Emmanuel « Toto » Constant : déporté, l’ex-chef paramilitaire suscite appréhensions et soif de justice.

Publié le 2020-06-24 | Le Nouvelliste

Emmanuel « Toto »  Constant, 63 ans, déporté des États-Unis où il avait purgé 12 ans de prison pour fraude immobilière, est arrivé en Haïti, le mardi 23 juin 2020. L’ancien chef du Front pour l’avancement et le progrès d’Haïti (Fraph), un groupe paramilitaire responsables d’assassinats, de tortures et d’autres exactions après le coup d’Etat contre Jean-Bertrand Aristide (91-94), condamné par contumace dans le procès du massacre de Raboteau, quartier populaire des Gonaïves peuplé de partisans de Jean-Bertrand Aristide à cette époque, a été placé sous le contrôle de la DCPJ à sa descente d’avion.

«Présentement, il est placé en garde à vue à la DCPJ (Direction centrale de la police judiciaire, NDLR), a indiqué à l'AFP Frédéric Leconte, directeur de la police judiciaire haïtienne. «Il avait été jugé par contumace : les autorités judiciaires sont en train d'analyser tout cela et un mandat de dépôt a été émis à son encontre, en attendant une décision finale concernant son cas», a rapporté l’AFP. 

Le commissaire du gouvernement de Croix-des-Bouquets, Maxime Augustin, interrogé par le journal Le Nouvelliste, a confié avoir délivré un ordre de garde à vue à la sortie de Emmanuel Toto Constant de l’aéroport. Ensuite, ce mercredi, le commissaire du gouvernement a indiqué avoir transféré le dossier au commissaire du gouvernement des Gonaïves pour les suites à donner. C’est aux Gonaïves qu’il a été jugé par contumace, a expliqué le commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets.

L’avocat de Emmanuel Toto Constant, Me Ronaldo Saint-Louis, interrogé par l’Associated Press, a indiqué que son « client est détenu illégalement ».

En effet, le 16 novembre 2000, la justice a condamné Emmanuel ''Toto'' Constant qui avait pris la fuite pour les États-Unis par contumace, le reconnaissant coupable de meurtres dans le massacre de Raboteau. Le dossier se fondait sur la responsabilité de Constant en tant que supérieur hiérarchique des membres de FRAPH impliqués, et en tant que complice dans ledit massacre, ainsi que dans des meurtres et des tentatives de meurtre, des atteintes à l’intégrité physique, des arrestations et des détentions arbitraires, suivies de tortures, des actes de pillage, des vols, des destructions ou des dommages à la propriété. En plus de la peine maximale prononcée contre lui, le jugement a également accordé des réparations civiles aux victimes à hauteur de 1 milliard de gourdes.

Un juge américain avait ordonné son expulsion vers Haïti en septembre 1995, mais l'ordre n’avait jamais été exécuté. Trois mois plus tard, Emmanuel « Toto » Constant apparaissait à la télévision, lors d'une interview exclusive à « 60 Minutes », où il révélait qu’il avait été un agent payé par la CIA pendant le régime militaire en Haïti. Un peu plus tard, et pour des raisons non divulguées, les autorités américaines ont modifié leur position et lui ont permis de rester aux États-Unis. Malgré cette sentence de travaux forcés à vie prononcée contre lui en Haïti, il n’a jamais été inquiété par la justice américaine jusqu’en 2008 quand il a été poursuivi puis condamné à 37 ans de prison par la Cour suprême de l'État de New York pour son implication dans des opérations de fraude immobilière.

Le coordonnateur du RNDDH, Pierre Espérance, contacté par le journal Le Nouvelliste a appelé le commissaire du gouvernement des Gonaïves à organiser des assises criminelles pour juger Emmanuel «Toto» Constant, jugé et condamné par contumace comme « auteur intellectuel » du massacre de Raboteau. Emmanuel «Toto» Constant ne peut pas bénéficier de la décision de la Cour de cassation qui avait cassé le jugement du massacre, a indiqué Pierre Espérance, soulignant que  les membres du FRAPH ont commis « des crimes contre l’humanité ».

Les autorités ont fait leur travail en le mettant hors d'état de nuire, a poursuivi Pierre Espérance. Le militant des droits de l’homme a indiqué n’être pas surpris, comme rapporté par le Miami Herald, que Roro Nelson, ami proche de l’ex-président Michel Martelly, ait été vu au moment de cette opération de déportation.

Pierre Espérance a affirmé que Roro Nelson «fait pression » pour que la police libère illico Emmanuel «Toto» Constant. Des membres de l’équipe du PHTK aujourd’hui avaient supporté le coup d’État militaire contre Jean-Bertrand Aristide. Pierre Espérance a estimé que le retour de l’ex-leader du FRAPH peut occasionner le « regroupement de ses alliés impliqués dans beaucoup de crimes ». «Aujourd’hui, nous observons  l’institutionnalisation des gangs », a-t-il poursuivi, craignant que ce « retour ne renforce l’insécurité dans le pays ».

Marie Yolène Gilles de FJKL, interrogée par Le Nouvelliste, craint que la présence de Emmanuel «Toto» Constant ne provoque « une augmentation de l’insécurité et des violations des droits de l’homme » en cas de remobilisation du réseau de criminels regroupé au sein du FRAPH, responsable de « beaucoup de crimes ». « La déportation de «Toto» Constant en ce moment est un geste inamical de la part des États-Unis d’Amérique. Ils connaissent les faiblesses de l’appareil judiciaire et sécuritaire dans le pays ». La présence de Emmanuel «Toto» Constant va compliquer davantage la gestion de la sécurité dans le pays, s'est inquiété Marie Yolène Gilles.

« C’est un test important pour le système judiciaire haïtien », a confié au Miami Herald Willaim G. O’Neil, un avocat international spécialisé dans les droits humains qui a aidé à documenter les exactions du Fraph. Constant a été condamné par contumace pour ce qui est considéré comme un crime contre l’humanité, le massacre de Raboteau. Son organisation est liée à d’autres crimes similaires, a poursuivi O’Neil, soulignant qu’il n’y pas de prescription pour les crimes contre l’humanité. Le militant des droits humains dit espérer « qu’il y aura un nouveau procès » pour que justice soit faite et la vérité établie sur cette période terrible.

« Si toutes les familles des victimes trouvent justice, je pense qu’Haïti aura gagné en paix et en justice », a confié au journal Le Nouvelliste Joël Édouard Vorbe, membre du directoire de Fanmi Lavalas, le parti de l’ex-président Jean Bertrand Aristide.

Roberson Alphonse et Ricardo Lambert

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