Haïti, d’un virus à l’autre

Publié le 2020-07-03 | Le Nouvelliste

…Pito nou chante souple, rele lespwa kote l ye 
Pou nou pa dekouraje, car nou ekziste

Manno Charlemagne, Manman  

Vous rappelez-vous 2010 ? 10 janvier, Haïti, le tremblement de terre ? 300.000 morts, vous rappelez-vous ? À l’époque, nous, encore vivants, étions tous ou presque, les sanglots retenus, à nous dire - entre deux morts à ensevelir à la va-vite et les nombreux blessés et amputés à soigner - que ce malheur pouvait être une opportunité pour penser le pays, mener une réflexion quant à son devenir, inventer, créer un espace plus convivial où l’Haïtien vivrait avec un minimum de décence et de dignité.

Depuis, il s’est écoulé dix ans. Résultat des courses : le pareil a remplacé le même, et persiste la désolation. Le logiciel usé, dépassé, obsolète, de reproduction des pratiques d’exclusion, d’exploitation et de spoliation perdure. Les fossoyeurs de la patrie continuent leur sale boulot : creuser, creuser encore creuser, pour s’assurer que nous sommes bien dans la tombe, et le pays bien enfoncé dans l’abime, pour mieux le vandaliser. Cette société rêvée, plus juste, plus égalitaire, n’est donc malheureusement pas advenue. Insaisissable, la réalité s’est emballée, la dégradation du pays, accélérée.

Pourtant, nous revoilà, à la faveur du confinement dû à la pandémie de la COVID- 19, têtus, l’espoir toujours chevillé au corps, à croire, au bout de cette nuit bien trop longue, que le jour viendra, le soleil luira pour tous, le pays sortira de l’ornière. Le défi qui se dresse devant nous encore aujourd’hui, c’est de faire d’Haïti un pays désirable ; un sacré combat à livrer et à gagner collectivement.

Une décennie perdue

Personne ne pensait que Martelly deviendrait président de la première république noire libre du monde, post-tremblement de terre. Vu qu’il nous a été, enfin de compte, imposé et propulsé au palais présidentiel par la communauté dite internationale, nous nous demandions un peu naïvement lors : « Que peut Martelly pour Haïti ? ». La réponse est désormais connue : rien, sinon d’avoir aggravé la situation économique et sociale du pays.

Nous imaginions pourtant, qu’il aurait, dans un sursaut ultime, fait un homme de lui, mais c’était oublié que celui qui arrivait à la tête de l’État était un mec inapte et endetté. Aussitôt aux manettes, il a transformé le pays en open-bar. Il a déployé sa famille et ses acolytes qui ont fait main basse sur les principaux lieux de collecte du moindre centime destiné, non plus à alimenter les caisses de l’État, mais à renflouer désormais les comptes en banque de sa parentèle et ses thuriféraires. Sous son règne népotique, le seul prérequis : savoir compter. Pas surprenant que Jovenel Moïse, son poulain et successeur, ait été le seul, comme de juste, à connaitre le taux de change de la gourde haïtienne par rapport au peso dominicain, lors du débat présidentiel de 2015.

Déjà Lamothe, le Premier ministre de Martelly, avait donné le signal de départ avec sa formule : « Haiti is open for bizness ». Évidemment, tous les malfrats ont applaudi, voyant leur règne arriver. C’est exagéré ? Il a été mal décodé? Comme Baby Doc, en son temps, c’est un incompris ? Quand Duvalier dans son discours d’investiture, en 1971 prononçait son fameux « Jeunesse de mon pays ! », les péripatéticiennes de la région métropolitaine de Port-au-Prince avaient, en effet, tort de croire qu’il s’adressait à elles et qu’elles avaient enfin trouvé leur président ; le message ne leur était pas, en effet, destiné ; en fait, il ne s’adressait à personne, encore moins à elles, Duvalier était plutôt dans son onanisme. Cependant, dans le cas de Lamothe, il n’y a eu indubitablement aucune méprise, il a été bien compris ; en Haïti « bizness sé bizness ». Comment se tromper sur l’homme, avec un tel profil. Voyez son état de service, demandez au fils du président Wade ou à Malick Bâ. Regardez son bilan et les scandales qui ont jalonné son administration : CIRH, Petro Caribe, FNE, les entreprises bidon, les sociétés-écran, les prête-noms, les montages financiers…la liste est longue.

