Dispositions Transitoires : un outil suranné pour l’UEH

Publié le 2020-07-01 | Le Nouvelliste

L’Université d’État d’Haïti naquit du décret du 16 décembre 1960 et se mit au service du gouvernement d’alors c'est-à-dire celui de : « l’ère duvaliériste ». Mais la Constitution de 1987 répondant à de nouvelles orientations politiques, sociales, économiques et culturelles a changé la donne. Elle a fait de celle-ci une institution autonome construite sur des valeurs démocratiques. Régie par les présentes « Dispositions Transitoires », l’UEH attend depuis 23 ans d’être dotée d’une nouvelle loi garantissant, en toute indépendance, son fonctionnement et son organisation. Il s’agit en effet, de la « réforme » prévue par ces Dispositions en vigueur depuis février 1997. Que peut-on espérer de plus des Dispositions Transitoires ? Ne sont-elles pas dépassées compte tenu de l’état actuel de l’UEH en termes d’expansion, de demande sociale de participation, d’intégration et de reddition des comptes ? Ces « Dispositions » favorisent-t-elles la bonne gouvernance, l’alternance politique certaine, la représentativité ? À ces questions, nous allons tenter d’apporter quelques éclaircissements à la lumière de la théorie critique.   

Le principe de la participation et de la représentation  

 La participation aux élections prescrite par les Dispositions Transitoires en même temps que la représentation pour le renouvellement des dirigeants au sein de l’UEH demande la plus haute responsabilité morale et éthique pour le respect de la contribution au savoir scientifique et technique tant au niveau national qu’au niveau international. L’Université, l’avant-garde de la société, ne s’administre pas en vase clos au moment où nous écrivons ces lignes. En revanche, elle entre constamment en relation sur la base de coopération avec ses homologues, des organismes de recherche scientifique de toutes parts. À ce stade, les représentants de ladite institution devraient être des interlocuteurs valables, compétents, capables d’aménager un espace de négociation viable. En témoigne l’article 24 de ces ‘’Dispositions’’ : « Représenter l’UEH tant au niveau national qu’international ;  développer la coopération universitaire ».

Les présentes Dispositions Transitoires dont l’article 19 stipulent le statut de toute personne désireuse d’être membre du conseil exécutif : « Etre détenteur d’un diplôme universitaire équivalent au moins à une maîtrise ». Si ces « Dispositions » ont validé ce grade académique (maîtrise), c’est qu’il y a  effectivement eu de bonnes raisons de le faire surtout que lequel grade académique requis avait été considéré en Haïti (j’ose le dire) au même titre que celui du doctorat dont les jeunes universitaires haïtiens, de nos jours, se targuent d’être détenteurs. Partir étudier apparaissait la meilleure option : on vous voyait « grands » d’être revenus de l’étranger, sans tambour ni trompette, avec une maîtrise.

 Il faut admettre que ce n’est plus, à l’heure actuelle la même réalité à laquelle fait face l’espace universitaire haïtien. La détention d’une maîtrise (d’une année seulement, niveau qui est nettement inférieur aux différents programmes de Maîtrise offerts à l’UEH actuellement) cesse de représenter ce qu’elle est par le passé, elle s’est démocratisée. L’UEH en compte, à elle seule, plus d’une vingtaine  de programmes de matrise ou master et deux  écoles doctorales. De leur côté, les universités privées emboîtent sérieusement le pas. Grâce à la technologie, plus d’un est à même, aujourd’hui, d’entrer, par correspondance, en possession d’une maîtrise. Le grade de doctorat s’impose par la force des choses. Les personnes, l’ayant obtenu, pullulent, d’autant que beaucoup d’entre eux sont connus, en toute réserve, sous l’appellation « enseignant-chercheur ». Ce serait un non-sens de garder encore le statut de « maître » pour ceux et celles qui entendent diriger la plus prestigieuse institution d’enseignement supérieur.

L’omnipotence du  recteur

D’après l’article 6 de ces « Dispositions », les organes centraux de l’UEH : ce sont le conseil de l’université  et le conseil exécutif. Celui-ci est l’organe exécutif de l’administration centrale de l’UEH. Celui-là est l’organe suprême, d’orientation, de contrôle et d’arbitrage. il s'agit de la plus haute instance de décision de l’UEH. Le conseil exécutif siège au Conseil de l’Université (CU) ;  Le Conseil de l’université se réunit sur invitation du conseil Exécutif,  c’est ce dernier qui prépare l’ordre du jour. Ainsi, le CUEH est soumis aux caprices de l’organe qu’il élit. Le recteur, quant à lui, préside le Conseil de l’université. D’après la charte électorale, il lui est même attribué le droit de vote pour son renouvellement lors des élections au détriment de ses potentiels concurrents qui ne sont pas membres du CU. Où est le principe de l’égalité des chances que nos professeurs enseignent à l’UEH ?

Il n’est pas moins vrai que le contre-pouvoir apparait comme une réalité illusoire dans les présentes Dispositions Transitoires : le Recteur et les deux vice-recteurs comme premiers exécutifs ou ordonnateurs de l’UEH sont aussi membres de l’instance de contrôle, le CU. Le recteur en est aussi le président. Être à la fois juge et partie ne gêne-il pas à l’UEH ? L’UEH n’aurait aucune objection à ce que le Président de la République ou le Premier ministre soit le président de l’Assemblée nationale, de la Chambre de députés ou du Senat ? Le problème d’autonomie fonctionnelle entre ces deux instances est donc patent. Trop de collisions possibles ! On a l’impression de faire face à un scenario dont on sait le dénouement : une politique, deux poids deux mesures ; la chance sourit à  plus d’un (les privilégiés) pour perpétuer l’ordre existant. Il faut rappeler que les Dispositions Transitoires espéraient que les nouveaux dirigeants de l’UEH de l’après février 1997 allaient donner cette grande institution d’enseignement supérieur d’une loi cadre, nouveaux statuts, règlement intérieur en vue de la moderniser, la réformer. Apres 23 ans, que peut-on dire de la capacité de l’UEH de trouver les consensus nécessaires pour sortir l’UEH à la traîne des autres universités de la Caraïbe ou celles de l’Afrique ? Je crois que les dirigeants de l’UEH sont trop complaisants envers eux-mêmes.

Vive la Réforme ! Vive une université démocratique, intégrée à la société haïtienne !

Oscar LAGUERRE, sociologue. laguerreoscar56@gmail.com Auteur

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