Depuis l’apparition du Covid-19 à Wuhan au cours du dernier trimestre de l’année 2019, les victimes de ce virus ne cessent d’accoitre. La trajectoire de cette maladie (qui a préféré se propager dans le monde qu’au lieu de se limiter aux autres villes limitrophes de Wuhan) demeure surprenante Malgré les différents échanges commerciaux et contacts humains et bien avant la déclaration officielle de la prise de mesures drastiques de rupture de sa chaîne de propagation. La réalité aujourd’hui n’est autre que le lourd bilan de ce fléau mondial qui a touché des millions de malades avec un nombre assez considérable de morts. Pour reprendre les termes du président français Émmanuel Ma, «nous sommes en guerre». Le caractère surprenant des souches de coronavirus, estimées tout au début 10 fois plus mortelle que le virus de H1N1( OMS, mars 2020), plus létal aujourd’hui, est en train de mettre le monde à genoux. Il faudra attendre des mois pour la disponibilité d’ un vaccin dans un contexte extraordinaire d’interrogations et de méfiance, de part et d’autre à travers le monde.
Ce débat, qui fait la une des journaux, et vu pour certains comme une opportunité d’ émergence de la médecine traditionnelle, est désormais la cible de toutes les réflexions voir même des spéculations des plus invraisemblables.
Quels sont leurs moyens de diagnostic de la maladie ? Ces deux entités disposent-t-elles de protocole ? Comment les praticiens vont-ils se protéger et éviter la propagation de la maladie? Comment vont-elles procéder pour diffuser les informations ?
Les tentatives de réponse à ces questions (grâce à l’analyse de documents et de commentaires), nous permettront de recentrer le débat et de l’aborder en toute objectivité. .
Dès le Ve siècle avant Jésus-Christ, Hippocrate réfutait les idées selon lesquelles la santé relève du domaine des magiciens, des prêtes, des sorciers, des rois et des philosophes qui détenaient l’art de guérir. Considéré comme étant le père de la médecine moderne, ce même homme prônait divers procédés d’examens tels que la palpation, la percussion, l’observation entre autres. À Rome, à l’an 14 après J.C, la création d’une école de médecine fut à l’origine d’importantes découvertes en anatomie. C’est ce que révèlent les œuvres de Gallien, véritable synthèse écrite de savoir du monde antique. À partir du XIe siècle, la médecine s’est planchée sur l’enseignement régulier au même titre que la théologie. Au XVIe siècle, les progrès de l’anatomie furent extraordinaires avec la découverte et la description des organes. Certains médecins, comme Fracastoro qui étudiait la syphilis, pensaient déjà que cette maladie est causée par des micro - organismes vivant, et ont ouvert la voie à la thérapeutique chimique. La profession médicale s’est dotée, alors de statut, et de l’enseignement, pour en devenir une science à part entière. Au XVIIIe siècle, avec la découverte de la circulation sanguine, les chercheurs d’alors comme William, Malpighi, Morgagni, montrent l’intérêt de soumettre les lésions organiques visibles à l’autopsie avec les symptômes cliniques. Le siècle suivant, les méthode anatomo-cliniques, fondées sur la comparaison des résultats d’ examens cliniques avec les données anatomiques, ont permis de comprendre les mécanismes de développement des maladies. Parallèlement, le principes actif des plantes et des produits comme la morphine, la quinine, l’atropine sont isolés et certains ont même favorisé la découverte des produits anesthésiques. Plus loin, le biochimiste, Louis Pasteur a établi la nature microbienne des maladies et a démontré que les micro-organismes sont des agents des maladies contagieuses en médecine et propagateurs d’infection en chirurgie. Les grandes avancées de la médecine moderne au XXe siècle, sont marquées par l’utilisation de plus en plus de techniques et de méthodes de la physique, de la chimie, et de la biologie. Ce qui permet, une extension des moyens d’investigation, de diagnostic et de traitement.
