Henry Bernard Pierre Joseph, figure emblématique de Boukman, est mort

PUBLIÉ 2020-07-03
Ce 2 juillet 2020, Henry Bernard Pierre Joseph a rejoint les ancêtres suite à une maladie courageusement supportée. Tambourineur, animateur, membre des premières heures de Boukman Eksperyans, l'homme laisse derrière lui de longues années d’engagement au sein de ce groupe mythique de la chanson rasin.


« Se nèg Kafou Fèy li ye tankou m », s'exclame le légendaire Eddy François qui nous parle depuis la Floride. C'est donc Henry qui va le suggérer comme bassiste dans le groupe où il tissera une bonne partie de sa mise en lumière. « J'avais 12 ou 13 ans. J'étais déjà un bon guitariste. J’animais dans mon quartier de temps en temps des moments de sérénade devant chez moi. Cela attirait du monde. Et c'est ainsi que lui s'est approché de moi et depuis on est devenu potes », raconte cette voix de la musique haïtienne reconnaissable entre toutes.

Henry, selon Eddy, était un tambourineur hors pair. « Difficile de dire s'il a été à une école pour cela, car à Carrefour-Feuilles tout le monde savait jouer d'un instrument, ajoute le chanteur. C'est en fait le fief, le vivier de la musique rasin. » Les années passent et en 1981, Henry lui dit qu'un groupe du nom de Moun Ife qui devra se muer plus tard en Boukman Eksperyans est en train de chercher un bassiste. « Il leur a vanté mon mérite comme un as du reggae et c'est ce qui a contribué à me pousser au sein de ce groupe fabuleux », confie-t-il. 

Lòlò, éploré, raconte qu'il a croisé Henry sur une place publique. « À l'époque, notre groupe, qui était une sorte de confrérie spirituelle, savait organiser des happenings sur les places publiques. Henry, touché par notre message, a manifesté son intérêt pour notre mouvement qu'il n'a plus jamais quitté », raconte le lead de Boukman Eksperyans. 

Henry, dont tout le monde parle de son attachement à la spiritualité, débute en tant qu'animateur avant de devenir musicien. C’est un conseiller dont le groupe est tributaire de tant de choses. Le seul clip de Boukman auquel il n'a pas participé, c'est leur tout dernier. « En février, au moment du tournage, il était déjà assez souffrant, c'est pourquoi il s'était absenté », souligne le chanteur. Pour Lòlò, c'est un frère qui s’en est allé, pas juste un collègue. « Mon père, Théodore Beaubrun alias Languichatte, lui avait même trouvé un rôle dans ses œuvres. Quand on a déménagé à Ouanmaninthe, il était là avec nous », se souvient-il.

Si Lòlò considère Henry comme un frère, c'est donc naturel que Ti Paul, son fils, parle d'un autre oncle que la vie lui a donné, « Quand je rejoins Boukman à 13 ans, c'est lui qui a assuré mon initiation. C’est lui qui m’a appris comment animer », conte le leader de Zing Eksperyans. Il a en mémoire que Henry aimait voyager, qu'il aimait la vie. Il se croyait éternellement jeune et poussait les jeunes à aller de l'avant.

Une autre personne qui se chagrine de la disparition du tambouye, c'est Jacques Subréka supporteur invétéré de Boukman, sorte de Djo Kannèl de la bande à Manzè et Lòlò. « Henry était cool, il aimait ce qu'il faisait, il aimait beaucoup la musique », dit-il. L'animateur des « Mythes de la Bible », un live show sur Facebook, l'a découvert grâce à Lòlò dont il est l'ami depuis 1963.

Henry laisse derrière lui 2 enfants et son épouse. Barnabé lui souhaite beaucoup de lumière tandis qu'il rejoint les ancêtres qu'il a si bien honorés grâce à son abandon total à la spiritualité.

Woukoukou, Henry !



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