20-20 ! L’année de toutes les surprises

Publié le 2020-05-28 | Le Nouvelliste

20-20 ! Quel nombre étrange ! Du jamais entendu par les vivants d’aujourd’hui ! Ce 20-20 tellement spécial jusque dans sa prononciation ! Pourtant, c’est une nouvelle année, il faut s’y habituer quitte à faire des répétitions puisqu’on doit vivre avec pendant 12 mois.

Quelques-uns, au début, faisaient des blagues avec ce chiffre nouveau. Des blagues qui circulaient à gogo sur les réseaux sociaux : « L’année 2020, l’année des saoulards qui vont se gaver de vin… et bien d’autres.

 De mon côté, sans trop savoir pourquoi, je me suis mise à poser des questions :

 Que signifie ce nombre insolite ?  Ne recèle t-il pas quelque secret ? Ne nous réserve t-il pas quelque surprise réjouissante ou mauvaise ? Sans jamais trouver de réponses à mes questionnements, j’ai décidé de l’appeler 20-20.

 L’année 20-20 a plutôt bien débuté, puisque la fin d’année 2019 a été  assez festive. On a dansé. On s’est amusé folle ment. On a bouffé comme d’habitude pour saluer son arrivée. Mais voilà que 20-20 n’a pas attendu trop longtemps pour nous offrir une première surprise :

 À la fin de janvier, la population, tout étonnée, voit défiler dans les rues des policiers en uniforme,  en train de manifester. Cette fois-ci, c’est pas l’opposition   traditionnelle mais bien des policiers des deux sexes qui revendiquent leur droit d’être syndicalisés.

 On avance. C’est déjà le carnaval. Au Champ-de-Mars,  les constructions de stands ont commencé comme à l’accoutumée, mais de courte durée. Les policiers manifestants reviennent à la charge et prennent possession des lieux. Constatation : Stands partis en fumée. Adieu carnaval 20-20 ! Adieu défilés haut en couleurs ! Adieu méringues assourdissantes lanceuses de piques ! Adieu bals masqués ! Adieu marchandes de beignets ! Adieu… !

 «  Non je ne regrette rien  » semble clamer 20-20 qui continue d’avancer à grands pas. Et nous spectateurs, nous voilà  déjà en mars. Dès les premiers jours, pendant qu’on suit attentivement les primaires aux Etats-Unis, timidement, la presse fait état d’un certain virus qui fait des siennes en Chine.  Le monde est à l’écoute. Au même moment circule, sur les réseaux sociaux, un marché chinois très achalandé offrant des victuailles peu connues des Occidentaux :  grosses couleuvres pelotonnées dans des cuves, chauves-souris revêtues de leur habituelle tenue noire, tête de chien boucanée, exhibée sur une fourche et bien d’autres machins.

20-20 ! Dis-nous ? Que nous réserves-tu ? On ne comprend tout simplement pas. Pendant ce temps, la presse, les réseaux sociaux émettent des commentaires, mais sans être vraiment bien informés. Entretemps, le virus est prénommé Corona. Corona ! Assez beau ! Assez gentil quand même ! Ça aurait pu être un prénom de femme !  Alors, peut-être qu’il n’est pas aussi méchant qu’on le croit. Il a même déjà un petit nom :  Covid 19.

Subitement, que se passe-t-il ? Les nouvelles n’ont jamais été répandues aussi rapidement. N’est-ce pas qu’on parle de morts en Chine tandis que des accusations pointent un laboratoire de ce même pays qui aurait fabriqué le virus. Ce n’est pas un jeu hein !  D’autres pays commencent à faire parler d’eux. Un vrai puzzle ! L’Italie, l’Espagne revendiquent des cas de contamination. Désormais, c’est le langage emprunté d’on ne sait où : 5 cas par-ici, 10 cas par-là. De nombreux morts sont répertoriés dans ces pays. Quelle affaire !

Les Occidentaux  sont pris au dépourvu. Certains dirigeants comme le premier ministre anglais Boris Johnson, (qui plus tard sera infecté) ou le président américain Donald Trump préfèrent banaliser au lieu de chercher à percer le mystère. La France, la belle France chère à de Gaulle, aujourd’hui sous les commandes d’Emmanuel Macron, voit ce dernier bafouiller comme les Italiens ou les Espagnols. Pendant ce temps, dans la stupeur, une nouvelle tombe comme une bombe :  le premier ministre canadien Justin Trudeau, et sa femme testée positive, au cours de leur séjour en Angleterre, regagnent leur pays rapidement pour se mettre en quarantaine. Quarantaine ! Encore une nouveauté arrivée avec Corona.

Que de questions posées sans réponse mon Dieu ! Où allons-nous ? Une remarque, cependant. On n’entend pas encore  parler de l’Afrique ni de la Caraïbe dans cette bouillabaisse. Entretemps, les consignes timides du début reprennent force et sont plus strictes parce que négligées. Certains les respectent à la lettre, tandis que d’autres s’en moquent :

1- Se laver les mains jusqu’aux coudes avec du savon. Mais on utilisait toujours le savon avant pour se laver les mains. Pourquoi cette insistance ?                       
2- Respecter une distance sociale de 1m50 entre 2 personnes.