Sur le plan préventif, la découverte des vaccins a permis de contrôler les maladies jusque-là mortelles et les épidémies récurrentes. La variole, avec près de 60 millions de morts à son actif, était contrôlée. Le principe de vaccination de Louis Pasteur, recommande d’affaiblir des micro-organismes des maladies mortelles, en vue de les rendre bénignes. Depuis le vaccins se succèdent ( contre la rage, la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et en 1958, celui de la poliomyélite).
Nb, Le tétanos a vu régresser sa grande prévalence de 97 %, a une maladie extrêmement rare dans le monde( sauf en Afghanistan et au Pakistan).
Dès le XIXe siècle, d’énormes progrès ont permis d’améliorer les pratiques médicales. Le matériel de consultation, de diagnostic, d’élaboration de techniques, de la découverte des rayons X, de l’électroencéphalogramme, des scanners, de l’IRM, de la découverte et de la pratique de transfusion sanguine ont propulsé la médecine moderne à son apogée. Le pacemaker, seulement, permet de sauver environ 30 000 personnes en France chaque année.
Sur le plan curatif, certaines maladies somatiques reculentes maladies psychiques sont mieux traitées par la découverte des neuroleptiques, d’anti-dépresseurs et des théories psychanalytiques de Freud. L’ère de l’antibiothérapie dès 1928 par Alexander Flemming a permis de contrôler des maladies comme la syphilis, la tuberculose, la pneumonie, la septicémie et de sauver des centaines de millions de vies désormais. Du point de vue démographique, ceux-ci améliorent l’espérance de vie à la naissance. En Europe, un enfant sur quatre mourait avant un an ; le taux de mortalité maternelle était de 20%. Aujourd’hui, les pays occidentaux ont un taux de mortalité infantile de 6,1 pour mille et la mortalité maternelle en est de 13,8 décès pour cent mille. Plus récemment, la pandémie du sida qui a causé plus de 32 millions de décès à travers le monde est aujourd’hui une maladie chronique contrôlée par les ARVs. Si en 1909 l’espérance de vie de l’humanité était de 33 ans, un siècle plus tard, elle atteint 67 ans et aujourd’hui. Dans certains pays développés, elle s’élève à 82 ans. Cette approche historique montre non seulement comment la médecine moderne a évolué dans le temps, mais également comment les autres disciplines ont collaboré avec elle pour le bien-être de tout le monde aujourd’hui.
Il faut rappeler que les deux formes de médecine avaient pour mission au départ, de venir en aide à des gens qui, pour une raison ou une autre, étaient devenus vulnérable de façon provisoire ou permanente.
Pour clarifier certaines choses et réduire les spéculations concernant le Covid-19, il nous faut signaler que sur le plan de la recherche, que contrairement aux bactéries, la chimiothérapie antivirale connaît un développement lent et difficile. Ceci en tant que conséquence de 3 propriétés intrinsèques lies au virus : le parasitisme intracellulaire stricte, leur incapacité à s’autorépliquer et leur diversité (virus à ADN ou ARN) ( pharmaco-médicale .org). C’ est la raison pour laquelle, dans ce domaine, les réponses sont surtout des palliatifs: A.R.Vs, interféron, vaccins ou l’individu à travers son système immunitaire. Ce dernier, peut être le fruit du patrimoine génétique, de l’ hygiène de vie; des pratiques sportives et alimentaires, de l’âge, de l’usage d’alcool, de drogue, du tabac et de mauvaises pratiques sexuelles. Également a l’exposition d’ondes radioactives (antenne de compagnies téléphoniques etc.) des tares associées au Diabète, HTA,VIH, T.B, asthme, BPCO, sicklemie, déficience en G6PD, insuffisance rénale, la malnutrition entre autres.
