Roberto Azevedo démissionne de l'OMC en pleine crise économique mondiale

Publié le 2020-05-15 | Le Nouvelliste

Le Brésilien Roberto Azevedo, directeur général de l’Organisation mondiale du  commerce (OMC), a remis sa démission le jeudi 14 mai, en présence des chefs de mission accrédités à Genève lors d’une visioconférence organisée en la circonstance.  Cette démission sera effective en août prochain. C’est pour la première fois que cette situation se présente en vingt-cinq années de fonctionnement de l’institution (1995-2020). Le Sud-Américain a été élu en 2013 pour un premier mandat de quatre années en remplaçant l’économiste Pascal Lamy qui, lui, a accompli deux mandats, et réélu en septembre 2017 pour un second mandat. A-t-il fait l’objet de pression ? L’histoire dira la vraie vérité, un jour.

En effet, le prétexte d’Azevedo pour justifier son retrait de la direction de l’organisation est d’ordre familial et personnel, a-t-il avancé. Il se dit nourri d’aucune ambition politique anticipant ceux qui pensent déjà qu’il ambitionne la présidence du Brésil dans les deux années à venir. Pour rester positif, il se dit convaincu que cette décision sert au mieux les intérêts de l’organisation, précisant que sa dcision  n’est pas liée à la santé et qu'il ne cherche non plus à saisir des opportunités politiques.

Azevedo est un diplomate de carrière, représentant le géant économique de l’Amérique du Sud dans des négociations commerciales très coriaces. Et, en tant que tel, il  a su choisir les mots pour présenter sa démission et sortir sur la pointe des pieds. Il faut noter que c’est sous son leadership qu' a été  voté à  Singapour l’accord sur la facilitation des échanges qui fait partie des questions avec trois (3) autres thèmes : investissements, politique de la concurrence, transparence des marchés publics.

Pour plusieurs, la démission de Roberto Azevedo est un coup dur pour l’organisation mondiale du commerce et le multilatéralisme qui est déjà en danger à un moment où certaines puissances prônent le protectionnisme. D’autres croient qu’on a dû faire pression sur lui pour le porter à démissionner en pleine guerre commerciale depuis l’investiture du président américain Donald Trump et celui de la République populaire de Chine  de XI Jinping.

Depuis la réunion ministérielle de Doha, l’OMC est en perte de vitesse puisque certains membres ne sont pas en accord avec le programme de développement de Doha (PDD) qui n’a de développement que de nom, jusqu’à pousser certains à parler de la mort de ce programme.

D’un autre côté, depuis un certain temps, l’organe d’appel, la principale innovation au sein de l’OMC, est dysfonctionnel. Le processus de nomination des juges est bloqué par les Américains qui refusent de collaborer à cet organe, arguant qu’il travaille à l’encontre des intérêts de l’Amérique et au profit des pays en développement.

Comme pour les Nations Unies à l’époque du secrétaire général, le Ghanéen Kofi Annan, aujourd’hui des membres pensent déjà à une réforme de l’organisation mondiale du commerce seulement après 25 ans. Chaque catégorie de pays faisant partie de l’institution veut une réforme suivant ses intérêts. Vous  savez que les accords de l’OMC sont contraignants et aucun des membres ne veut aller jusqu’au bout du respect des règles qu’ils ont eux-mêmes validées et signées

La démission du polyglotte vient à un moment où il y a une rude lutte commerciale que beaucoup assimilent à une guerre commerciale entre les deux pays au sein de l’OMC et sur les marchés.

Les différends des États-Unis avec la Chine se situent à plusieurs niveaux. Premièrement, ils contestent le statut de pays en développement de l’empire du milieu à l’institution puisque celui-ci lui fait bénéficier des mêmes préférences que les pays les moins avancés. Deuxièmement, les États- Unis et d’autres pays occidentaux dénoncent le non-respect des droits de propriété intellectuelle par la Chine. Cependant, au moment où la Chine est devenue membre du club OMC, tout le monde était enthousiaste à son arrivée après tant d’années d’attente et de préparation pour la compétition commerciale. C’est seulement le textile qui était posé comme un problème et aucun membre n’avait jamais pensé, peut-être,  que le géant de l’Asie allait se tirer d’affaire aussi bien du jeu commercial mondial.

Étant donné que les Américains jugent cela inacceptable, ils veulent une réforme de l’institution. Le problème de l’organisation mondiale du commerce ne  réside pas seulement dans les différends opposants les grandes puissances commerciales. Il nous faut remonter à la ministérielle de Doha, au Qatar, en 2001, pour comprendre les enjeux économiques et commerciales. Lors de ce sommet, il a été adopté un programme ambitieux portant le nom de « programme de Doha pour le développement (PDD) », où les pays dévelopés allaient supporter toutes les démarches de pays en développement pour leur permettre de réaliser des bonds dans plusieurs domaines pour sortir la tête de l’eau et améliorer leur situation économique. Malheureusement, aucun pays développé ne s’était pas prêté au jeu. Et depuis lors, Doha est mort et enterré pour les puissants. Il était seulement un projet pour faire rêver, un effet d’annonce.

L’un des handicaps de l’Organisation mondiale du commerce est que tout fait objet  de consensus  pour être adopté. Les membres partent du principe que rien n’est acquis tant que tout n’est pas acquis. Aux yeux de beaucoup d’observateurs, l’institution est née avec son problème congénital. Et les enjeux commerciaux en ces temps sont grands.

 La démission du directeur général Azevedo n’ouvre-t-elle pas une porte pour ceux ayant des velléités de contrôler l’institution comme au temps du Gatt ? La machine ne fonctionne pas trop bien depuis quelque temps. Elle est en panne, et certains pays ont une certaine tendance au retour du protectionnisme. De plus, avec la crise sanitaire mondiale du coronavirus qui plombe  les économies les plus solides, à quoi doit-on s’attendre encore ? Bien entendu, ce sont les mieux préparés à la concurrence qui bénéficient des retombées positives du multilatéralisme commercial. Les pays les moins avancés restent toujours à la traîne malgré toutes les dérogations inscrites dans les accords.

La 12e conférence ministérielle  (CM12) de l’organisation mondiale du commerce était prévue au Kazakhstan cette année. À cause du coronavirus, elle a été reportée pour 2021.

Au final, ce qui est fait est fait. Roberto Azevedo est parti et l’institution doit continuer de regarder vers l’avant. Le monde ne s’arrêtera pas en chemin et le commerce international, qui a acquis une place de premier choix dans les relations entre les États, doit s’efforcer de se maintenir à la hauteur de sa dimension malgré le temps de crise.

Smith Nicolas

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