants.

A certains tu disais que tu vivrais 400 ans, à d’autres 200 ans. A moi, tu disais que tu vivrais 143 ans, parce que tu comptais changer pièce après pièce, faire en temps utiles les réparations nécessaires pour y arriver. Tu paraissais tellement sûr de toi que personne n’osait se moquer de toi,  alors qu’on savait que tu rigolais. Bref, tu aimais tellement la vie que tu n’imaginais pas avoir un destin aussi bref.

Pour Haïti, tu étais un atout, une ressource qui aurait pu donner davantage d’espoirs en ces temps de grandes détresses que connaît le pays !

Pour l’Université d’État d’Haïti, tu étais un argument valable, un grand homme, un sérieux professeur !

Pour la ville des Coteaux, tu étais un excellent exemple à suivre, une référence, un vrai fournisseur de la parole sensée et bien articulée !

Pour ta famille, tu étais un pilier, un conseiller, un inspirateur, un poteau mitan !

Pour nous autres, tes amis, tu étais celui qu’on aimait toujours écouter et de la bouche duquel sortaient toujours des discours cohérents, des propos non complaisants mais compatissants !

Tu nous manques amèrement, Jorès !

Rochambeau Lainy

Docteur en sciences du langage

Enseignant-chercheur à l’UEH

Rochambeau LAINY Docteur en Sciences du Langage Enseignant-chercheur à l’UEH Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".