« Vodou Ale », deuxième album de Choukbwa Libète

PUBLIÉ 2020-05-20
Quelque 5 ans après son premier album intitulé « Se nou ki la », le groupe Choukbwa Libète nous revient avec « Vodou Ale », qui est une exploration de plusieurs rythmes vodou dans leur crudité avec comme extension la musique électronique du groupe belge The Ångstromers. L'album de 9 morceaux sera disponible en ligne le 22 mai et fait depuis le mois d'avril l'objet d'une série de présentations dans des médias internationaux dont la BBC et RFI.


Photos : Eric Desjeux


Une tête noire et une tête blanche s’entrecroisant dans une sorte d'auréole en forme de cœur voulant signifier, comme pour le ying et le yang, le croisement entre deux contraires… C'est là un élément central de l'illustration composite qu'on retrouve sur l'album de Choukbwa Libète. « On a voulu que notre illustrateur puisse traduire ce dialogue entre les cultures qui est essentiel pour nous en ce sens que les musiciens de Choukbwa et ceux des Ångstromers sont chacun les dépositaires d'un héritage d'une époque barbare dans l'histoire humaine. Il s'agit bien de l'esclavage. Les uns sont les fils et filles des victimes et les autres des bourreaux », confie Michael Wolteche, le manager du groupe haïtien.


Le croisement entre les deux groupes survient en 2014. Choukbwa, partant en résidence de préparation d’un concert dans la patrie de Jacques Brel, attire l'attention des Ångstromers qui est un groupe respectable de la sphère électronique. Pour Michael, qui est Belge lui aussi mais qui n'a pas vu venir cette rencontre, c'est une aubaine pour son groupe racine. « A l’origine j'avais des craintes pour mon groupe. Je craignais qu'on l'assimile à un groupe à festival, ce qui le confinerait dans un lot homogène. Avec le temps, quand on l'aurait assez vu on n'en voudrait plus. Avec les Ångstromers on a un plus value sans précédent », dit le manager.  


Pour préparer ce deuxième album, il a fallu que les Ångstromers rentrent au pays pour une exploration in situ des musiques des lakous. Dès 2017 ils ont assisté aux cérémonies dans le triangle des lakous de Gonaïves dont Soukri, Badjo et Souvenance. Une tournée a été  organisée pour travailler la musique, puis il y a eu l'enregistrement en Belgique. « Il s'agit de montrer les rythmes vodou dans leur crudité. Les Ångstromers ne font que renforcer leur caractère mystérieux avec leur son électronique. C'est comme quoi une extension électronique du travail de Choukbwa Libète », explique Michael. Il fait remarquer plus loin qu'il n'était jamais question de tenter de ramener un son authentique vers une sorte de standardisation potable aux oreilles des occidentaux. « Mes concitoyens se sont soustraits à ces pratiques paternalistes qui sont courantes dans des projets d'échanges culturels entre le Nord et le Sud », ajoute-t-il.

 
L'album s'ouvre avec le titre éponyme « Vodou Ale ». Ça parle de la perte de la quintessence du vodou, notamment dans les villes, et aussi de sa préservation dans les lakous .« Move tan », paru en single et doté d'un clip, évoque nos rapports les plus souvent chaotiques avec les éléments. L'Artibonite, terreau de Choukbwa Libète, il faut le rappeler, fait souvent l'objet de désastres qui marqueront à tout jamais les esprits. Citons, entre autres, les inondations, les cyclones, les sécheresses dans ce département perçu comme étant le grenier de notre pays. « Odjay-Nati Congo ». Sur ce morceau, la lead s'en prend à ceux qui considèrent le mot « congo » comme péjoratif.

« RÅRA » s'écrit avec le Å des Ångstromers qui est une lettre qui est en usage particulièrement dans les pays nordiques. Cette composition purement instrumentale provient de l'inventivité du groupe belge. Un dialogue allègre des tambours caractérise ce morceau. « Sali Lento », qui est une adaptation d’un chant traditionnel, est sorti également comme un teaser vidéoclipé de l'album. Il est rendu sous le rythme congo. « Marasa fin » rend hommage à la musique « Dub » et est une réadaptation de la chanson « Kay marasa ». Il a été conçu en mémoire d'une petite maison qui fait office de temple à cette divinité du vodou rattaché aux jumeaux où les deux groupes se sont retrouvés lors des multiples allers-retours dans l’Artibonite. 

« Négrier » parle de l'esclavage. Pour Michael c'est un morceau culte puisqu'il fait se joindre les deux groupes. L'un descendant d’esclave et l’autre des colons. La chanson a été présentée à la BBC dans le cadre de la promotion de l'album. « Peleren » parle de la misère et du courage et s'inscrit  dans le cadre de ce qu'on appelle du feel recording, c'est-à-dire qu'on l'a enregistré en pleine nature. On écoutera un a capella avec des bruits dans le voisinage, le cri des crapauds dans la nuit. Et le disque se ferme avec un chant sur la fidélité entre les membres du groupe.

 
«Vodou Ale » sort donc ce 22 mai grâce à un label nommé Bongo Joe. En attendant le déconfinement pour les présentations en physique, il sera disponible sur l'ensemble des plateformes légales de téléchargement et de streaming. Michael, le manager, au nom de son groupe et des Ångstromers, nous invite donc à ce voyage dans les divers rythmes vodou tout en satisfaisant notre fantasme pour la musique électronique. 



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