Violences conjugales à l’ère du confinement

Publié le 2020-07-03 | lenouvelliste.com

De nos jours, à travers le monde, avec l’arrivée de la pandémie Covid-19 qui secoue plusieurs pays, le taux de violence conjugale augmente au fur et à mesure. Selon les éléments cités dans l’article « Violences contre les femmes à l’heure du confinement : une forte augmentation des signalements » Forgar, (2020) rapporte dans le quotidien espagnol El Pais qu’au Mexique les appels pour violences conjugales ont augmenté de 60% durant la quarantaine. Plus près de nous, aux USA, plusieurs villes ont déjà constaté une augmentation de violences.

Les violences contre les femmes n’arrêtent pas de défrayer la chronique et font la une presque chaque semaine dans plusieurs médias, journaux comme RFI, Le Monde, Le Figaro, entre autres. D’après le texte « L’impunité des violences faites aux femmes et aux filles en Haïti », il existe diverses formes de violences telles que physiques, sexuelles, verbales, économiques, conjugales et les violences spécifiques aux filles (Avocats sans Frontières Canada, KAY FANM et l’Office de la protection du citoyen, 2019).

Ici, l’on se réfère bien évidemment à la violence exercée au sein des couples par les hommes contre les femmes ou encore celle que subissent les femmes de leurs partenaires habitant sur un même toit ou dans la vie commune. La législation haïtienne à l’épreuve de la violence conjugale, cas de la ville des cayes (2008-2010) souligne que la violence conjugale est très compliquée et tire son origine principalement dans le patriarcat où l’homme veut toujours dominer sa femme (Beauzile, 2006). Comme on peut le remarquer, les hommes sont aussi victimes mais dans la majeure partie des cas, plus de femmes en sont victimes. C’est un phénomène qui ne date pas d’hier. Depuis longtemps, les violences conjugales préoccupent certaines entités dans les sociétés (la famille, l’Etat, les organisations de la société civile,etc.).

En Haïti, depuis des lustres, la violence conjugale est un sujet qui a été très mal abordé. Mais des associations féminines, des organisations internationales se préoccupent de cette problématique. La Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme stipule en son article 1er : « Aux effets de la présente Convention, on entend par violence contre la femme tout acte ou comportement fondé sur la condition féminine qui cause la mort, des torts ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychiques à la femme, aussi bien dans sa vie publique que dans sa vie privée. » De plus, l’Amnesty International mentionne que : « Les violences dans les relations intimes sont un ensemble de comportements, d’actes, d’attitudes, de l’un des partenaires ou ex-partenaires qui visent à contrôler et à dominer l’autre. Elles comprennent les agressions, les menaces ou les contraintes verbales, physiques, sexuelles, économiques, répétées ou amenées à se répéter, portant atteinte à l’intégrité de l’autre et même à son intégration socioprofessionnelle. Ces violences affectent auss l’entourage de la victime et de l’agresseur, notamment les autres membres de la famille, dont les enfants. » (Définition commune des violences conjugales adoptéee n 2006 par les ministres fédéraux, communautaires et régionaux de Belgique.)

Enoutre, l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et tant d’autres organisations prononcent sur l’aspect de la violence envers des femmes. L’OMS a donné « une liste d’évènements responsables de la violence conjugale exercée surtout contre les femmes quel que soit le pays concerné, en voie de développement, ou développés par exemple : ne pas obéir à l’homme, lui répondre, ne pas avoir préparé le repas à temps, ne pas bien s’occuper des enfants ou du foyer, aller quelque part sans l’autorisation de l’homme, refuser de coucher avec l’homme, l’homme soupçonne la femme d’infidélité, etc. » (Le Figaro.fr, malheureusement, cet article n’est pas daté). Cette même Organisation mentionne des facteurs de risques à la violence conjugale comme la pauvreté familiale pendant l’enfance et l’adolescence, de mauvais résultats scolaires et une délinquance agressive à l’âge de 15 ans (Ibid.).

Selon le document « L’impunité des violences faites aux femmes et aux filles en Haïti », (2019) « les violences faites aux femmes sont lourdes de conséquences. » Certaines femmes souffriront de ces conséquences à court terme, tandis que d’autres en souffriront pour le reste de leur vie. Les conséquences peuvent être sur le plan physique dans le sens que les violences peuvent engendrer des blessures, des cicatrices, des lésions internes. De plus, sur le plan de la santé et du bien-être des femmes, des études prouvent que les femmes qui sont soumises à des situations de violence de façon chronique ont une faible estime d’elles-mêmes. Ces femmes sont souvent effrayées de ne pas victimes à nouveau de violences. D’autant plus, les femmes victimes de violences subies des répercussions sur le plan économique. Au fait, on trouve que ces femmes sont nécessairement moins présentes sur le marché du travail. (Avocats sans Frontières Canada, KAY FANM et l’Office de la protection du citoyen, 2019).

