M.P. Boivert: entre un présent plein de défis et un avenir meilleur à forger

Le grand argentier de la République, Patrick Boisvert, en faisant état de la baisse de recettes et de la hausse des dépenses publiques, a annoncé que l’Etat s’est arrangé pour trouver des ressources pour financer ses opérations. Sans communiquer le montant exact de financement monétaire, il annonce, comme le président Jovenel Moïse, l’importance de mettre le cap sur la relance de l’économie, sur l’appui au PME. Le ministre des Finances, encouragé par l’obtention de 111 millions de dollars du FMI dans le cadre de la facilité de crédit rapide, attend le "Staff monitored program", donne des gages en termes d’efforts pour arriver à la stabilisation macroéconomique en ces temps de crise provoquée par le Covid-19.

Publié le 2020-04-29 | lenouvelliste.com

Mes premiers mots seront pour saluer l’esprit et les principaux organiseurs de ce Sommet dont le but ultime est de créer un climat susceptible d’élargir la vision et la réflexion sur les moyens intelligents de rendre plus performante la dynamique nationale et internationale de la finance face aux défis que nous sommes appelés à relever pour assurer notre survie.

10 ans après que le séisme du 12 janvier 2010 ait mis à genoux et notre pays, et notre économie, nous voici à cette 10e édition du Sommet international de la Finance pour construire (inventer) ensemble des formules idoines et innovantes qui puissent nous permettre de tirer meilleure partie de cette crise sanitaire au rayonnement planétaire qui nécessite la mobilisation, à la fois, des ressources morales, politiques, financières et économiques.

«COVID-19 : Financer la réponse et préparer l’après-crise ». Ce thème sur lequel vont porter les débats, arrive à point nommé pour susciter des approches originales, des cheminements neufs bousculant la routine, incitant à l’innovation audacieuse et entreprenante à un moment crucial de notre vie de peuple où notre survie collective est liée à notre capacité de garantir une gestion efficace des finances publiques.

Face cette une épreuve historique, il n’y a que dans la combativité des hommes et des femmes qui sont prêts à se discipliner et à se dépasser dans les réponses à fournir pour aujourd’hui et pour demain, qu’on peut trouver une raison d’espérer encore.

Mesdames, Messieurs, les temps sont difficiles. Extrêmement difficiles.

Avant l’avènement de la crise sanitaire de COVID-19, notre économie faisait déjà face à d’énormes difficultés. L’année 2018-2019 a été marquée par :

Une croissance négative de -1,2% contre une progression moyenne de l’activité économique  de 1.6% entre 2014 et 2018 ; faisant ainsi de cette année, la pire que le pays ait connue depuis le terrible tremblement de terre de 2010 ;

Une pression fiscale qui est retombée à 10.8% contre 13.1% en moyenne sur la période 2014 et 2018 ;

Les difficultés des populations qui sont aggravées par la hausse des prix sur les marchés. Depuis l’année 2015, le pays connait un spectre d’inflation à deux chiffres qui a même passé la barre de 20% en septembre 2019 :

Les risques sismiques et climatiques sont toujours présents dans nos vies.

Au cours premier semestre de l’année fiscal en cours (2019-2020), le pays a continué à subir les contrecoups des effets des crises socio-politiques répétitives de l’année 2018-2019 ; ce qui entrave la gestion des finances publiques et la poursuite des objectifs économiques tout au cours du premier semestre de l’exercice fiscal en cours (2019-2020). Au niveau macro :

En glissement annuel sur les cinq premiers mois de l’exercice, les importations ont chuté de 24% et les exportations de 9%.

Le taux de change qui a été quasi-stable sur les quatre (4) premiers mois de l'exercice (-0.31% en moyenne mensuelle), a connu une variation brusque de 1.7% et 3.1% respectivement en février et mars 2020, avant d’atteindre le niveau de 104.38 gourdes (TMA) pour un dollar américain au 27 avril 2020.

Une contreperformance a été constatée dans la mobilisation des recettes. Un manque à percevoir de 3,7 milliards de G sur le premier semestre, soit 41,1 milliards G collectées contre 44,9 milliards G prévues. Les dépenses budgétaires totales accusent une hausse de 20%, en raison des actions du Gouvernement pour protéger la population haïtienne et supporter l’économie nationale contre les effets négatifs du Covid-19.