3- Tousser ou éternuer dans les coudes sans compter ce que la malice populaire a ajouté, comme laisser les chaussures en dehors de la maison, mettre au soleil les habits utilisés pour les courses, etc…

 Et le masque entre en scène. C’est le bal des masques. Ils sont de toutes les formes, de toutes les couleurs.

Aux USA, le président Trump, dans un premier temps,  jouant au ridicule avait déclaré sur un tweet que tout ce que rapportent les Européens ne sont pas nécessairement crédibles. Pourtant, il n’a pas tardé à interdire les vols en provenance de l’Europe et vice-versa.

Et chez nous en Haïti ? Oui, on parle du virus, bien sûr. Le ministère de la Santé publique multiplie messages et consignes, pas toujours  respectés, d’aucuns les ridiculisent même. Un laboratoire national se charge de tester les suspects. Un numéro de téléphone : 20-20, oh ! oh ! encore, quelle persistance ! Il est à la disposition d’éventuels patients plus chanceux. Un couvre-feu décrété de 8h pm à 6 h am rappelle le temps lointain des cagoulards. Pas beaucoup de cas en tout cas. Les médias parlent de plus d’une centaine, et d’une quinzaine de décès pour le moment. Pas si mal, Dieu merci !

Mais n’oublions pas que les Haïtiens sont des St Thomas. La majorité n’observe  pas les consignes. Il y en a même qui démentent l’existence du virus. Les marchés publics fonctionnent normalement, «  moun pil sou pil, motos, kamyonèt, se pi rèd  », distance sociale non respectée, sauf à Pétion-Ville et à Carrefour où les maires ont pris certaines décisions pour protéger la population.  On remarque quand même quelques porteurs de masques. D’autres, plus rares, utilisent un foulard. Parlant de masques, nos vaillants tailleurs, au chômage depuis quelque temps, ont sauté rapidement sur l’occasion, ils confectionnent des masques à bon marché et se tirent d’affaires. Quelle belle revanche sur le pèpè ! Les Haïtiens profitent aussi pour  mettre la médecine locale en action :  «  remèd fèy, jenjamm, kanèl, amwaz,sitwon, lalwa »… Le succulent thé du soir d’antan reprend vie au temps du Corona.

Pendant ce temps, les Européens continuent de compter les cadavres. Des artistes de renom y passent : Manu Dibango, le brillant saxophoniste camérounais, Jacob Desvarieux, l’inoubliable maestro de Kassav.  À un certain moment, l’Italie se retrouvait en tête de liste avec 700 ou 800 morts en 24 h. L’Espagne, la France comptent presque autant, en attendant que les USA prennent la relève. La Big Apple devient l’épicentre de la pandémie. C’est la terreur ! La bouillante Manhattan est méconnaissable. Pas de touristes ! Pas de bureaucrates affairés qui traversent les rues comme une vague ! Les gratte-ciels sont seuls ! L’immense  Central Park converti en hôpital pour accueillir des malades éventuels. Des médecins renommés, des infirmières, parmi lesquelles des compatriotes, à bout de souffle, laissent leur peau. Le fabuliste était un prophète hein ! «  Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés.  »

C’est à ce moment qu’un autre mot fait son apparition : confinement.

Je suis confiné

Tu es confiné

Il est confiné

Nous sommes confinés…

Il semble que le confinement améliore un peu la situation.

Mais, Grand Dieu, est-ce la fin du monde  ? C’est la première fois que tous les Terriens sont concernés. Pas un seul endroit où l’on peut se cacher, sauf à la petite île de la Dominique  située entre la Martinique et la Guadeloupe. Comptant environ 70 000 habitants dont quelques 10 000 Haïtiens, la Dominique avait enregistré 16 cas, entretemps tous récupérés, sans compter de morts.

L’Afrique, l’Amérique du Sud, la Caraïbe  rejoignent l’Europe dans cette danse macabre. C’est aussi la première fois que tout est fermé. Pas de voyages ! Pas de mondanités ! Pas d’écoles ! Pas d’Églises ! Pas de visites ! Pas de mariages !  Pas de funérailles !  Pas de… et si j’ajoute : pas de médicament réel, pas de vaccin.

Le secteur économique touché de plein fouet. C’est la faillite à tous les niveaux. Les frontières sont fermées d’un point à un autre. Le chômage frappe des milliers de gens. Se relèvera t-on jamais de cet inoubliable et méchant Coronavirus ?

Le moment est peut-être venu de parodier le grand Victor Hugo : «  De quoi demain sera-t-il fait ?  » 

 Et de conclure aussi avec lui : «  L’avenir, l’avenir, l’avenir est à moi !  Non, l’avenir n’est à personne !  Sire, l’avenir est à  Dieu  »

11 mai 2020.

Charlotte B. Cadet Auteur

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