La médecine traditionnelle : un facteur de développement économique

Publié le 2020-05-19 | Le Nouvelliste

La médecine traditionnelle est en pleine expansion à travers le monde. « Elle joue désormais un rôle non négligeable dans le développement économique d’un certain nombre de pays », d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a publié en 2013 une stratégie 2014-2023 pour la médecine traditionnelle. Étant donné les difficultés financières qui prévalent partout dans le monde, précise le document, le recours à la médecine traditionnelle pour la promotion de la santé, l’auto-prise en charge sanitaire et la prévention des maladies pourrait, de fait, alléger les coûts des soins de santé.

Selon les estimations de l’OMS, l’industrie de la médecine traditionnelle donne lieu à des revenus substantiels. Par exemple, en Chine, elle rapportait plus de 83 milliards de dollars américains en 2012, soit une hausse de plus de 20 % par rapport à 2011. En République de Corée, les dépenses annuelles consacrées à la médecine traditionnelle totalisaient 7.4 milliards de dollars américains en 2009. Alors qu’aux États-Unis, les débours directs des ménages consacrés à des produits de médecine naturelle s’élevaient à 14.8 milliards de dollars en 2008. 

En  Australie,  les  consultations  chez  des  praticiens  de  médecine  complémentaire,  comme  les  acupuncteurs,  les  chiropraticiens  et  les  naturopathes affichaient une rapide augmentation d’environ 30 % entre 1995 et 2005. Plus de 750 000 personnes (sur une population d’environ 20 millions d’habitants en 2005) interrogées  dans le cadre de  l’Enquête  sanitaire  nationale  australienne avaient consulté un de ces spécialistes au cours des deux semaines précédant l’enquête.

D’après une enquête réalisée en Chine, le nombre de consultations en médecine traditionnelle s’élevait à 907 millions en 2009, ce qui représentait 18 % de l’ensemble des consultations médicales dans les établissements interrogés. Le nombre de patients hospitalisés en médecine traditionnelle chinoise s’établissait à 13,6 millions en 2009,  soit  16  %  du  total  sur  l’ensemble  des  hôpitaux  soumis  à  l’enquête. 

En  République  démocratique  populaire lao (petit pays de l’Asie du Sud-Est), rapporte l’OMS,  80 % de la population vit dans des zones rurales, soit un total de 9 113 villages. Chacune de ces villages compte un ou deux tradipraticiens. Au total, 18 226 tradipraticiens délivrent une  grande  partie  des  soins  de  santé  à  80  %  de  la  population.  En  Arabie  Saoudite, une étude a montré que les habitants payaient en moyenne 560 dollars américains par an de débours personnels pour des services de médecines traditionnelle et complémentaire.

En Haïti, plus de 80 % de la population utilise la médecine traditionnelle, peut-on lire dans les actes du forum sur la médecine traditionnelle réalisé en mars 2012 par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). Participant à ce forum, Fritz Deshommes, alors vice-recteur à la recherche de l’Université d’État d’Haïti avait déclaré qu’il « est temps de nous rappeler qu’en plus de sa valeur thérapeutique, notre médecine traditionnelle peut constituer un levier pour la croissance économique, le développement social, l’enrichissement scientifique et – qui sait - pour une contribution substantielle de notre pays à l’augmentation du stock de connaissances de l’humanité, a l’instar des médecines chinoise, indienne, arabe et africaine.»

Pour le docteur Daniel Henrys, Haïti est l’un des pays les plus riches en matière de plantes médicinales dans la pharmacopée caribéenne. Comme pour souligner les nombreuses opportunités qui existent dans le domaine. Spécialiste en santé communautaire, Dr Henrys participait également au forum sur la médecine traditionnelle organisé par le MSPP.

Selon l’OMS, « la médecine traditionnelle englobe diverses pratiques, démarches, connaissances et croyances en matière de santé dont les médicaments à base de plantes, animaux et/ou minéraux, les thérapies spirituelles, les techniques manuelles et les exercices, appliqués individuellement ou combinés, pour maintenir le bien-être et traiter, diagnostiquer ou prévenir la maladie ». Le plan stratégique 2014-2023 de l’OMS voit dans la reconnaissance de la médecine traditionnelle « la nécessité de protéger les droits de propriété intellectuelle des peuples indigènes et des  communautés  locales  ainsi  que  leur  héritage  dans  le  domaine  des  soins de santé ».

Nécessité de promouvoir la recherche

Mais le développement de la médecine traditionnelle  passe par l’encouragement de la recherche et du développement et de l’innovation. À ce niveau, un membre du Conseil d’administration de la Banque de la République d’Haïti (BRH) a confirmé que le Fonds BRH pour la recherche et le développement est ouvert à la possibilité de financer des projets innovants de recherche dans le domaine de la médecine traditionnelle.