Avec l’arrivée de la pandémie de Covid-19 qui ne cesse de bouleverser la structure socioéconomique du monde, la violence conjugale devient de plus en plus répétitive et le taux ne fait qu’accroître chaque jour comme c’est susmentionné dans le premier paragraphe de cet article avec l’exemple de certains pays. Dans l’article « Coronavirus : les violences conjugales en hausse de 30% pendant le confinement » (Ladepeche.fr, 2020) rapporte qu’après une semaine de confinement en France, les violences conjugales subissaient une augmentation d’environ 30% et 36% dans la zone de Préfecture de police de Paris (Ladepeche.fr, 2020). Dans plusieurs pays, des autorités prennent des décisions drastiques pour limiter la propagation de cet acte et prendre en charge les victimes. De ce fait, diverses organisations en France comme c’est le cas de Solidarité femmes accueil (SOLFA), les Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), etc. ouvrent leurs portes pour les victimes, ces structures accompagnent les femmes et maintiennent le lien par mail ou par téléphone. Prenons par exemple, un texte publié dans le journal Le Monde : « Avec le confinement, les associations craignent une aggravation des violences conjugales » certaines femmes qui appellent quand leur monsieur emmène promener son chien et celles qui ont quitté leur domicile (Cordier, 2020). 

En Occident, plus précisément en France, diverses mesures ont été prises. L’article de presse «Confinement : En Seine Saint-Denis, des appartements pour les victimes de violences conjugales » déclare que l’un des bailleurs sociaux de Seine Saint-Denis met à la disposition des femmes victimes de violences conjugales, une dizaine d’appartements entièrement meublés pour leur permettre de mener une nouvelle vie (Val, 2020). Bien avant cette mesure, la semaine du 15 avril, le ministère de l’Intérieur indiquait une hausse du nombre de violences début avril avec deux mille (2000) victimes (cité dans le même article de Jérôme). Toute une panoplie de dispositions venant des autorités françaises pour faire face à ce trouble social et accompagner les victimes de violences, une liste de coordonnées a été mise en place. Par ailleurs, l’article de presse « Coronavirus : Les violences conjugales en hausse dans les pays sous confinement » montre qu’en Australie, les requêtes liées à des situations de violences au sein du foyer ont augmenté de 75 % (RFI, 2020). L’exécutif a décidé d’octroyer 150 millions de dollars australiens soit 82 millions d’euros pour lutter spécifiquement contre les violences conjugales (le même article). Il faut dire qu’avec la Covid-19, la Chine a assisté à une augmentation des violences conjugales ainsi que des demandes de divorces (RFI, 2020).

En Haïti, depuis l’annonce de l’état d’urgence pris par le Pouvoir exécutif tout en faisant mention des deux premiers cas de Covid-19, beaucoup de familles se sont mises en confinement. Bien que l’on n’ait pas vraiment dans le stade de confinement en Haïti et comme on peut le voir différemment dans certains pays comme la France, l’Angleterre, USA, Brésil, etc. Certaines entreprises ferment leurs portes ce qui veut dire que des gens restent enfermer chez eux pour éviter la propagation ou ils sortent en cas de nécessité. Cependant, on n’entend et ne constate pas les mots des autorités depuis lors sur les violences surtout violences conjugales, ceci ne veut pas dire pour autant qu’Haïti n’a pas des femmes victimes de violence pendant le confinement. Elles ne parlent pas comme d’habitude de peur que la société connaisse leur identité ou les juge.

Dans un document rédigé par Avocat sans frontières Canada, Kay Fanm, Office de la protection du citoyen en février 2019 « les violences conjugales : parmi les femmes non célibataires, 34 % déclarent avoir subi, à un moment donné, diverses formes de violences émotionnelles ou sexuelles, exercées par leurs maris ou partenaires. À noter qu’en 2005-2006, le taux de violence conjugale quant aux violences émotionnelles se situait à 22 %. » Ce même texte, au cours des années 2018, l’association KAY FANM a enregistré dans ses services 192 cas de violences basées sur le genre à l’encontre de 112 personnes. Parmi ces 112 personnes, 44 étaient mineures (28 fillettes de 0 à 13 ans et 16 adolescentes de 13 à 18 ans) et 68 étaient des femmes. Les statistiques et le nombre croissant de plaintes reçues par l’OPC et KAY FANM permettent de constater une augmentation de la violence faite aux femmes et aux filles en Haïti.