Peu tolérants face à l’incertitude, « Ayti sé tè glissé », dit le vieil adage,  aussi nos dirigeants, mettent-ils leur mandat à profit pour se servir ; car, ces serviteurs, leur seule façon de servir, c’est justement de piller la maison dont ils ont la garde[1] : maximum de biens dans un temps record. Tant pis si le pays sombre, leur seul intérêt est d’emplir leur poche et s’enfuir après[2]. Et cela continue de plus belle avec Jovenel. Il ne fait rien depuis son accession au pouvoir pour arrêter l’hémorragie. Sa dernière trouvaille est de se présenter, pince sans rire, comme « anti-système ». N’est-il pas le président du pays ? Quel est le « deep state » qui empêche par exemple la tenue du procès Petro Caribe? Là où les actes forts sont attendus, il fait le malin et nous demande de suivre son regard. Continuera-t-il à se moquer de nous encore longtemps ? Entre temps, le mal s’empire, des fortunes se constituent, au détriment de l’État, donc du peule ; les inégalités entre riches et pauvres, un énorme fossé qui s’agrandit jour après jour. Aucune enquête, aucune mesure. Avons-nous besoin de Balzac pour savoir que « les constitutions de fortune sans cause apparente ne tiennent pas pour autant du miracle, le secret réside plutôt dans un crime oublié[3] ». Aucune investigation. Mais que fait la police ? Où est donc la justice pour aider ces amnésiques à recouvrer la mémoire ?

La Covid-19 a, pour ainsi dire, trouvé un pays exsangue, un « pays clochard »[4]. Même pas les prémices d’une politique sanitaire digne de ce nom, malgré le flux ininterrompu d’argent versé sur Haïti durant ces dix dernières années.

Dans de telles conditions, l’État n’est ni craint ni respecté. C’est un ectoplasme qui n’existe tout simplement pas, comme le disait dernièrement l’actuel Premier ministre, Joute. Souhaiter par conséquent que ses représentants disparaissent, que le corona virus les achèvent tous, il n’y a qu’un pas, franchi allègrement par Vwadelma, rappeur haïtien qui, debout, clame dans sa dernière livraison : « Pa gen al pran swen à létrangé, my nigger !  Se rété la al pran swen nan lopital nou te konstrwi yo. Si dirijan nou yo ta mouri nan korona pep la ta tou jwen jistis yo, my nigger ! ».

Certes, il ne faut pas se réjouir de la mort d’autrui, mais face la violence au quotidien que subit la population, comment ne pas comprendre l’exaspération de Vwadelma, devenu la voix de tous ceux qui n’en pensent pas moins ; il s’agirait là d’une petite vengeance, d’un petit bonheur[5], ce ne serait que justice, dit-il.

L’autre virus, la corruption

Si des statistiques journalières étaient tenues comme c’est le cas pour la COVID-19, nous nous rendrions compte que cette pandémie, passagère, à côté de la corruption, permanente, fait figure d’une banale grippe. En effet, la corruption est beaucoup plus dangereuse, plus insidieuse, plus virulente, elle se métastase et envahit de part en part la société haïtienne, elle est de toutes les époques et intimement collée à l’histoire politique et sociale du pays[6]. Mais la corruption est la conséquence d’une cause qui la précède, à savoir la misère. Ajoutons que cause et conséquence sont solidaires et se trouvent pour ainsi dire dans un rapport dialectique évident, en d’autres termes, la misère génère et explique la corruption, mais celle-ci amplifie celle-là, c’est-à-dire notre état d’indigence.