Au cours des dernières années, les États membres de l’OMS ont instauré ou élaboré des politiques et règlementations nationales et régionales visant « à promouvoir l’usage sûr et efficace des médecines traditionnelle et complémentaire ». Pour y parvenir, l’OMS a rédigé des directives et des normes techniques tout en organisant des ateliers et des formations. En 2012, 119 États membres règlementant les médicaments à base de plantes étaient dotés d’une politique publique sur la médecine traditionnelle.

Avec le temps, certaines pratiques de médecine traditionnelle dont l’acupuncture tendent à devenir universelle. Si au début elle était uniquement un volet de la médecine traditionnelle chinoise, elle est désormais utilisée partout dans le monde. D’après les rapports remis par 129 pays à l’OMS en 2013, 80 % d’entre eux reconnaissaient l’utilisation de l’acupuncture. Dans 103 cas, il y avait un usage reconnu d’utilité publique; dans 29 cas, il y avait une règlementation des prestataires et dans 18 autres, ce type de traitement était couvert par l’assurance-maladie.

Afin de pouvoir améliorer la pratique de la médecine traditionnelle, des avancées significatives ont été  réalisées  dans  de  nombreux  pays en termes d’enseignement supérieur. Le nombre  d’États  membres de l’OMS proposant  des  programmes  d’enseignement  supérieur  sur  les  médecines traditionnelle et complémentaire (licence, maîtrise ou doctorat), est  passé  de seulement quelques-uns à 39, soit 30 % des pays ayant participé à l’enquête.

Sur le continent africain, comme c’est le cas en Haïti, le savoir et les pratiques de médecine traditionnelle se transmettent oralement entre tradipraticiens. Mais certains pays ont renforcé leurs programmes de formation en vue de développer le savoir des tradipraticiens. Dans  certains  cas, la médecine traditionnelle est incluse dans le cursus universitaire des étudiants en  médecine. Par exemple,  plusieurs universités de la  Communauté  économique des États de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique du Sud, de la République démocratique du Congo et de la Tanzanie  intègrent  la  médecine traditionnelle  aux  programmes  destinés  aux  étudiants  en  pharmacie et en médecine.

Sur l’ensemble des pays membres de l’OMS en 2012, 39 (30 %) avaient un enseignement au niveau universitaire. D’autres pays avaient réalisé des progrès significatifs dans la création d’instituts nationaux de recherche axés sur les médecines traditionnelle et complémentaire. En 2012, l’OMS comptait 73 États membres disposant d’instituts de recherche nationaux dans le domaine, y compris sur les médicaments à base de plantes.

L’OMS note que de « nombreux pays ont leurs propres formes de soins traditionnels ou indigènes qui sont  profondément  ancrés  dans  leur  culture  et  leur  histoire.  Certaines  formes  de  médecines traditionnelles telles que l’Ayurvéda, la médecine traditionnelle chinoise ou la médecine unani, populaires  dans  leur  pays d’origine,  sont  aussi  employées  partout  dans  le  monde. »  À un degré moindre, l’OMS cite d’autres médecines telles que la médecine  anthroposophique,  la  chiropratique,  l’homéopathie,  la  naturopathie  ou  l’ostéopathie,  qui sont largement utilisées.

En 2013, l’OMS estimait qu’il y avait plus de 100 millions d’Européens qui recouraient aux médecines traditionnelle et complémentaire. 1/5 y faisaient appel régulièrement alors que 1/5 privilégiaient les soins de santé qui incluent les médecines traditionnelle et complémentaire. Selon une étude menée aux États-Unis (citée par l’OMS), les patients se plaignant de douleurs musculo-squelettiques qui ont consulté un ostéopathe en 2013 dans un contexte de médecine familiale représentaient 23 % du nombre total de consultations sur une période d’un an. De très nombreux patients souffrant d’une sclérose en plaques font usage de traitements de la médecine complémentaire et parallèle. Selon l’OMS, le taux d’utilisation va de 41 % en Espagne à 70 % au Canada et 82 % en Australie.

Dans nombre de pays en développement, avoue l’OMS, la médecine traditionnelle joue un rôle important dans la couverture des besoins de santé primaires. En Haïti, l’intégration de la médecine traditionnelle peut favoriser un meilleur accès aux soins de santé à une plus grande fraction de la population, de façon sécurisée. Cela peut s’inscrire aussi dans le cadre d’une meilleure gestion de capital humain puisque la médecine traditionnelle peut aider à contrer la forte prévalence de maladies chroniques qui sévit actuellement au pays.

Dans certains pays comme Cuba et la Chine, la fabrication de médicaments à base de plantes permet de diminuer les dépenses d’achat de médicaments brevetés en Occident. La médecine traditionnelle peut également ouvrir la voie au marché international de médicaments naturels comme le thé et les tisanes. Elle peut constituer un vecteur de promotion d’une agriculture médicale, urbaine et rurale, avec notamment la culture du gombo, du gingembre,  de l’aloe vera et de l’armoise. Autant d’opportunités économiques à ne pas sous-estimer.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

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