Coronavirus: les hôpitaux de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince restent dans l’expectative

Alors que les prévisions montrent que le nouveau coronavirus est encore loin de son pic mais s'en approche chaque jour un peu plus, les hôpitaux de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince ne s’inscrivent pas en première ligne contre le Covid-19. Pour plusieurs directeurs médicaux de ces institutions sanitaires joints par le journal, les problèmes relatifs au manque d’intrants, de matériel et d’équipements de protection individuelle pour le personnel soignant les obligent à rester dans l’expectative. Le MSPP ne conditionne leur intégration que si ces derniers disposent chacun de 40 lits.

Publié le 2020-05-11 | Le Nouvelliste

Sur une quinzaine d’institutions sanitaires contactées par le journal les 6 et 7 mai, douze ne s’impliquent à aucun niveau dans la prise en charge des patients infectés par le virus. Ils ne sont que trois hôpitaux à être dans l’œil du cyclone près de deux mois après que les premiers cas de Covid-19 ont été identifés dans le pays. Il s’agit de l’hôpital St-Luc, l’hôpital Saint-Damien et un dernier-né qui est l’une des structures du réseau de DASH (Développement des activités de santé en Haïti). L'initiative vient d’eux-mêmes. Avec leurs propres moyens, ils ont aménagé des centres de prise en charge.

Ayant une capacité de 40 lits, l’unité des infections respiratoires aigües dont le Covid-19 de l’hôpital St-Luc a été l’une des premières structures sanitaires du pays à acceuillr les personnes infectées. Une équipe de 40 professionnels soignants reste au chevet des malades. Ils font de leur mieux pour soigner et sauver la vie des patients. Selon le Dr Marc Edson Augustin, directeur médical de la Fondation St-Luc, du traitement des malades à l’équipement du personnel, tout a été à la charge de l’hôpital. Alors que les cas vont en augmentant, les responsables de St-Luc font face seuls au Coronavirus mis à part quelques dons reçus de certains particuliers et institutions privées. « Il y a un souci majeur pour les matériels et équipements au fur et à mesure que les cas augmentent. Nous avons un besoin soutenu en oxygène », a confié le Dr Augustin le lundi 11 mai. L’hôpital n’a encore bénéficié d’aucun don de l’État. 

Dans la même veine, le seul hôpital pédiatrique du pays, l’hôpital Saint-Damien, ne s’est pas fait prier pour aménager une unité de soins intensifs capable d'accueillir les enfants atteints du nouveau coronavirus. Elle est constituée de dix lits. Selon le Dr Magareth Narcisse, membre de la direction médicale, toutes les dispositions ont été prises pour prendre non seulement en charge les enfants infectés, mais aussi pour faire fonctionner les autres services. La clinique et l’hospitalisation des infections respiratoires aiguës sont séparées des autres services cliniques et hospitalisation. Parmi les premiers cas reçus, un décès a été enregistré le 10 mai.

Le dernier hôpital connu à avoir emboîté le pas est une structure du réseau de DASH. La direction de DASH a aménagé une unité de soins intensifs pour ne recevoir que les assurés de DASH, a fait savoir le Dr Ronald Laroche, lors d’un entretien au journal, le mercredi 6 mai. Celle-ci est dotée de 14 lits et dispose de ventilateurs mécaniques. Une équipe de 30 professionnels de santé y est affectée. « J’ai tout ce qu’il faut. Je suis prêt à recevoir les malades », a déclaré le Dr Laroche qui, une fois de plus, demande au ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) l’autorisation d’effectuer les tests de dépistage pour le Covid-19, surtout pour les tests sérologiques.

La majorité des hôpitaux absents

En dépit de leur importance et des appels lancés par les autorités sanitaires, les plus grandes institutions sanitaires de la zone métropolitaine gardent le profil bas.  Les responsables de l’hôpital du Canapé-Vert, l’un des centres de référence en Haïti, affirment que l’affectation de leur hôpital dans la lutte contre la pandémie du coronavirus dépend des autorités sanitaires. « Cela dépend du ministère. Ce n’est pas une initiative privée. Il faut d’abord que le ministère inclue, dans son plan de réponse, les structures privées », a fait savoir la directrice médicale de l’hôpital du Canapé-Vert, ajoutant que lorsqu’un patient suspect se présente à l’hôpital, il est remis aux autorités compétentes.

Pour le moment, les hôpitaux de Médecins sans frontières (MSF) ne font pas la prise en charge du Covid-19, confie une source au journal. Ils ne proposent que des références. Dans le cadre de l’application des mesures de prévention, dans chaque centre hospitalier de MSF, une salle d’isolement a été aménagée, assure notre source.

La direction de l’hôpital Français d’Haïti, quant à elle, n’est pas encore revenue sur sa décision de suspendre ses services d’urgence et hospitalisation. Au début du mois de mars dernier, alors que la menace du Covid-19 était plus que réelle, l’Hôpital Français d’Haïti, vieux de plus de 100 ans, en raison de manque d’équipements et de matériel de protection pour son personnel de santé, avait annoncé qu’il se voyait obligé de fermer ses services d’urgence et d’hospitalisation temporairement. « L’Association des hôpitaux privés d’Haïti nous a fait part d’une possibilité de collaboration avec les instances gouvernementales, mais concrètement rien n’a été fait », a indiqué le Dr Jean-Venèse Joseph, directeur médical de l’hôpital Français, dans un entretien accordé au journal le lundi 11 mai. L’hôpital a préféré fermer ses portes en attendant qu’il soit apte à répondre aux besoins.  Seuls la clinique externe, le laboratoire et la radiologie fonctionnent à présent.

Quant aux hôpitaux Saint-François de Sales, Adventiste de Diquini, Foyer Saint-Camille, Espoir, Saint-Louis, ils ne s’inscrivent pas en première ligne. Ils ne font que des références. Selon le Dr Jean Venèse Joseph, il serait mieux que l’État implique tous les établissements de santé dans le combat contre le coronavirus. Certains aménageraient des salles de quarantaine, d’autres des salles d’isolement et certains autres, des salles de prise en charge pour les cas compliqués.

Alors que le pic de l’épidémie est à nos portes, la préparation de la réponse marche à pas de tortue. Le journal a appris qu’il y a au moins deux centres publics de prise en charge de Covid-19 qui sont en construction dans la région métropolitaine. Un troisième est fin prêt. Il est destiné à recevoir les cas compliqués.

Dans une note de presse, l’Association des hôpitaux privés d’Haïti (AHPH) fait savoir que toute la corporation des hôpitaux privés est en train de s’organiser pour répondre, chacun selon ses moyens, ses compétences et son dévouement, à la réponse de la crise sanitaire actuelle. « Conscient que les moyens dont dispose Haïti sont très limités, l’AHPH postule clairement pour un alignement des dépenses pour  la lutte quelle que soit la nature de l’institution de prise en charge », lit-on dans une note datée du 5 mai.

À la demande des deux co-présidents de la commission multisectorielle de gestion du Covid-19, des pourparlers ont  été engagés pour la participation du secteur privé à la réponse nationale.

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