Daniel Ortega et Robert Mugabe

Publié le 2020-05-25 | Le Nouvelliste

Ma curiosité pour ceux ou celles qui s’adonnent à la politique s’est réveillée depuis l´âge de 14 ans. Leurs aspirations, leurs goûts et leurs loisirs n´échappaient pas à mon attention. Au fur et à mesure que je grandissais, mon intérêt fut de plus en plus croissant et de nature très différente. Que comptent-ils faire? Leur sincérité, leur façon de conduire leur pays, leur modus vivendi, l´équipe qui les accompagne, et même le comportement des femmes qui partagent leur intimité: idées que je confrontais parfois avec quelques compagnons en guise de divertissement.

Nul ne niera le rôle que jouent les personnalités politiques dans notre quotidien, et les circonstances qui entourent leur accès au pouvoir influencent grandement sur la considération des citoyens, à savoir ce qu’ils attendent d’eux, les paroles qu´ils prononcent et en particulier les faits qu’ils réalisent et qui démontrent leurs véritables intentions. Les mots, les emporte le vent, mais les actes, heureusement, ne trompent pas. Car nombre d´entre eux, dans les pays  à démocraties, en principe consolidées, appliquent le vieil adage : “on fait la campagne en vers, mais on gouverne en prose”, phrase qui explique leur comportement postérieur et qui dissocie dans une certaine mesure ce qui est promis de ce qui est pratiqué, ce qui est idéaliste de ce qui est pragmatique, une fois réalisé leur rêve de diriger les destinées d´une nation. Je m´intéresse à la politique, comme je l´ai indiqué dans le paragraphe antérieur, et j’ai vu de nombreux candidats accéder à des postes  de chefs d'Etat ou de premiers ministres dans différentes parties du monde, soit par des voies démocratiques, moyennant des élections célébrées avec les garanties suffisantes, des comices transparents, ou par des procédures qui pêchent évidemment de crédibilité, truquées, ou finalement par des coups d´Etat, plusieurs avec une intention douteuse à l’heure de gestionner la “Res Publica “. Il existe des dirigeants avec un passé qui leur confère une supposée fiabilité, mais qui ont profondément déçu beaucoup de gens, entre lesquels je m´inclus, comme le Commandant Daniel Ortega du Nicaragua et le défunt président du Zimbabwe, Robert Mugabe. Ces deux personnages n’ont pas été le fruit d’un choix attribué au hasard, mais plutôt parce que il y a, entre les deux, à mon avis, de curieuses similitudes dans leurs manières de gouverner.

Le nom d´Ortega résonna, comme l´un des membres du Front Sandiniste de Libération Nationale, qui lutta contre la dictature du général Anastasio Somoza, et dont les troupes arrivèrent à Managua dans l´odeur de la foule, le 19 Juillet 1979. Recevant un accueil chaleureux du peuple nicaraguayen, signant ainsi l’acte de décès de la dynastie Somociste. Tandis que le second, Robert Mugabe, luttant contre le colonialisme anglais, à la tête du mouvement de guérilla, l’Union Nationale Africaine de Zimbabwe Z.A, N.U.), obtint finalement l´indépendance de son pays, en 1980, changeant le nom de Rhodésie pour Zimbabwe,

Les deux peuples virent un rayon de lumière qui s’allumait, et par conséquent l’espoir de mener une vie meilleure. La révolution au pouvoir au Nicaragua supposa le début de la fin des injustices sociales, du népotisme, et du favoritisme, hérités du régime antérieur. Dans ce cas, s’affranchir du joug de l’exploitation et d´un pouvoir omnipotent, provoquant la fuite du pays du dernier des Somoza. Composé de personnes avec des différentes affiliations idéologiques, socialistes, socialdémocrates, communistes,etc... Le Front Sandiniste monopolisa le pouvoir jusqu’au mois de février 1990, d´abord par un Directoire administrant le pays, ensuite avec Daniel Ortega en qualité de président après avoir gagné, comme tête d´affiche du Front, les élections convoquées en 1985, victoire qui lui concéda un mandat de cinq ans. Les Sandinistes, durant leurs onze années au pouvoir, abordèrent des problèmes relatifs à la santé, à l´éducation et entreprirent une réforme agraire. Mais la Contra, financée par les Etats-Unis et le manque d´expérience des révolutionnaires, furent quelques-uns des éléments qui pesèrent lourdement sur le gouvernement, et la candidate Violeta Barrios de Chamorro remporta, face à son opposant Daniel Ortega, las élections de février de 1990. Ce fut un suffrage propre, transparent et le Nicaragua, de nouveau fit l´ histoire, subissant un changement dans l’échiquier politique du pays. En plus de la présidence de Madame Barrios, il a fallu deux autres législatures pour que le Front Sandiniste dénaturé et fracturé, revienne au pouvoir en 2007 avec Ortega à la barre. Depuis lors, il est le chef d´État.