Donc, l’Etat a dû recourir à d’autres sources de financement pour honorer ses dépenses incompressibles notamment la prise en charge de deux (2) promotions de policiers.  Ainsi, à fin mars 2020, les finances publiques haïtiennes accusent un niveau de financement de la BRH au-dessus des attentes, mais compréhensibles par rapport aux récents chocs, étant donné qu’on ne saurait faire d’arbitrage entre le financement monétaire et la vie de gens.

Depuis la confirmation le 19 mars 2020 des deux (2) premiers cas de contamination au COVID-19 dans notre pays, l’Economie haïtienne a subi d’importants effets négatifs directs affectant entres autres le secteur réel et les finances publiques. Il s’agit notamment de :

Les flux de touristes qui étaient de 18,000 par mois en moyenne sur le deuxième semestre en 2018-2019 risquent de tomber à quasi-zéro pour le reste de l’exercice 2019-2020 ;

Les exportations et les importations pourraient connaitre des baisses substantielles par rapport à leur niveau habituel ;

La diaspora haïtienne étant très touchée, les flux de transfert des migrants pourraient reculer jusqu’à 25% compte tenu des impacts de la pandémie sur l’économie américaine ;

Les Investissements Directs Etrangers (IDE) qui s’élevaient à 75 millions de dollars au cours de l’exercice fiscal 2018-2019 pourraient diminuer de moitié.

La fermeture des accès au territoire national qui a aussi perturbé les importations de certains produits dont dépend la consommation nationale, ce qui aurait pour conséquence, entres autres, une accélération de l’inflation ;

La fermeture de certaines usines et industries qui a entraîné le ralentissement de la production nationale, des manques de revenus chez des travailleurs et une baisse au niveau des revenus d’exportation ;

Le ralentissement généralisé de l’activité économique qui fait chuter à la fois les revenus privés et publics, avec des effets indésirables sur le taux de chômage ;

Le taux de croissance pour l’exercice 2019-2020 qui était prévu à -0.7% pourrait tomber à -4.0% sur l’exercice en cours ;

Les recettes, en moyenne mensuelle, sur le premier semestre (19-20) qui étaient de 6.8 milliards de gourdes sont tombées à 4.8 milliards au mois d’avril 2020 ;

La crise actuelle combinée aux séquelles des déséquilibres structurels de l’économie haïtienne ont valu les interventions de l’Etat à hauteur de 714 millions de gourdes et 19 millions de dollars américains en faveur du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) à travers le Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES) et du Ministère de l’Environnement (MDE) pour faire face à la pandémie.

Les mesures adoptées touchent à la fois les secteurs économique et sociale.

Dans la lettre de cadrage du budget 2019-2020, environs 5 priorités ont été définies : (1) le renforcement de la sécurité interne, (2) le redressement des finances publiques, (3) l’implémentation du plan de réponses à la crise de COVID-19, (4) la mise en œuvre d’actions sectorielles à résultats rapides et tangibles pour le retour rapide à la stabilité politique et sociale, (5) et enfin la relance de l’économie afin de garantir les emplois durables.

Je voudrais à ce stade citer quelques-unes des mesures prises dans le cadre du plan de réponse à la Pandémie COVID-19 :

distribution de rations sèches et cash transfert aux ménages ;

report des obligations fiscales des entreprises et des personnes physiques ;

gratifications spéciales à certaines catégories socio-professionnelles, notamment le personnel soignant, les forces de l’ordre, les ouvriers de la sous-traitance, les professeurs et les transporteurs.

Le support de nos Partenaires Techniques et Financiers a été mobilisé soit à travers :

L’annulation du service de la dette du FMI de 5.6 millions de dollars sur 6 mois ;

Un appui du FMI de 111.6 M de $ à la Balance des paiements, au titre de Facilité Rapide de Crédit, dont l’équivalent en gourdes a été rétrocédé au MEF par la Banque Centrale soit forme d’appui budgétaire indirect ;

Une réallocation de la BID d’un montant 50 millions USD à partir des ressources disponibles au niveau des projets en cours de mise en œuvre. Les mécanismes devant faciliter le décaissement de ces fonds en vue de leur utilisation rapide et efficace sont présentement en discussion.

