Electricité : pas d’amélioration en vue, pas d’argent pour produire plus avant des mois

Publié le 2020-05-04 | lenouvelliste.com

La région métropolitaine de Port-au-Prince connait depuis un certain temps un rationnement drastique d' électricité. Dans certaines zones, la population n’a droit qu’à quelques heures de courant tous les deux ou trois jours et dans certains cas le black-out dure depuis une semaine non-stop.

Sur Magik 9, mercredi matin, le directeur général de l'Électricité d’Haïti, Hervé Pierre-Louis, a tenté d'expliquer que cette situation était due à un problème technique. « Nous faisons face depuis la semaine dernière à un problème technique de divers ordres. Mais nous sommes parvenus à résoudre les problèmes depuis hier – mardi- », a déclaré M. Pierre-Louis, qui a voulu rassurer les abonnés de la compagnie. 

Le plus gros problème de l’ED'H reste son incapacité à disposer des fonds propres pour assurer l’entretien des moteurs, a déclaré Hervé Pierre Louis. Parce que les moteurs ne sont pas entretenus ou ne le sont pas à temps, ils ne produisent pas la quantité de mégawatts nécessaire en temps normal. C’est le cas par exemple de la centrale de Carrefour, a précisé le directeur général de l’ED'H qui met en cause les prises clandestines et les factures non payées qui constituent, selon lui, un manque à gagner pour la compagnie qui fonctionne à perte.  

«À chaque fois que l'ED'H dépense 100 gourdes pour produire de l'électricité, elle arrive à percevoir 40 gourdes», a déploré le directeur général de l'entreprise. 

Mais à côté de cela, il y a, selon Hervé Pierre Louis qui ne fait que poser le diagnostic depuis son arrivée à ce poste, il yun autre problème structurel lié à la vétusté du réseau et à la technologie utilisée.  « Il n’y a aucun moyen d’avoir plus de courant électrique avec le réseau que nous utilisons actuellement. Ce réseau est dépassé », constate--il. Avec une production qui varie entre 65 et 75 mégawatts, l’ED'H ne peut fournir qu’entre six heures et sept heures de courant électrique par jour, par circuit, selon ce qu’a fait savoir Hervé Pierre Louis dans une interview sur Magik 9 mercredi matin. 

Hervé Pierre-Louis rappelle que le réseau de l’ED'H est vieux de près de 70 ans. « Il a été mis en place à une époque où la population de Port-au-Prince était d’environ un million d’habitants. Aujourd’hui, Port-au-Prince compte près de quatre millions d’habitants », note le directeur général. Pour avoir plus de courant, il faut en produire plus, soutient Hervé Pierre Louis soulignant que le besoin du pays en termes d’énergie électrique s’élève à 300 mégawatts. M. Pierre-Louis recommande un changement de technologie pour pouvoir « combler le déficit entre la quantité de mégawatts nécessaire et la quantité produite ». M. Pierre-Louis critique les sénateurs qui n’avaient pas compris la nécessité de ratifier l’accord de prêt avec Taïwan de 150 millions de dollars qui devaient permettre au gouvernement d’effectuer des investissements en ce sens.

Suite à la caducité du Parlement, annonce-t-il, les discussions ont repris et n'était la pandémie du coronavirus, les travaux auraient démarré le 13 mars dernier. Il dit espérer une amélioration de la situation afin que ces travaux débutent le plus tôt possible, en juin ou en juillet.

Ce niveau de rationnement si l'on en croit M. Pierre Louis qui s'est aussi exprimé sur radio Vision 2000 cette semaine est un recul pour mieux sauter. Dans quatre à cinq mois, annonce-t-il, le pays commencera à faire l'expérience de la production d'électricité à partir du gaz naturel. Ainsi, avant le mois de décembre, il y aura une vraie amélioration dans la distribution du courant. Le DG parle de la mise en place de structures permettant de produire à partir de cette technologie, environ 50 mégawatts d'ici la fin de cette année.

Pour le moment, tous les moteurs fonctionnant uniquement au diesel sont à l'arrêt. On fait tourner les moteurs fonctionnant au mazout à 100% pour essayer de desservir la population mais ce n'est pas suffisant vu que l'institution fait face à du sabotage un peu partout. Ce qui complique le travail des techniciens intervenant sur le réseau.

En plus de la technologie de production, les responsables se penchent également sur la technologie commerciale. Pour cela, un appel d'offres a été lancé pour l'octroi de 1000 compteurs prépayés pour la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Hervé Pierre Louis est persuadé que ce projet sera matérialisé avant la fin de l'année. Après, l'on procédera de même pour les six grandes villes de province, selon Pierre-Louis sur radio Vision 2000. 

Péligre est à l’arrêt

Le directeur général de l’EDH a indiqué que la centrale hydroélectrique de Péligre est « pratiquement à l’arrêt ». Tout l’espoir des responsables de l’EDH repose pour le moment sur la saison pluvieuse. « Nous ne faisons qu’attendre la saison des pluies », a confié Hervé Pierre Louis. Toutes les prévisions, rappelle-t-il, montrent qu'il y aura une saison pluvieuse intéressante. Si tout se passe comme prévu, d'ici les trois prochaines semaines, l'on connaîtra une amélioration. Mais le niveau qu'on veut atteindre, on ne l'atteindra pas avec ces trois centrales, avec ce réseau défaillant qui engendre des pertes énormes; ni non plus avec cette technologie fonctionnant avec le diesel à plus de 60%.

La saison des pluies ne pourra pas non plus aider la centrale à fonctionner à plein régime, à en croire Hervé Pierre Louis qui a souligné l’ensablement du lac. Ce qui a pour conséquence la réduction de la puissance des turbines. En ce qui concerne les turbines, le directeur général de l’ED'H a confirmé que l’une d’entre elles qui a été récemment rénovée et est déjà tombée en panne. « Nous sommes en litige avec la compagnie qui a réalisé les travaux », a ajouté le directeur général de l’Electricité d’Haïti. 

Les centrales de Varreux produisaient plus de courant qu'avant  

Les centrales de Varreux 1 et Varreux 2 produisent actuellement entre 25 et 35 mégawatts de courant électrique, a fait savoir Hervé Pierre Louis. Avant, quand les centrales étaient sous le contrôle de la Sogener, elles produisaient ente 45 et 50 Mégawatts. Hervé Pierre Louis souligne que ce décalage est dû au fait que les responsables de la compagnie Sogener avaient en « back-up » une autre centrale dite Varreux 3 qui produisait entre 10 et 15 mégawatts. 

Actuellement, selon Hervé Pierre Louis,  il n’y a que Varreux 1 et Varreux 2 qui sont placées sous le contrôle de l’EDH par l’État haïtien. Ces deux centrales sont incapables de produire à pleine capacité. L'EDH, depuis les déclarations de son directeur général sur Magik 9 et Vision 2000 n'a fait que multiplier des communiqués pour avertir ses clients de plus de black-out. 

Danio Darius

Danio Darius
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