Confinement et si les jeunes en parlaient ?

Je vivrai

Les enfants du petit club d'écriture nommé Jeunes auteurs haïtiens (JAH) qui avaient pris part à Livres en folie avec un recueil de textes « Petits doigts parlent de droit » l’été dernier veulent faire comme les aînés – artistes, écrivains, critiques, philosophes qui livrent leurs pensées dans la section Culture. Sous la direction de madame Valérie Payen Jean Baptiste, assistée de monsieur David Jean Louis, ils offrent au public les plus secrètes pensées qui s’élaborent dans leur esprit en ces temps de coronavirus. Cette semaine, nous poursuivons le partage avec le texte de Fabiola Chéry. Fabiola Chéry est en classe de 9e année fondamentale à l’école République des États-Unis. Elle aime lire, écrire et écouter de la musique. Elle a l’âme mélancolique et sait raconter des histoires profondes. 

Publié le 2020-06-29 | Le Nouvelliste

Bien que je reste à la maison et que je prends beaucoup de précaution : je nettoie instantanément tout ce qui est touché, je tousse et j’éternue dans mon coude et je lave mes mains fréquemment, je n'arrive pas à croire que des gouttelettes beaucoup plus petites que les postillons d’un banal rhume peuvent conduire à une infection pulmonaire sévère. Que ces gouttelettes microscopiques arrivent à me rendre esclave des habits et des chaussures de ma mère qui sort tous les jours pour me trouver de quoi manger. Cette situation ronge ma vie de jour en jour. Malgré toutes mes précautions, la peur du virus reste toujours comme un gros nuage noir dans mon esprit. Quand est-ce que cette situation esclavagiste prendra-t-elle fin ? J'ai les lèvres sèches, le cœur amer, l'âme prisonnière de la peur, l'esprit éloigné de mon être. Le temps est plutôt critique de mon côté et difficile à supporter. Je me sens extrêmement sensible face à la propagation de la maladie. 

Les choses qui m’inquiètent le plus sont : la perte de mes capacités, la platitude et la médiocrité de mes journées, ma peur constante de prendre des nouvelles. À mesure que je suis informée des effets de la maladie, j’ai de plus en plus peur de me frotter aux gens que j’aime. Je m’éloigne de ma mère même quand ses doux câlins me manquent. À chaque fois que ma mère me signale les matins que nous devons nous rendre au marché j’ai tout à coup peur de respirer. Je me dis que même avec un masque je cours un risque. Quand je reviens du marché, je me jette sur la bouteille de remèdes à base de plantes naturelles pour la toux et fièvre. À chaque fois que je sens un malaise, je me console avec cette bouteille. 

La date du 19 mars me révolte. Depuis ce jour je ne ressens plus rien que le vide. Avec les jours jumeaux du virus, il devient difficile pour moi d'avancer seule. Le chemin le plus dur, c'est celui qu'on parcourt seul ou virtuellement. Par moments la dépression m’envahit si fortement qu’il ne me vient qu’une seule envie : en finir une bonne fois pour toutes. Du coup, la télévision, le téléphone ne m'intéressent presque plus. Comme tous les autres jeunes je ne sais, moi non plus, contre quoi lutter ( mes sentiments ou  le virus) ?  Mais dois-je aussi laisser cette dépression me marcher dessus ? Dois-je toujours avoir peur du virus ? Dois-je encore me trouver des excuses pour ne plus suivre mes cours ? Dois-je encore rester là à ne rien faire en prenant le virus pour prétexte ? Et si cette situation devrait durer deux à trois ans ? Vais-je aussi passer deux à trois ans à régresser ? 

Non, je dois quand même avancer, prendre ma vie en main car c'est ma vie pas celle du virus. Je ne dois pas le laisser non plus contrôler ce que je peux faire. Alors que le fait d'être confiné me tienne compagnie et qu'elle me libère de ce que je ne suis pas avec de sentiments du genre «je ne peux pas faire ci, je ne peux pas faire ça».

Je refuse de me laisser enterrer avec le confinement. Bien que j’aie marre de rester virtuelle, je tolère les jours que je dois rester confinée sans les laisser noircir mon cœur. Je suis désormais en traitement. J'attends avec ardeur le déconfinement, ce jour où je pourrai partager mes expériences, tout ce que j'ai pu accomplir durant le confinement, et je profiterai de chaque instant que je vivrai à l'air libre.

Fabiola Chéry  Auteur

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