Une entente avec la Banque Mondiale pour adopter de nouvelles dispositions permettant d’améliorer la mise en œuvre du portefeuille des projets et programmes notamment dans les domaines du développement, de protection sociale, gestion des risques et désastres, création de marchés et d’opportunités pour les petites et moyennes entreprises à travers le renforcement des chaînes de valeur et l’accès à des financements adéquats. Ainsi, nous avons pu obtenir des réallocations et des financements d’urgence et à moyen terme.

Par rapport à la préparation du budget 2019-2020, le Processus est très particulier. Le projet de loi de finances 2018-2019, déposé au Parlement à deux reprises, n’a pas pu être voté, d’où la reconduction du budget rectificatif 2017-2018 sur deux exercices fiscaux, ce qui n’était pas arrivé depuis 1996-1997. Comme Conséquences : cadre référentiel inadapté pour la perception des ressources et l’exécution de dépenses. En ce sens, nous avons opté pour l’élaboration d’un cadre budgétaire dès le début de l’exercice fiscal 2019-2020 pour initier les démarches de régularisation de la situation.

Avec le nouveau gouvernement, la lettre de cadrage a été préparée et les priorités ont été définies et on avance vers la fin du processus.

En guise de perspective :

Comme l’a si bien indiqué le Président de la République, un comité scientifique économique est envisagé afin de préparer, de concert avec le MEF, un plan d’urgence de relance économique et financière qui prendra en compte les besoins de tous les secteurs porteurs de l’économie nationale.

Nous aurons à apporter une attention particulière aux Petites et moyennes entreprises (PME), via une aide financière ciblée visant la création de nouveaux start-up, et le renforcement ce ceux déjà existant.

Nous nous sommes engagés à négocier avec le staff du FMI un programme de Réformes dénommé SMP (Staff Monitored Program suivi par les services du FMI) qui s’étendra sur les six (6) prochains mois. L’objectif étant d’établir les bases pour les négociations d’un programme sur le moyen terme au titre de la Facilité Élargie de Crédit (FEC) au début de l’exercice prochain.

Nous continuons non seulement à travailler pour mobiliser des ressources additionnelles en vue de financer le plan de réponse de COVID-19 mais nous poursuivons les négociations avec la BID et Banque Mondiale en vue de parvenir à l’élaboration de nouveaux programmes devant permettre d’accompagner les familles défavorisées et les aider à mieux faire face aux mesures sanitaires prises dans la lutte contre le coronavirus.

Parallèlement, des mesures sont en train d’être mises en œuvre afin de lever les contraintes entravant le décaissement et l’exécution des projets déjà en cours, et d’arriver à l’amélioration de notre capacité d’absorption afin de stabiliser les indicateurs macroéconomiques et contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la population et à leur accès aux services de base.

Comme vous pouvez le constater, le Gouvernement déploie tous les efforts nécessaires pour maintenir un cadre macro-économique stable et se veut rassurant.

À cet effet, les fluctuations du taux de change seront contenues dans les limites acceptables, les salaires des fonctionnaires sont payés dans les délais.

Cette dynamique interpelle la participation pragmatique de tous et de chacun qui auront à s’y engager avec force, intelligence, savoir-faire et dévouement à la cause nationale.

Je souhaite vivement que cette 10e édition du sommet de la finance puisse, par le biais des interventions des uns et des autres et des débats qui y ont cours, être source d’énergie et d’espoir pour le peuple haïtien aujourd’hui confronté à l’un des pires fléaux qui aient frappé le monde : le Covid 19.

Aussi, tenons-nous à rassurer la population et la communauté internationale que la gestion de fonds alloués à la pandémie se fera en toute transparence. Chaque gourde qui est ou sera décaissée fera l’objet de contrôle strict par les institutions de contrôle et il est prévu un audit à la fin du processus de décaissement.

Patrick Boivert

Ministre de l'Economie et des Finances

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