La Dr Adeline Jocelyn Verly s’éteint à Ottawa

Publié le 2020-06-26 | Le Nouvelliste

Par Eddy Cavé

Avec le départ précipité d’Adeline Jocelyn Verly pour l’au-delà, c’est une amitié de plus de 60 ans qui disparaît pour moi. Une amitié née à la fin des années 1950 à Port-au-Prince après son mariage avec le Dr Jean Verly et qui n’a pas seulement survécu aux aléas de la vie et aux caprices de l’émigration. Cette  amitié s’est renforcée au fil des décennies, en particulier depuis qu’elle s’est établie à Ottawa en 2004 avec sa fille Nathalie, son gendre Sébastien Raphaël et leurs petits-enfants Victoria et Olivier. Habitant à moins de 10 km de distance les uns des autres, nous avons mené ici la petite vie de province où l’on se visite sans devoir s’annoncer et où l’on se met à table sans se faire inviter quand on arrive à l’heure d’un repas.  Nous sommes ainsi devenus des membres d’une famille haïtienne élargie solidement soudés les uns aux autres dans le bonheur comme dans l’adversité.

Hospitalisée dans la soirée du vendredi 12 juin en cours pour des problèmes liés au diabète, à la perte d’appétit et au manque d’énergie, Adeline Jocelyn Verly a rendu le dernier soupir à Ottawa dans la soirée du dimanche suivant. En raison des interdictions de visites appliquées durant la période actuelle de confinement, la famille n’a pas pu l’assister dans ses derniers moments. Accourus à son chevet à l’appel de l’hôpital, Nathalie et Sébastien n’ont même pas eu la possibilité de  lui dire adieu. Elle était déjà partie. Seulement dix membres de la famille étaient autorisés le mardi 17 juin à voir sa dépouille au salon funéraire Héritage d’Orléans et à  dire une courte prière pour le repos de son âme. Une épreuve de plus pour la famille!

Adeline Jocelyn Verly a quitté définitivement Haïti en 2004  au terme d’une fructueuse carrière de près de 50 ans en obstétrique et gynécologie. Née en 1926 à Coquette, à quelques kilomètres  des Cayes, elle a fait ses études primaires et secondaires dans cette ville et ses études de médecine à Port-au-Prince. C’est durant cette tranche de sa vie qu’elle se lie d’amitié avec le camarade de promotion Jean-Verly avec qui elle unira sa destinée. Elle décroche son diplôme en 1954, entre la même année à la Maternité Isaïe Jeanty, à Chancerelles, comme résidente et se marie en 1957. Commence alors la longue suite de voyages d’études, de stages de formation et de missions à l’étranger qui forme la toile de fond de sa vie.

Pendant que son mari fait une spécialité en urologie à Barcelone, en Espagne, elle fait un stage d’observation en gynécologie dans un grand hôpital de cette ville, puis elle se rend à Paris en 1958 où elle a obtenu un poste de résident étranger à la Clinique-Maternité Beaudelocque. À son retour en Haïti, elle reprend son poste à l’hôpital de Chancerelles, ouvre sa propre clinique et donne naissance à ses deux enfants, Alain et Nathalie.

En 1971, Adeline est admise au School of Public Health, University of Michigan, à Ann-Arbor, où elle se spécialise en santé materno-infantile et planification familiale et décroche une maîtrise  en santé publique.À son retour au pays, elle est nommée à la Division d’hygiène familiale (DHF) du ministère de la Santé publique et de la Population en septembre 1973 au titre de superviseure de planification. Sa carrière prend alors son envol. On la retrouve ainsi à la Direction d’évaluation / recherches, puis, de 1977 à 1983, comme  directrice adjointe à l’ensemble de la DHF. Durant cette période, elle consacre le plus clair de son temps  à l’organisation et la supervision des  cliniques de planification familiale dans les diverses villes du pays, la vaccination des femmes enceintes, l’éradication du tétanos ombilical. La mise en œuvre de ce programme se traduira par une baisse de la mortalité maternelle et un abaissement du taux de fécondité des femmes.