Signalons que la nutrition est une discipline très productive de la médecine moderne qui peut nous aider à être plus combatif contre les différentes maladies. Déjà il faut rendre un vibrant hommage au professeur Marilise Neptune ROUZIER de l’ U.E.H qui a su magistralement éclairer notre lanterne sur les moyens de booster le système immunitaire, à travers une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, et ceci, bien avant la présence du Covid-19 sur le sol haïtien. Certains veulent faire croire que la médecine traditionnelle va se charger de notre immunité. Peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort. Dans la mesure où les aliments ou feuilles proposée peuvent être vérifiés à partir de références nutritionnelles et pharmacognosiques. Toutefois il faut être prudent par le seul fait que les limites des tradipraticiens ne sont pas trop bien établies, leur champ d’action non définis et même les possibilités de poursuites problématiques. Il ne faut pas s’engluer dans les spéculations irresponsables de la part de gens qui veulent usurper les titres de chercheurs sans pour autant avoir la capacité d’expliciter les vertus thérapeutiques de leur potion anticoronavirus. Comme pour la médecine moderne qui a enlevé certains médicaments du marché le zantac (Canada incriminé pour ses effets proalzeimer), la pentazocine interdit sur le territoire haïtien depuis des années entre autres.
Nous pouvons témoigner également des méfaits du cocktail (Te jenjanm ak po pistach) suspect dans la présence de l'abruptioplacentae chez les gestantes (menace vitale). Les effets anticoagulants du gingembre pourraient aggraver les troubles de la crase sanguine chez les individus qui en consomment régulièrement. Certaines infusions risquent d’entraîner de graves dommages hépatiques ou rénaux qui se révéleront après le temps de confinement malheureusement. En effet, des études menées par des chercheurs de renom en Belgique ont mis en évidence des plantes néphrotoxiques (aristolochiadebilis) et même cancéreux en provenance de la médecine traditionnelle chinoise( Daily science, mai 2019). En fait, notre objectif ce n’est pas discriminer la médecine traditionnelle qui pourrait nous servir grandement, mais plutôt d’attirer l’attention sur le lourd héritage que l’automédication à l’ aveugle ou les mauvaises potions peuvent entraîner.
Si la médecine moderne, pour fait face à cette maladie, a déjà proposé des molécules comme la chloroquine, l’azytomicine ( dont les promoteurs sont le professeur/chercheur Didier Raoult en France et le Dr Vladimir Zelenko en USA) l’apivirine utilisé contre l’ebola au Bénin ( Dr Valentin Argon), d’autres éléments tels la vitamine C au-delà de 500mg et du zinc pour le système immunitaire. Sans vouloir prendre position en faveur du protocole adopté dans la lutte contre le Covid-19 en Haïti ( hydroxychloroquine, azytomicine/ceftriaxone, RHE, Paracetamoletc, du zinc et de la vitamine C à forte dose pour booster le système immunitaire), par prudence ou par esprit d’ ouverture, j’imagine combien de citoyens d’autres pays qu’ils auraient pu sauver avec de tels médicaments. D’autres suppléments à base de vitamines A,C,D,E d’ oligo-éléments ; zinc, Cu sélénium et de protéinés, jouent un très grand rôle dans le renforcement du système immunitaire( nutrition, immunité et maladies infectieuses).
Par ailleurs, nous pouvons nous interroger sur la façon dont nos tradipraticiens vont procéder pour faire le diagnostic du Covid-19, assurer le suivi des malades et rapporter les cas diagnostiqués, sans pour autant mettre en danger leur vie et celle d’autrui. Si les prestataires de soins n’arrivent à se doter d’équipements pouvant les protéger réellement contre cette maladie. Qui va les approvisionner en ce sens? Des tentatives de régulation de ce métier en Afrique/ Bénin, a donné du fil à retordre à ses instigateurs au début, puisque que dans la grande majorité des cas, les façons de procéder étaient secrètes, les diagnostics flous et la reddition des comptes lors des mis-management non existants. Chez nous, en revanche, tout le monde peut en témoigner que depuis les annonces du Covid-19 en Haïti, nos habitudes alimentaires avons dû être modifiées en faveur de l’oignon, l’ail, le curcuma, le moringa, le citron, l’aloès, du thé de gingembre, de thym, de girofle etc. Pratiques individuelles, qui peut être, vont défier les prévisions scientifiques pour ce pays, mais, est ce que cela fait de nous tous, des tradipraticiens ?