Or, convoiter, comme le laisse entendre Spinoza[7], reste un droit naturel et l’individu, s’il vit dans un État où la législation - dont la vocation est de contenir les excès des hommes et d’assurer la sécurité des citoyens pour qu’existe une certaine concorde au sein de la société - n’est pas appliquée, où l’ascenseur social est de surcroit quasi inexistant, comme c’est le cas en Haïti, bonjour le bordel !

L’occidentalisation du pays à marche forcée, la situation géographique nous plaçant dans le giron des États-Unis ont eu, entre autres effets, l’invasion et l’appropriation d’un certain nombre de valeurs de la culture américaine du clinquant véhiculée par le ganstarap dévoyé, à travers des vidéos diffusées et démultipliées par les réseaux sociaux. Dans cette société de consommation avec pour corollaire le fétichisme de la marchandise, désormais, il faut avoir pour être ; c’est la course effrénée pour la possession des biens matériels. Le désir de consommer l'emporte sur toute considération éthique, au diable la vertu ! vivement  la tyrannie des apparences ! Il faut des signes extérieurs de respectabilité, de réussite pour faire partie de la société du paraitre, du monde branché, du club « wap byen passé » : voitures de luxe, maison cossue, vêtements et chaussures griffés, quantité de billets verts, la boniche à la case, la potiche pour la parade, de préférence grimelle, chaudée ou pas, contrariée ou pas ; phantasme de nègres ou tare de l’esclavage ? Vous ne croyez pas ? Alors pourquoi toutes ces crèmes éclaircissantes et tous ces cheveux postiches ? Pourquoi ? Parce que l’offre suit la demande, ainsi va le marché. Toute le monde a suivi sur youtube un dénommé Aya, alias Gracia Delva, fanfaronnant avec ses bottes de renom : « nou pa égaré », il parait qu’il est sénateur. Non ! Sénateur, le mec !!? Par où est-il passé? Par le même circuit que Martelly, il connait des gens qui connaissent des gens qui ont de l’argent, donc se faire élire…élémentaire, mon cher Watson !  Est-ce bien sérieux, tout cela ?

Mais d’où vient tout cet argent ? Le travail ? Du boulot, il n’y en pas pour tout le monde, avec un taux de chômage de 50 à 70 %[8]. Pour mener grand train, l’explication est à trouver dans l’existence des caisses occultes, des circuits interlopes : fraudes fiscales, détournement des biens publics, braquage de l’État, rétro commissions, vols, kidnapping et bien sûr, la drogue.

Il est certain qu’il y a quelques-uns qui en profitent, mais la drogue, comme stratégie de développement est un fantasme, cela ne s’est nulle part pas avéré. Ce sont plutôt les pays riches qui profitent des capitaux issus du blanchiment de l’argent généré par ce commerce illicite. Haïti n’étant qu’un pays de transit, la drogue a, au contraire, déconstruit, déstructuré la vie de ce pays du haut jusques en bas : crime, assassinat, kidnapping etc...Pour réguler le marché de temps en temps, la DEA fait une opération coup de poing et ramène quelques gros poissons aux États-Unis, et tous ceux qui participent à ce trafic sont craintifs, ils sont en sursis, sur le qui-vive et redoutent que ce soit leur tour. Pour leur protection, ils s’allient aux politiques, financent les élections à prix fort et comme malgré tout ils sont extradés, ils réalisent finalement que « sé mèt kô ki veyé kô », les plus audacieux s’occupent dorénavant de leur propre sécurité, en devenant eux-mêmes des élus : député, sénateur etc. et continuent à opérer désormais sous drapeau officiel ; il semblerait nous dit L. Péan «(qu’) une fois impliqué dans le trafic de la drogue, on ne peut plus en sortir, sauf pour entrer dans la tombe[9] ». Présentement, certains sont en rupture de mandat, depuis la caducité du parlement au cours du mois de janvier écoulé, redevenus vulnérables, sans le saint graal du préservatif immunitaire, ils sont bien embêtés - le cas de Guy Philippe actuellement en prison aux EU pour trafic de drogue est assez parlant. Ils poussent donc pour la tenue des élections, non par patriotisme mais pour protéger leurs arrières, et ils sont prêts à tout : création, réactivation et financement de gangs recrutés dans les bas-fonds des quartiers populaires où croupissent, grouillent, triment des malheureux, des jeunes, des exclus de la République. Ces nouveaux damnés de la terre leur servent de troupes de choc, de boutenègres, d’agents électoraux, font le ménage sur le terrain, se livrent la guerre pour le bénéfice de leurs parrains, lesquels pour mettre toutes les chances de leur côté ont aussi leurs sorciers, leurs prophètes et leurs diseuses de bonne aventure ; jamais le pays n’a connu une telle éclosion de liseurs dans le marc de café, que durant ces dix dernières années…

