Covid-19 : seuls les tests PCR sont autorisés pour le dépistage

Publié le 2020-06-17 | lenouvelliste.com

Confusion, retard et incompréhension, les tests de dépistage de la Covid-19 continuent de défrayer la chronique. 
En marge de ce débat animé par les membres de la population, les professionnels de santé et les autorités sanitaires, certains en profitent pour proposer des solutions qui ne cadrent pas avec les normes et recommandations du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP).

Le dimanche 14 juin 2020, c'est le tour de Pascale Solages de rapporter «la situation inégalitaire qui sévit en Haïti, d'ailleurs à l'origine de la mort de beaucoup de personnes».
«Le MSPP prend environ 10 jours pour donner les résultats du test de dépistage aux patients, tandis qu'à MedLab, on réalise des tests à 6 250 gourdes et le résultat se donne le jour même», témoigne Pascale Solages avant de souligner que plus on a de l'argent, plus tôt on obtiendra le diagnostic et sauver sa vie en cas de complications.
En réaction à son «tweet», les commentaires pleuvent pour dénoncer la confusion qui caractérise le processus de dépistage de la Covid-19.

Contacté par le journal, Ralph Baboun, responsable du laboratoire MedLab, n'a pas voulu réagir directement au commentaire de Pascale Solages. Cependant celui-ci avoue effectivement qu'il réalise des tests "fluorescent immunoassay (FIA)" pour dépister les cas suspects.
«Le test FIA est un test antigène ; on utilise un écouvillon nasal pour faire le prélèvement et le résultat peut être disponible le jour même. Ce n'est pas un test sérologique rapide», fait savoir Ralph Baboun, qui dit avoir les documents pour justifier la fiabilité de ces tests.

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Nouvelliste, le directeur du Laboratoire national de santé publique, le Dr Jacques Boncy, reste catégorique : «Seuls les tests PCR capables de détecter l'ARN viral sont autorisés dans la détection et le dépistage des cas suspects».

Il révèle par ailleurs que des analyses sont en cours afin de vérifier et valider les tests antigène. 
«Une demande d'analyse a été déposée au ministère de la Santé publique et de la Population, nous sommes en train d'analyser ces tests afin de voir si on peut les autoriser sur le marché», ajoute le Dr Boncy.

S'agissant des tests sérologiques (test rapide) qui sont largement commercialisés en Haïti, le ministère de la Santé publique et de la Population met en garde les propriétaires des laboratoires qui souhaiteraient les utiliser pour diagnostiquer les cas suspects de Covid-19. 
«En raison de la cinétique de production d'anticorps, du retard de la séroconversion et de la persistance de la séropositivité après l'infection, nous ne pouvons pas vraiment compter sur des tests d'anticorps pour établir un diagnostic de Covid-19 aigu ou récent. Les tests moléculaires restent la méthode de choix pour détecter les infections aiguës à SARS-COV-2 puisqu'ils détectent l'ARN viral plutôt que la réponse immunitaire», précise le ministère de la Santé publique dans une note cosignée par le directeur général du MSPP et le directeur du Laboratoire national de Santé publique.

Plus loin, la note précise que les tests d'anticorps peuvent être utilisés dans 4 situations. 
«Pour mener des études épidémiologiques et de prévalence; identifier les donneurs potentiels de plasma convalescent. Ils peuvent être utilisés aussi pour évaluer la réponse immunitaire chez le receveur du futur vaccin pendant les essais vaccinaux. Chez les patients hospitalisés avec cas sévère qui sont arrivés tard et qui présentent un PCR négatif, les tests d'anticorps peuvent être utilisés également».

Cependant, le Dr Jacques Boncy précise que dans l'un ou dans l'autre cas, il faut une autorisation du ministère avant d'utiliser les tests d'anticorps aux fins susmentionnées.

Le ministère se dit particulièrement préoccupé pour les patients qui, utilisant des tests d'anticorps largement commercialisés, présenteraient de faux résultats négatifs et seraient autorisés, sur la base de ces résultats, à aller librement dans la communauté ou sur un lieu de travail pour infecter de nombreuses personnes.

En ce qui a trait aux dénonciations sur le retard et la confusion liés aux tests de dépistage de la Covid-19, le Dr Jacques Boncy rappelle qu'une personne ne peut pas décider à elle seule quand il faut faire le test. « Le dépistage n'est pas systématique en Haïti, on fait des investigations et c'est sur la base de ces investigations qu'on décide de tester une personne», ajoute-t-il

Chaque jour, le nombre de personnes qui veulent se faire tester augmente. Cela crée un engorgement qui explique le retard constaté, soutient le directeur du Laboratoire national de santé publique.



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