Livres en Folie

« Haïti, Une Économie de violence » de Fritz Alphonse Jean

Publié le 2020-06-09 | lenouvelliste.com

Qui ne sera pas d’accord que notre économie favorise quelques-uns au détriment de la grande majorité ? C’est à ce macabre constat qu’invite l’économiste soucieux de dire la vérité sur la nature de notre misère chronique. Déjà en incipit, le clin d’œil fait au poète Georges Castera dévoile l’intention de l’auteur, celle de rappeler à l’État son cynisme et les conséquences qui en découlent.

Dans l’avant-propos du livre, l’ex-gouverneur de la banque centrale haïtienne retrace les circonstances l’ayant conduit à la nécessité du constat de la capture de notre économie. Ce qu’il appelle « les tueurs de la ville » ont institué une « violence économique caractérisée » mettant en quarantaine les masses. La plupart d’entre les entrepreneurs, selon M. Jean,  optent pour la stratégie de l’autruche. « Chacun gère sa petite boutique, ne comprenant pas encore les ressorts du jeu séculaire qui n’en finit pas de se déployer dans la fameuse république de Port-au-Prince, se contentant d’être un chef de province dont la voix est incapable de résonner au-delà de son territoire. D’ailleurs, le contrôle de celui-ci échappe à chacun d’eux de façon difficilement réversible », a-t-il écrit à la page 26 de son ouvrage.

Voilà comment l’actuel président de l’Institut haïtien d’observatoire de politiques publiques (INHOPP) décrit l’éthos de l’homme d’affaires haïtien. L’économiste voit en leurs actions celles des « entrepreneurs politiques », concept qu’il a emprunté aux chercheurs Paul et Fachini. À ses yeux, ce concept regroupe parlementaires, hauts fonctionnaires de l’État, nouvelles figures du privé. Ces derniers sont mus par « leur intérêt strictement personnel » dans leurs agissements dans le collectif.

L’un des grands apports du livre de Fritz Alphonse Jean réside dans sa méthodologie. En plus de recourir à l’histoire récente de notre pays – les chapitres 4, 5, 6 situent notre débâcle en partant de 1957 pour arriver à 2018 -, le texte est émaillé de documents d’archives, de tableaux graphiques rappelant la vocation scientifique de l’économiste sans oublier les grands travaux des chercheurs nord-américains. Ainsi, à la section aux « Références », à la page 258, il reproduit le communiqué du ministère de l’Économie et des Finances relatif à l’importation de certains produits en Haïti. Notons que ces produits, notamment ceux en styrofoam, ont suscité maints remous au cours de l’administration Martelly.

L’ex-président de la Chambre de commerce, d’industrie et des professions du Nord-Est (CCIPNE) soutient que, pour « sortir des cercles vicieux » de « l’instabilité politique  et de « la violence économique », il faut «… sortir de cet écosystème en déconstruction ces relations de causalité qui entretiennent le système d’exclusion généralisé et la violence ambiante. Les solutions d’espérance ne sortiront pas d’un simple rééquilibrage économique, mais plutôt d’une rupture avec état de chaos, et une emprise sur la violence qui s’est installée. C’est à partir de cette déconstruction que l’on pourra définir une politique fiscale qui ne pénalise pas les vulnérables de la société et surtout une politique monétaire qui encourage la mise en place d’un écosystème plus inclusif ».

À tous ceux et toutes celles qui veulent se voir dans le miroir de l’histoire récente d’Haïti, de notre dégringolade, Haïti Une Économie de violence de Fritz Alphonse Jean, qui sera disponible de la 26e édition de Livres en folie, sera un bon outil d’éducation de citoyenneté active.



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