Dans ce pays de misère, où les gens crèvent la gueule ouverte, tout le monde a son prix, des journalistes sont également embrigadés ; tapins devenus, ils se mettent au service des puissants… Faisons un peu de pédagogie, quand le journal français Le Monde, par exemple, reçoit de la Fondation Bill & Melinda Gates une subvention à hauteur de 4 millions de dollars, comment s’attendre dès lors que le journal soit honnête, juste et impartial, sur le sujet…des vaccins ? Quand des journalistes chargés, par définition, de nous informer, de s’assurer que nos représentants n’utilisent pas leur pouvoir  au profit  des intérêts  privés ou de leurs propres intérêts, et quand dans  la pratique, ils deviennent les mules de ces trafiquants de toute sorte, lavent plus blanc que la Suisse de Jean Ziegler  et font  nommer leurs femmes, leurs copines et leurs enfants à peine pubères à des postes de responsabilité en tant que fonctionnaire, consul, ambassadeur et, yeux secs, vous citent du Corneille : « Aux âmes bien nées…la valeur n’attend point le nombre des années », comment s’attendre à ce qu’ils soient intègres et indépendants ?

Autre illustration, quand le secteur privé haïtien fait des dons estimés à plus de 1, 3 millions de dollars américains à la commission de gestion de la pandémie du Coronavirus, tout le monde est content - du don pas de la gestion de la pandémie qui laisse à désirer. Quand le secteur privé participe, contribue, fait montre d’une certaine attache avec ce pays, nous ne pouvons être que sensibles à un tel geste d’une classe d’affaires connue plutôt pour être hors-sol, mais il serait intéressant de savoir sur la belle photo de famille quels sont ceux qui payent leurs taxes et impôts. Car se nourrir sur la bête et se réveiller un matin…mécènes, convenons-en, c’est trop facile. Pour pouvoir agiter de telles questions, admettez que la proximité, l’entre-soi, de la plupart des hommes de médias avec nos élites ne saurait être bonne conseillère.

Il n’y a pas que des journalistes, en vérité la corruption est partout dans ce pays. Ils ne sont pas légion, en effet, ceux qui, à la manière du philosophe Diogène, peuvent répondre : « Ôte-toi de mon soleil » à Alexandre le Grand, qui lui disait : « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai ». Le CEP, chargé de faire des élections libres, crédibles et transparentes est une machine à truquer les élections ; la justice protège et serve les intérêts des puissants ; la police se comporte comme un vulgaire gang. Nous nous souvenons tous du défilé des gens se réclamant d’un groupe dit Phantomes-509 encagoulés, armés jusqu’aux dents. Pourquoi ? Pour réclamer le droit de monter un syndicat de policiers, faut-il donc terroriser, incendier, tuer et saisir des dossiers de l’ONA, une institution étatique? Étaient-ils en mission ? Cherchaient-ils à effacer toute trace de dettes contractées par les potentats de ce pays auprès de cet office ? Participent-ils à ruiner, coûte que coûte, les institutions étatiques, les mettre à terre pour ensuite les brader à des particuliers pour une bouchée de pain, tout comme la TÉLECO, l’EDH ? C’est dans ce cadre de la déprédation, des scandaleuses opérations de rachat effectuées aux dépens de l’État qu’il faut appréhender, par ailleurs, le dossier SOGENER.

