Jacmel : l’Église catholique marche contre le nouveau code pénal haïtien

Publié le 2020-07-13 | lenouvelliste.com

À l’issue d’une messe célébrée au centre polyvalent de Jacmel, une marche pacifique a été organisée dans la matinée de ce lundi 13 juillet par les chrétiens catholiques de cette ville contre certaines dispositions du nouveau code pénal haïtien, notamment ceux traitant de l’âge sexuel des adolescents, de l’identité sexuelle des citoyens haïtiens, de l’avortement entre autres.

Dirigée par l’Association des salésiens coopérateurs d’Haïti, cette marche pacifique a arpenté diverses rues de la ville en scandant des messages anti-Jovenel, anti-homosexualité, anti-avortement, anti-mariage pour tous avec pour refrain : «Jovenel vale dekrè w la».

A travers leurs chants, leurs cris et leurs alertes, les manifestants présentent le président de la République Jovenel Moïse comme un antichrist et demandent à Dieu son soutien pour guérir le pays de ce mal incarné.

Les salésiens coopérateurs d’Haïti se disent mobilisés jusqu’au retrait de ce code pénal. Ces derniers invitent tous les citoyens et les autres confessions à les rejoindre dans cette croisade pour la moralité et la vie.

« Si en arrivant chez vous, vous surprenez quelqu’un en pleins ébats sexuels avec votre jument, vous restez bouche bée à cause de ce code pénal. Ce code autorise votre fillette d'avoir, à quinze ans, des relations sexuelles avec des adultes », fait savoir l’économiste Louiner Jean Mary à la foule, qui elle, répond en criant ‘’Aba Jovenel’’.

Un des principaux piliers de ce mouvement anti code pénal, Me Sylvia Fabien, soutient que président Jovenel Moïse est en mission et qu’il a reçu de fortes sommes pour publier ce code pénal.

« Notre Dieu nous demande de toujours faire ce qui est juste… Puisque nous sommes fils de Dieu nous ne sommes pas appelés à patauger dans la boue…Toute autorité vient de Dieu, nous sommes là pour obéir à toutes les autorités, mais une obéissance à ce qui est correct, ce qui est juste, ce qui est normal. Nous n’avons pas  à manquer d’égards à une autorité. Cependant la Constitution de notre pays nous donne le droit de protester, de manifester, de dire non à toutes les décisions avec lesquelles nous sommes en désaccord, toutes les décisions qui anéantissent l’homme, qui peuvent causer la déchéance humaine… », commente un des piliers de ce mouvement, le curé de Jacmel, le Rév. père Samson Pierre.

Présent aussi à ce mouvement, le sénateur de la République élu du Sud-Est Joseph Lambert dit ne pas être fier de ce code pénal. Le parlementaire rappelle que des sénateurs ont beaucoup travaillé pour offrir un code pénal au pays. Certains d’entre eux comme le sénateur Sénatus Jean-Renel ont même été en Afrique pour voir la possibilité de proposer quelque chose sur la zombification. L’équipe qui travaillait sur ce dossier a consulté plusieurs secteurs pour offrir un code pénal adapté à la réalité actuelle de notre société.

« Nous avons été très surpris de constater des articles traitant de l’homosexualité dans ce décret. La société haïtienne n’est pas encore prête pour ça, et je crois que le président n’a qu’une seule décision à prendre, celle de faire retrait de ce code pénal et de laisser la société en débattre. Le président n’a pas intérêt à faire preuve d’autoritarisme. Toute la société est révoltée contre ce décret-loi. Il doit laisser à la prochaine assemblée législative la liberté de se prononcer sur ce décret-loi à la lumière de tous les débats qui se font actuellement là- dessus dans la société », commente le sénateur.

Signalons la présence de l’ancien député Deus Deroneth à cette marche.

Pierre-Paul ANCION
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