Claude Marcelin, 50 ans de compas

PUBLIÉ 2020-05-29
Le célèbre guitariste Claude Marcelin alias Ti Claude a été l’invité de son homologue Ralph Condé dans son émission « The Musician Show » du mercredi 6 mai 2020. Des Difficiles de Pétion-Ville à Djakout Mizik, en passant par DP Express, Super Star Music Machine, Caribbean Sextet et Zèklè, Ti Claude traîne une riche carrière de guitariste accompagnateur et soliste. Il a inscrit de nombreux tubes dans les annales de la musique haïtienne. Les plus jeunes gardent en mémoire « Ma seule folie » de Djakout Mizik interprétée par Auguste Pouchon Duverger. Les moins jeunes se remémorent des mégas hits « Lakòl » et « Relax Ti Mal ». Les plus âgés peuvent remonter jusqu’aux Difficiles de Pétion-Ville.


Claude Marcelin a justement commencé sa carrière très jeune au sein de Les Difficiles de Pétion-Ville. Âgé aujourd’hui  de 63 ans, il compte  près de 50 ans d’expérience comme guitariste professionnel. Sur son quartier habitaient des musiciens de renom comme Robert Martino, Henry Célestin et Jean-Robert Hérissé dit Porky (de regrettée mémoire), des membres fondateurs des Difficiles. Quand ce groupe répétait, Ti Claude pouvait l’écouter attentivement à partir de chez lui. Et quand il commençait à jouer de la guitare, Robert Martino était tout naturellement son modèle, son inspiration et son maître à penser, musicalement parlant. Il connaissait par cœur tous les solos de Robert Martino. Quand il a publié un album sous le label de Mini All Stars avec Robert, ce fut la réalisation d’un de ses rêves d’enfance. 

À cette époque, il n’y avait pas encore de keyboard dans les formations musicales. La guitare solo était le principal instrument. Il suffit d’écouter les anciens tubes de Tabou Combo, des Difficiles et de Gypsies pour s’en convaincre. Il fallait vraiment maitriser la guitare pour intégrer ces groupes. C’était aussi la tendance à l’international, avec le légendaire guitariste mexicain Carlos Santana. Il convient toutefois de souligner le fait que des groupes comme Shleu Shleu et Les Ambassadeurs avaient des saxophonistes comme solistes.

Claude Marcelin va remplacer Reynold Nader dit Sinsin comme guitariste accompagnateur au sein du fameux DP Express, cinq mois après sa formation. Sinsin, lui, allait retrouver son ami Robert Martino qui venait de former le Scorpio Universel. Ti Claude formait une paire redoutable avec le célèbre guitariste Eddy Wooley au sein de DP Express. Il a profité de son passage à l’émission de Ralph Condé pour souligner l’importance du guitariste accompagnateur dans l’harmonie et le rythmique du compas direct. Dans ce registre, il enlève son chapeau à Jean-Claude Jean, l’un des meilleurs (sinon Le meilleur) guitaristes accompagnateurs, avec qui il a joué à Super Star Music Machine. Il a aussi salué les grandes compétences de Reynold Nader et de Polis Nozil, des vrais maîtres dans l’art de « graje gita » dans l’industrie du compas direct.

Claude Marcelin avoue qu’il n’y a rien de mieux dans le compas direct que deux grands guitaristes qui s’harmonisent parfaitement. Il a pris en exemple la paire Robert Martino / Reynold Nader au Scorpio Universel ainsi que celle formée par André Dadou Pasquet et Jean-Claude Jean à Tabou Combo. On peut aussi ajouter les paires Dadou Pasquet et Claude Marcelin au Magnum Band, Réginald Benjamin et Ronald Smith au System Band, sans oublier Bellerive Dorcelian et Rioal Jean-Baptiste à l’Ensemble Select de Coupé Cloué.

Aujourd’hui, la nouvelle génération a tendance à négliger le rôle du guitariste accompagnateur. Tous les guitaristes veulent être des solistes. Et les groupes actuels jouent souvent avec un seul guitariste.

Ralph Condé n’a pas caché son admiration pour le DP Express et le Caribbean Sextet. Des tubes comme « Pale pale w » et « Pa pran kontak » ont bercé son adolescence. Ti Claude a confirmé que pendant une période deux ans, DP Express jouait tous les jours. Parfois, rapporte-t-il, le groupe performait  trois fois par jour et a une fois dû rejouer un tube comme « Pale pale w » à quatre reprises au cours d’une même soirée dansante. Ti Claude ne peut cacher combien cette époque l’a profondément marqué.

L’expérience d’un compas jazzy

Il confie avoir beaucoup appris de ses expériences au Caribbean Sextet et à Zèklè qui jouaient d’autres types de compas : plus jazzy avec le premier et un peu de rock avec le second. Il ne croit pas que le compas direct faiblira malgré les évolutions, car le compas est pour les Haïtiens ce que le rock n' roll représente pour les Américains.

Malheureusement, au mois de janvier 2008, Claude Marcelin a failli laisser sa peau. Kidnappé au Canapé- Vert, il avait été blessé par balles par ses ravisseurs qui l'avaient conduit à moto à Cité Soleil, principale zone de non-droit de l’époque. Douze ans plus tard, il porte encore les stigmates de cette mésaventure. Aujourd’hui, il vit à Montréal et produit des musiques pour lui et pour d’autres artistes.

La pandémie du Covid-19 arrive au très mauvais moment pour Ti Claude puisqu’il a dû annuler beaucoup de contrats. L'artiste essaie cependant d’utiliser son temps le plus efficacement possible en travaillant sur son prochain album. Il est sur le point de terminer une musique qui y figurera. Mais il ne se met pas trop de pression. Il sort des albums quand il se sent musicalement très bien inspiré. Il ne cache pas cependant combien le public lui manque. Membre de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) depuis longtemps, il reçoit fort heureusement des redevances pour l’ensemble de son œuvre.

Impossible à Claude Marcelin de recenser le nombre de projets musicaux sur lesquels il a participé. À un certain moment, il collaborait au studio Audiotek de Robert Denis où il participait régulièrement à l’enregistrement de nombreux albums. Malgré cette carrière enviable, Ti Claude demeure très humble et très accessible aux jeunes. Il ne compare pas les groupes, ni les générations ou les musiciens. La musique, dit-il, est dynamique et évolue avec le temps. Il reconnaît la contribution et la valeur de chacun. Il a été influencé par Robert Martino, il a influencé Ralph Condé et on espère que ce cercle vertueux ne s’arrête pas en si bon chemin.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

Thomas Lalime



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