Dimitri Vorbe, Directeur Exécutif et Vice-Président de ladite compagnie, au lieu de défendre son honneur, a préféré l’éloge de la fuite, il a sans doute lu Henri Laborit. Il serait, pour l’heure, en exil et depuis son hamac à l’étranger, tranquille, le fugitif… philosophe, se prend pour le nouveau défenseur du peuple. Il se découvre…être-de-lumière, lui qui a vendu le blackout à coup de millions, il éclaire désormais ceux de là-bas. Il devient efficace. Sacré Dimitri ! La distanciation…sociale, visiblement lui réussit mieux. Il doit rire de nous.

Laissez-le tranquille, Mathias aussi a fui, non ? Ce n’est pas pareil, lui, c’est pour sauver sa peau, il n’avait pas le choix, il n’est accusé d’aucun crime. C’est un indigné qui pense que les morts ont droit au respect, à l’instar de Saint-Augustin, « ce ne sont pas des absents, mais des invisibles ». Le fait d’avoir jeté la gerbe de fleurs de Jovenel Moïse et la remplacer par la leur, c’est une façon de résister de la part de Mathias Dantor et des six autres protestataires. C’est un geste de contestation de l’artiste engagé qu’il est, à la manière de l’activiste russe Piotr Pavlenski[10], s’opposant à la gestion catastrophique de Jovenel du pays. Les choses continuant comme avant, dans la continuité de son copain-coquin de prédécesseur Martelly, la symbolique du dépôt des fleurs au mémorial du séisme, en l’honneur des morts du tremblement de terre, Jovenel s’en est, par conséquent, révélé indigne. Pour Mathias et ses amis, il fallait à tout prix empêcher le président d’ajouter l’insulte à la blessure.

La nécessité d’une concertation nationale

Tout ce qui précède relève des éléments de diagnostic que nous faisons tous, unanimement, jour après jour depuis belle lurette, instinctivement ou systématiquement. Le plus ardu demeure la phase propositionnelle, les remèdes à appliquer au mal et à nos malheurs, les actions à porter et à concentrer sur ces terreaux que sont la misère et la corruption. Il existe tout plein d’initiatives personnelles, individuelles et citoyennes qui font fonction d’anticorps dans cette société malade, nous n’avons qu’à regarder internet pour en dresser un inventaire rapide, attirons toutefois l’attention sur deux d’entre elles.

L’une allant dans le sens de la problématique de l’autosuffisance alimentaire, il s’agit du Mouvman Agrikilti-Rebwazman-Lelvay de cette dame qui s’appelle maitresse Toya. Poétesse à ses heures, femme solaire, s’il en est. Elle s’engage pour les autres, ne compte pas ses heures, met sa vie au bénéfice de ses compatriotes et participe également à leur éducation civique avec les enfants comme public-cible. Le mouvement a une page facebook. 

L’autre, politique, une quotidienne à charge également sur facebook et sur youtube dont le slogan est « bat bravo pour la jeunesse », tenue par un garçon du nom de Morvan Jhon Colem qui dénonce « tous ceux qui travaillent contre le pays, il les déshabille et les met à nu face à la nation », selon ses propres mots. D’aucuns disent qu’il est brut de décoffrage, il manque de finesse, ce n’est pas un intello. Heureusement ! car très souvent à force de gloser, le message perd de son acuité. Pour d’autres, il détruit les gens formés de ce pays. C’est oublier que depuis Rabelais toute science suppose une conscience…sinon le système se maintient et se reproduit à l’identique, indéfiniment. Maintenant, si les gens qu’il dénonce pensent que sa bave de crapaud n’atteindra pas les blanches colombes qu’ils sont, trainez-le par devant les tribunaux, faites-lui des procès en diffamation, car les anathèmes, les appels au meurtre et autres complots ont plutôt l’effet inverse, celui d’accréditer ses dénonciations et de le rendre encore plus populaire. Un bémol toutefois, s’il n’y a pas d’organisation derrière, si la police et la justice ne suivent pas, ce rendez-vous ne sera qu’un défouloir de plus pour internautes friands de ragots. Il est à se demander, par ailleurs, comment, un garçon aussi courageux et visiblement lucide, peut-il être, comme il l’avoue lui-même, un déçu de Jovenel?