Dans le second cas, une vie différente dans un pays qui venait d´être indépendant, sous le commandement d´un combattant qui libéra son peuple des griffes du colonialisme. Né le 21 février 1924 dans une famille catholique, Robert Mugabe était un étudiant taciturne, mais très studieux et intelligent. Homme cultivé, avec un passé non exempt de difficultés et d´adversités et avec un curriculum volumineux tant au point de vue personnel que politique, il a obtenu plusieurs diplômes universitaires, en lettres, en économie et en droit, a connu la prison dans sa noble lutte et a été l´un des fondateurs du parti ZANU qui a activement participé contre le régime colonialiste dirigé par Ian Smith. Il a d´abord occupé le poste de premier ministre entre 1980 et 1987, créé des centres de santé et des écoles, combattant ainsi l´analphabétisme et promouvant une campagne sanitaire et les conquêtes sociales de la femme. Il prêcha la réconciliation et l´unité nationale, conscient du rôle que les anciens colons devaient jouer dans le pays indépendant. En 1987, il accéda démocratiquement à la présidence. Héros national, il a dirigé la résistance contre le régime de l´Apartheid, a lutté vigoureusement contre cet anachronisme, brandissant son panafricanisme à la manière du leader ghanéen Kwame Nkrumah. Doté d´une santé robuste, il a dirigé son pays durant trente-sept ans, jusqu´à son renversement dans un coup d´État particulier en novembre 2017, et mis ensuite en résidence surveillée. Il fut le président le plus âgé du monde et rendit l´âme le 6 septembre de l´année dernière  à l´hôpital Gleneagles de l´île de Singapour.

J´ai fait une présentation des deux personnages, mais je vais résumer en quatre points les motifs pour lesquels j´ai soutenu auparavant qu´ils ont déçu les expectatives qui ont été placées en eux ;

1) Le culte évident de la personnalité et la métamorphose dont ils ont souffert pour devenir des féroces et vulgaires dictateurs, s´établissant comme de nouveaux colons.

2) L´obsession maladive pour le pouvoir et pour s´éterniser en lui, ce qui les porte à modifier les constitutions ou à abroger les lois, à recourir à la fraude électorale, ou à des élections truquées pour atteindre leurs objectifs. Ici, nous devons signaler la tendance de certains à transformer le système politique de leurs pays en républiques héréditaires ou “monarchiques”, facilitant ainsi l´accès au pouvoir de leurs fils/lles, de leurs proches ou de leurs propres épouses, tel le cas d´Haïti, avec François Duvalier désignant son fils comme son successeur, et les tentatives frustrées du leader libyen Mouammar Kadhafi et du raïs égyptien Hosni Moubarak d´imposer leurs progénitures comme leurs légitimes héritiers. S´agissant du Nicaragua, Rosario Murillo, vice-présidente et épouse de Daniel Ortega, avec la possibilité d´être son successeur en cas d´incapacité ou de décès de son mari, qui jusqu´à présent est le président resté en fonction le plus longtemps. Quant à Mugabe, son désir irréfrénable pour que sa femme soit à la tête du parti Z.A.N.U. afin de pouvoir occuper le fauteuil présidentiel après sa mort, a été l´une des raisons qui ont conduit à sa déposition.

3) L´incapacité qu´ils accusent de respecter la liberté d´expression et d´être contestés, le harcèlement systématique de l´opposition par l´intimidation, la peur, l´emprisonnement et les assassinats, engendrant psychologiquement un climat d´insécurité et de terreur qui oblige de nombreux citoyens à quitter leur patrie. Pour cette sinistre tâche, ils utilisent les forces para-policières et la police”orteguiste”, et dans le cas du Zimbabwe l´Organisation Centrale d´ intelligence (C.I.O.) et les redoutables Cinq Brigades pour museler et écraser les dissidents ou les opposants, ce qui a fait l´objet de plusieurs condamnations de la communauté internationale.

4) La mauvaise gestion, la pratique du clientélisme et du népotisme, le placement des proches ou des amis à des postes de responsabilité. Le gaspillage des deux familles, les dépenses honteuses des fils d´ Ortega, le château de 24 chambres de Mugabe et les achats millionnaires de son exubérante et extravagante femme dans des magasins de luxe à Paris, Londres et Singapour. L´ostentation de leur richesse et le mépris insolent envers les classes défavorisées, creusant ainsi les inégalités socio-économiques des deux peuples en souffrance, par conséquent l´abandon complet des idées d´émancipation, de progrès social et de justice que les deux dirigeants préconisaient.

Je sais que certains peuvent évoquer les ingérences externes dans les affaires intérieures des deux pays, donnant l´exemple typique de l´impérialisme  nord-américain, comme  la raison qui justifie la déplorable situation de ces deux peuples, mais je fuis cet argument, parce qu´il me paraît indécent et fallacieux. En pleine période de la pandémie, circulèrent des rumeurs concernant l´aggravation de l´état de santé, et même le décès du dictateur Ortega, mais il est toujours aux commandes. Pour terminer, ansi a vécu le “Vieux“ Robert Gabriel Mugabe, et vit le “Coma ambulant “Daniel Ortega Saavedra.

Article traduit de l´espagnol et publié par le quotidien digital “El Correo de Andalucía“ dans son édition du 11 mai 2020.

                                                            

 Séville, 17 mai 2020

Dr Alix Coicou Auteur

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