Les Etats-Unis soutiennent-ils la fin du mandat de Jovenel Moïse au 7 février 2022 ?

Publié le 2020-06-03 | lenouvelliste.com

Moins d’une semaine après la levée de boucliers de la classe politique et des organisations de la société civile sur la position du secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almago, reconnaissant la fin du mandat constitutionnel de Jovenel  au 7 février 2022, le chancelier haïtien sollicite l’adhésion du Core Group sur cet épineux dossier. Conscients de la délicatesse de ce sujet, les diplomates réunis au sein de ce groupe n’ont publié jusqu’à présent aucun communiqué sur la vidéoconférence tenue avec le ministre des Affaires étrangères. Pourquoi le président Jovenel Moïse doit-il solliciter le soutien de la communauté internationale si son mandat est à la fois constitutionnel et légal comme l’a précisé le chancelier Claude Joseph ? Quelle sera la prochaine sollicitation de Jovenel Moïse sur la fin de son mandat ? S'agit-il de la Caricom, de l’Union européenne ou de l’ONU ? Pour l’instant, l’ambassade américaine ne s’est pas encore prononcée sur ce dossier.

 Compte tenu du comportement du secrétaire général  de l’OEA dans les différents dossiers du continent, tout porte à croire qu’il a agi d’un commun accord avec les Etats-Unis. Depuis son accession à l’organisation hémisphérique, il n'a pris aucune position qui est contraire à celle de Washington. Depuis les manifestations récurrentes de l’opposition en 2018, Washington reste un allié sûr de Jovenel Moïse. Le Département d’Etat attend-il le moment opportun pour se ranger dans le camp de ceux qui souhaitent la fin du mandat de Jovenel Moïse au 7 février 2022 ? Il est certain que la position de Washington aura un effet non négligeable. C’est un acteur géant sur l’échiquier politique haïtien.

Le lundi 13 janvier dernier, quand Jovenel Moïse avait déclaré avoir constaté la caducité du mandat des deux tiers du Sénat. il n’avait consulté ni l’OEA ni le Core Group. Il avait à ses côtés au Palais national l’ambassadeur américain Michele J. Sison et le directeur de l’USAID en Haïti. Il s’était référé uniquement à l’article 239 du décret électoral de 2015 sans citer le paragraphe B de cet article qui avait prévu la fin du mandat des sénateurs élus en première position en 2015 au deuxième lundi de janvier 2021. Le président avait agi en dehors de la Constitution et du décret électoral pour mettre fin au mandat d’un deuxième tiers du Sénat. L’article 239 du décret électoral prévoit l’échéance du mandat du président de la République au paragraphe A. Il précise la fin du mandat du président de la République le 7 février de la cinquième année de son mandat. Ce qui nous amène au 7 février 2021.

Alors que des forces progressistes de la société renforcent leurs positions depuis plusieurs années sur l’ingérence étrangère dans les affaires internes d’Haïti, les différents chefs d’Etat qui se sont succédé recourent souvent à l’OEA ou à l’ONU pour arbitrer les différends qui surviennent notamment en période de crise. A l’occasion des turbulences politiques du dernier trimestre de l’année 2019, plusieurs juges de la Cour de cassation réclamaient le soutien de différents ambassadeurs puissants pour se positionner comme éventuels successeurs de Jovenel Moïse.

Existe-t-il un Haïtien qui, arrivé au timon des affaires, sera capable d’opter pour le dialogue interhaïtien en lieu et place de la tutelle internationale ?

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Lemoine Bonneau
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