Bon nombre de questions suscitent cette thématique dont on ne cesse de parler depuis pratiquement trois mois dans plusieurs pays. En Haïti, est-ce qu’il est encore trop tôt pour en discuter? Où sont les organisations sociales et féministes, ou encore de défense des droits humains? On doit dire que l’association Neges Mawon de Pascale Solages a mis une ligne téléphonique pour celles qui sont victimes de viols, de chantage sexuel, etc. C’est un grand pas et qui mérite d’être félicité. Mais, malheureusement, on ne dispose pas encore de données sur le pourcentage ou le nombre de victimes de violences contre les femmes durant cette période de confinement. Or, que disent les autorités gouvernementales sur cet aspect? Comment l’Etat compte-t-il gérer ce phénomène dans le cas où les victimes sortent de leur silence? Est-ce que cette problématique n’interpelle pas les autorités haïtiennes ? Il faut noter que n’importe qui peut parler de cephénomène. On n’a pas besoin d’être féministe ou pas pour que ce sujet vous interpelle. 

L’Etat devrait faire une projection tout enprenant des mesures drastiques par exemple de travailler avec des organisations compétentes env ue de pallier ce phénomène. En plus, il devrait constituer un budget pour essayer de répondre et d’aider les victimes. Le gouvernement en accord avec les associations devrait envisager à mettre un ou des numéros d’urgence pour les victimes. Beaucoup de pays posent des actions concrètes en vue d’atténuer la recrudescence de violences conjugales. Dans ce cas, est-ce qu’il est encore trop tôt pour analyser ou encore évaluerl’ampleur des violences qui pourraient se produire dans les ménages ? Que faire le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes en tant qu’instance qui existe pour faire respecter le droit des femmes.

Il s’avère impératif de conclure cet article avec un fondement juridique édicté dans la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme (ratifié par Haïti 1996 énonce dans l’article 3 que : « La femme a le droit de vivre dans un climat libre de violence, tant dans sa vie publique que dans sa vie privée. » La femme est un être humain avant tout, elle a droit au respect et à l’intégrité physique. L’Etat haïtien dans son devoir de faire respecter les règles de droit à l’ultime obligation de prendre des mesures nécessaires pour protéger les femmes victimes de violences conjugales bien avant l’annonce et l’aggravation de certains cas. L’ancien secrétaire général de l’ONU, diplomate, homme politique Ban Ki-moon disait dans la citation Vérité et Violence publiée dans le Parisien qu’ : « Il existe une vérité universelle applicable à tous les pays, cultures et communautés : la violence à l’égard des femmes n’est jamais acceptable, jamais excusable, jamais tolérable. »

Références

Avocats sans Frontières Canada, KAY FANM et l’Office de la protection du citoyen, « L’impunité des violences faites aux femmes et aux filles en Haïti », Mémoire présenté à la Commission interaméricaine des droits de l’homme en date du 13 février 2019, 50 p.

Convention interaméricaine pour la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme (la « Convention Belém Do Pará ») (Le moniteur No. 66-A du 9 septembre 1996).

Jerome, V. (2020, 23 avril). Confinement : en Seine Saint-Denis, des appartements pour les victimes de violences conjugales. France Inter. Consulté sur https://www.franceinter.fr/seine-saint-denis-des-appartements-pour-loger-des-femmes-victimes-de-violence-conjugales.

L’Amnesty International : Organisation non gouvernementale qui promeut la défense des droits de l’homme et le respect de la Déclaration Universelle des droits de l’homme ; plus de 7 millions de personnes de 150 pays et territoires qui militent pour mettre fin aux atteintes aux droits humains. 

« Les violences conjugales : Quelles sont les causes de la violence conjugale ? ». Le Figaro.fr Sante. Consulté sur https ;//sante.lefigaro.fr/social/droit/violences-conjugales/quelles-sont-causes-violences-conjugale.

« Coronavirus : les violences conjugales en hausse dans des pays sous confinement » (2020, 29 mars). RFI. Consulté sur https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/sante/coronavirus-les-violences-conjugales-en-hausse-dans-des-pays-sous-confinement

« Coronavirus: les violences conjugales en hausse de 30% pendant le confinement » Ladepeche.fr. Consulté sur https://www.ladepeche.fr/2020/04/12/coronavirus-les-violences-conjugales-en-hausse-de-30-pendant-le-confinement,8843584.php.

Sagine, Beauzile, « La législation haïtienne à l’épreuve de la violence conjugale, cas de la ville des cayes 2008-2010 », mémoireenligne, 2006.

Ségolène, F. (2020, 6 mai). Violences contre les femmes à l’heure du confinement :une forte augmentation des signalements. Le Figaro.fr. Consulté sur https://madame.lefigaro.fr/societe/violences-contre-les-femmes-a-lheure-du-confinement-une-forte-augmentation-des-signalements-120420-180685.

Solène, Cordier (2020, 25 mars).  Avec le confinement, les associations craignent une aggravation des violences conjugales. Le Monde.

Dominique VINCENT

Juriste / Etudiante au niveau Master

Population et Développement

Faculté des Sciences Humaines (FASCH)

dominiquevincent01@gmail.com

Dominique VINCENT
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