Ces derniers, ont-ils proposé quelque chose formellement? Où vont-ils prendre soins de patients atteints de Covid-19 ? Pour l’instant, tout est tâtonnement et l’on ne sait pas vraiment à quoi s’ attendre dès le départ.
La réponse à cette question, par rapport aux approches qui font un plaidoyer pour l’inconnu, ne peut être que spéculation .Chez nous, au sein même du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), il existe une direction de pharmacie, de médicaments et de médecine traditionnelle (DPMMT) devant se charger de l’ encadrement et de l’exploration de cette alternative prometteuse.
D’autres approches qui établiraient le pont entre les médecines traditionnelle et moderne préconisent l’artemisia/armoise (par déduction) dont certaines études scientifiques randomisées ont prouvé les effets antimalariques en Afrique et récemment adopter sur ce même continent comme anti Covid-19 à Madagascar.
Depuis quelque temps, les approches gagnant-gagnant sont priorisées à travers toutes les disciplines et dans toutes formes de cohabitation. La médecine moderne a découvert le Covid-19, il faut, en revanche, signaler que jusqu’ à présent rien n’est tout à fait contrôlé. D’ où le recours aux pratiques alimentaires et de phytothérapie dont l’efficacité n’est pas encore prouvée à partir d’étude randomisée. Les populations sont fortement menacés, la maladie, continue à faire des ravages dans les pays du centre, et ceci malgré, les bons systèmes de santé (USA,ESPAGNE, ITALIE, FRANCE). La meilleure attitude, serait notre fameux prekosyonpakapon qui se cristalliserait dans l’adoption de pratiques recommandées par les autorités en santé mais également dans le renforcement de notre système immunitaire. ceux-ci nous permettront d’éviter, ou du moins de propager, cette maladie qui peut se révèle comme une hécatombe.
Conclusion
En pleine pandémie, la discipline et l’humilité individuelle sont nécessaires mais une approche participative et intégrée est indispensable. La menace est grande et nos moyens sont faibles. Il y va de la façon que chaque individu (maillon de la chaîne) saura se comporter pour espérer une adresse heureuse de ce ennemi commun qui veut à tout prit nous terrasser sur le terroir haïtien. Nous venons de voir que les différentes formes de médecines peuvent avoir leur limite, devrait apprendre de leurs erreurs, participer à la transmission du savoir et évoluer avec le temps. Le temps n’est plus à la guerre entre les différentes formes de médecine ni de compétition pour détenir la formule magique, mais plutôt, à la priorisation des formes de transcendance capable de faire face à ce récent problème. Dans l’attente des retombées, les deux extrêmes sont possibles en Haïti en matière de bilan et, en termes de perte en vie humaine, seules les études rétrospectives pourront réellement un jour, établir le bilan définitif et décanter le bon grain du l’ivraie. Le temps n’ est pas aux spéculations mais plutôt à des réflexions profondes sur la complémentarité de ces deux grandes formes de médecines dont l’ objectif a toujours été de sauver des vies et dans ce cas particuliers se devrait d’empêcher la mort de nos chers compatriotes par la rupture définitive de cette chaîne de propagation de la maladie qui est le méchant Covid-19.
Préparé par Gréguy ALEXANDRE;M.D,OB/gynécologie, gestionnaire des services de santé, étudiant MAPODE.
Rose CherlineCalixte, infirmerie sage femme, étudiante en MAPODE.
Tel 36130987/44263346
greguyobgyn@yahoo.fr.
Bibliographie
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Histoire de la médecine:www cosmovision.com