En juin 1983, on la retrouve au poste de  directeur de l’Unité de coordination des Directions régionales où elle a l’occasion de mettre en pratique ses  connaissances en management de la santé publique et d’effectuer un travail utile et stimulant. Après un bref passage au poste de secrétaire d’État à la Santé publique, elle est attachée à titre  de consultante à la Direction de l’Unité d’exécution et de coordination du ministère. Elle y restera  jusqu’à son départ à la retraite en avril 1986.

En 1988, elle crée la Fondation pour la santé reproductrice et l’éducation familiale, plus connue sous le sigle FOSREF, qui a pour but de promouvoir la santé en matière de reproduction et d’éducation familiale. Après s’être s’acquittée de cette mission par l’entremise du Centre de gynécologie préventive et d’éducation familiale,  la FOSREF  sera prise en charge par le Club des femmes de carrières libérales et commerciales.

Dans le cadre de ses fonctions de spécialiste en hygiène publique, Dr Verly a considérablement enrichi sa formation en participant à divers congrès des sociétés d’obstétrique et de gynécologie; en suivant des séminaires sur les méthodes chirurgicales de contraception aux États-Unis;  en participant à des conférences en Amérique latine et en Asie sur la contraception et la fécondité, sur l’espacement des naissances de qualité, etc. Elle a en outre effectué diverses visites d’observation en Afrique, notamment au Nigeria, au Maroc, au Burundi, au Zaïre.

Au moment de prendre une retraite bien méritée pour retrouver ses enfants et petits-enfants répartis entre Ottawa et Boston, Dre Adeline Jocelyn Verly a laissé d’excellents souvenirs chez ses anciennes patientes, chez ses collègues  et  dans le large cercle de ses amis et connaissances. Elle a également rendu d’éminents services à la nation, où l’éducation à la santé ne semble être, aujourd’hui encore ni une priorité, ni un réflexe.

Socialiste dans l’âme, Dr Adeline Jocelyn Verly  s’est toujours insurgée contre la tendance très courante à créditer presque exclusivement les médecins du succès de tous les soins dispensés en milieu hospitalier. À son avis, aucun traitement d’envergure réalisé dans ce milieu ne pourrait réussir sans la contribution de toute la chaîne des ressources humaines allant des plus humbles balayeurs et préposés à l’entretien jusqu’aux médecins en chef et aux administrateurs. Cette chaîne comprend également les infirmières et infirmiers, les techniciennes et techniciens de laboratoire, le personnel administratif, etc. Les chirurgiens  ne pourraient jamais réussir leurs opérations si les salles n’étaient pas correctement nettoyées, les instruments stérilisés avec soin et déposés à l’endroit précis où ils doivent être, etc.

 Invitée à prononcer le mot de circonstance à un gala de bienfaisance organisé à Ottawa en 2013 à l’occasion des 90 ans de l’hôpital Saint-Antoine de Jérémie, Adeline étonna l’auditoire en prononçant ces phrases jamais entendues de la bouche d’un médecin :

« … On peut même dire qu’il est toujours possible de doter un hôpital de quelques bons médecins et d’un bon administrateur. Ce qui fait la différence entre deux hôpitaux bien pourvus en cadres techniques et administratifs ce sont les compétences, l’expérience, le dévouement et la conscience professionnelle du personnel de première ligne : les préposés à l’accueil, les auxiliaires du dispensaire, les porteurs, les ambulanciers, les cuisiniers et cuisinières, etc.

L’infirmière, par exemple, est le véritable agent de guérison du malade. C’est elle qui est en contact permanent avec lui, qui exécute les prescriptions médicales et observe d’heure en heure ses réactions aux médicaments. Il faut souligner aussi le côté dévotion au patient, que les Américains appellent «tender loving care » et qui est irremplaçable.

Elle laisse dans le deuil un grand nombre de parents, d’amis, de collègues  qui regrettent de n’avoir pu ni l’assister dans ses derniers jours ni l’accompagner à sa dernière demeure.

Que son âme repose en paix!

Par Eddy Cavé

Ottawa, le 24 juin 2019

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