Quand Monvelyno Alexis revisite deux chansons de Toto Bissainthe

PUBLIÉ 2020-05-20
Les 6 et 14 juin, respectivement, l'artiste pluridisciplinaire Monvelyno Alexis nous fera découvrir une réadaptation des chansons « Rasenbleman » et « Papa Damballah » de Toto Bissainthe. Ces deux morceaux font office des quelques titres annonciateurs de l’album « Douvan jou » dont l'issue est prévue pour l'après-corona.


Photo : Daniella Monestime


Pour Monvelyno Alexis, rendre hommage aux aînés est un devoir sacré auquel il s’accommode depuis longtemps. Et pour cause, il y a deux ans, il a organisé une soirée d'hommage à Yole Dérose à  New York. “En Haïti aujourd'hui, on tend à cracher sur le passé sur les aînés. Beaucoup de jeunes artistes notamment tendent à penser que le monde commence avec eux", explique l'artiste. 
Son affection pour les artistes féminines qu’il assume visiblement n'a rien à voir avec le fait qu’il collabore avec son épouse Riva Précil. C'est à mettre sur le plan de l'intuition. Monvelyno nous fait remarquer que la pléthore d'artistes féminines qui émergent ne procède pas d'une simple coïncidence. Pour lui, Rutshelle, Fatima ou Blondedy et autres sont les prémisses d'une ère où le féminin s'affirme. “Autrefois, les grandes dames, allant de Martha Jean-Claude à Émerante de Pradines, faisaient presque figure d’exception tant que le contexte haïtien n'est pas a priori propice à l'épanouissement du talent féminin. Ces dernières n'ont pas eu la vie facile, et pourtant elles ont ouvert les portes où la jeune génération passe actuellement en un nombre assez suffisant”, souligne le chanteur.

 
De Toto Bissainthe, il était toujours passionné. Mais son désir de lui rendre un hommage s'est intensifié il y a quelques mois quand il s'est vu attribuer la tâche de directeur artistique d'un spectacle en hommage à la chanteuse qui nous a quittés en 1994. A ce rendez-vous à l'initiative de la Haitian Culturel Echange à New York se sont produites Nathalie Joachim, Nathalie Cerin et bien entendu son autre moitié, Riva Précil. “Quand tu passes du stade de fan à celui de témoin privilégié de l'étendue de l'héritage d'une telle femme, tu ne peux que penser à lui rendre un autre hommage avec ce que tu sais faire", ajoute-t-il. L'homme, qui est multi-instrumentiste, a donc décidé de réadapter deux titres chef-d'oeuvre de la grande chanteuse : il s'agit de "Rasenbleman" et "Papa Damballah".

 
Pour le premier, c'est en quelque sorte un sampling. L'artiste y retravaille l’orchestration tout en gardant des bribes de voix de la dame telle qu'elle se retrouve dans son enregistrement original. Dans le deuxième, Monvelyno joue aussi de son inventivité pour l’orchestration à laquelle il ajoute la voix de sa femme qui chante les mots du texte ensorceleur “Papa Damballah”. 


Pour l’homme qui s'est lancé en 2010, avant de travailler avec sa femme avec son premier album “ Kouzen Zaka", ces deux titres font office d’une série qui sont censés servir d'avant-goût au tout prochain qui s’appelle "Douvan jou" où il rendra hommage à d’autres légendes en plus de Toto. L'opus de 14 titres devra être émis après le confinement. "Rasenbleman", lui, sort sur les plateformes le 6 juin et "Papa Damballah", le 14.


En ce qui concerne le confinement, pour son épouse et lui c'est une bénédiction. “On a le temps pour nous retrouver plus longtemps ensemble et travailler sur tant de choses : la peinture, les bijoux, les bougies, l'album Lulaby de Riva ou encore le mien", énumère-t-il. Ils multiplient aussi des lives en tant qu’artistes également. Parfois en tant que couple d’artistes, parfois en tant que couple qui assume son attachement au vodou, ou en solo. Riva donne des cours de danse en ligne quand elle ne chantonne pas pour le bonheur de ses followers. Lui, il lui arrive de jouer à la guitare tout seul également. 

Monvelyno veut, dans le cadre du lancement de ces deux chansons, interpeller les jeunes Haïtiens à préserver leur culture authentique pour ne pas perdre de leur essence, comme c'est le cas, selon lui, pour beaucoup de communautés résidant aux États-Unis. Il en appelle au réveil de certains frères et sœurs artistes qui mesurent leur aura par le buzz ou le nombre de fans sur les réseaux  sociaux, au grand dam de la production de qualité comme jadis. Monvelyno souhaite le retour de l'art lent dans notre pays auquel il s'accroche viscéralement. 



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