Quoiqu’il en soit, certaines de ces actions et initiatives restent, certes autant de moments de respirations, de bouffées d’oxygène, mais elles ont besoin d’être irriguées par une vision commune qui va au-delà des individus et des individualités devant s’agréger, soutenue justement par une structure organisationnelle pour déboucher sur une mobilisation en vue de la transformation du pays que nous, patriotes, souhaitons tous. A ce sujet, il existe un texte  stratégique qui se lit en 7 minutes qui a circulé en 2018 dont voici le lien: https://www.maxglyron.com/publications/gouvernance/haiti-que-fit-la-nation-apres-la-dissolution-du-parlement/, cette réflexion pourrait, nous semble-t-il, servir de document de travail. Pourquoi le Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN) qui a participé à la circulation de ce texte ne prendrait-il pas le lead, ne s’assurerait-il pas du pilotage d'une telle opération - vu qu’il a ses antennes partout en Haïti et dans la diaspora - avec évidemment l’appui et la participation des mairies et d’autres organisations de la société civile pour mener un travail de terrain de collecte de réactions, de propositions, d’enrichissements dudit document.

Nous marchons devant d’autres convulsions post-COVID-19, environnementales (la saison des cyclones), sociales et politiques (l'échéance de février 2021) - l’OEA, le « ministère des colonies », comme l’appelait Fidel Castro, est déjà à la manœuvre[11]- Il y aura des choix à faire. Pour éviter le chaos qui s’annonce, il faut des propositions solides, en rupture avec le système inégalitaire actuel. Ces crises sans fin, cette instabilité systémique, ce désordre permanent, cela ne fait l’affaire de personne, sinon des ennemis du pays. Nous qui avons été le phare avancé du monde noir, continuerons-nous à accepter notre condition actuelle de paria, tendant la sébile sans broncher, comme une fatalité ?

[1] Ruy Blas, V.Hugo

[2] Ibid

[3]  Le père Goriot. 1842

[4] L’expression est de Jean-Luc, Mélenchon.

[5] R. Enthoven, Morales provisoires. L’Observatoire, 2018

[6] Lesly Péan a écrit une série sur la question en quatre briques, une mine d’informations, fouillées, documentées, sourcées, à lire absolument, même s’il a tendance à minorer, par endroit, la responsabilité des acteurs locaux et nationaux les faisant un peu plus passer pour des victimes d’un système international plus grand.  Haïti, économie politique de la corruption 4 T, Maisonneuve et Larose. 2007

[7] Traité théologique-politique. Edition Allia. 2015

[8] La banque mondiale en Haïti informe que plus de 6 millions d’Haïtiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté avec       moins de 2.41 $ par jour, et plus de 2.5 millions sont tombés en-dessous du seuil de pauvreté extrême, ayant moins de 1.23 $ par jour.    

[9] Stanley Péan Haiti, économie politique de la corruption t. iv, Maisonneuve et Larose 2007 p.692

[10] Il incendiât la façade de la Banque de France, place de la Bastille pour dénoncer "le pouvoir de la finance."

[11] Dans une note, en date du vendredi 29 mai écoulé, le Secrétariat Général de l’Organisation des États américains (OEA) déclare que le mandat du président Jovenel Moise arrivera à terme le 7 février 2022.

Garoute Blanc. garoub@yahoo.fr Casamance 23 juin 2020 Auteur

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