En l’absence d’un centre de détention, des mandats d’amener ne peuvent être mis à exécution dans la cité de l’indépendance.

Publié le 2020-04-27 | lenouvelliste.com

Il n’est plus un secret de polichinelle pour personne que le système carcéral haïtien va de mal en pis. La juridiction des Gonaïves n’est pas exempt de cette situation suite à la dernière tentative d’évasion à la prison civile des Gonaïves suivie d'actes de viol sur des femmes incarcérées dans les cellules dudit centre de détention. Les détenus ont tous été transférés vers d’autres centres carcéraux du pays. Depuis, la cellule de rétention du commissariat Toussaint Louverture qu'est l’unique espace construit pour accueillir au maximum 5 prévenus, est transformée en un véritable centre carcéral.

Actuellement, on enregistre près de 50  détenus entassés dans ce petit espace comme des animaux sauvages. Or, celui-ci est destiné à recevoir 5 détenus. Tout cela s’est produit sous le regard complice du haut commandement de la police du Département de l’Artibonite,des autorités judiciaires, du barreau, de la mairie et du délégué départemental, représentant de l’exécutif. En pleine crise du Covid-19, le risque de contamination devient plus important par le fait qu’ils ne peuvent pas bougé normalement voire même de s’allonger pour dormir dans cette pièce aussi exiguë. Plusieurs hommes de loi et organisations de la société civile de la ville ont dénoncé énergiquement les conditions dans lesquelles croupissent ces derniers.

Il est impossible aux autorités policières d’exécuter des mandats d’amener, celle-ci a été précisée par un responsable de la hiérarchie administrative dudit commissariat dans une conférence de presse jeudi dernier pour attirer l’attention de plus d’un sur le laxisme des autorités judiciaires. Face à ce constat, la police nationale refuse d’exécuter les mandats d’amener émis par les autorités judiciaires en raisons du fait qu'elle ne dispose aucun centre de détention dans la cité de l'indépendance. Entre- temps, les chevaliers de nuit et les fauteurs de troubles continuent de semer le deuil dans la société gonaïvienne et leurs actes malhonnêtes se multiplient comme des champignons.

‘«Mwen genyen 3 manda damne nan menm la, mwen pa ka egzekite yo, si m egzekite yo, yap lage yo anko paske pa genyen espas nan gadavi a anko», a scandé un des avocats du barreau des Gonaïves sous le couvert de l’anonymat , une situation qui suscite la peur chez certains et la panique chez d’autres.

En dépit de la gravité de la situation, l’actuel titulaire du ministère de la Justice et de la Sécurité publique se tarde encore à apporter une solution pour pallier cette situation. Les autorités judiciaires se trouvent dans l’impossibilité d’assurer la distribution du service public de justice. Elles ne veulent pas se transformer en de véritables violateurs des droits de paisibles citoyens. Les mandats d’amener ne peuvent plus être émis lorsqu’il n’y a aucun espace pouvant déposer les éventuels bourreaux de la population ou des repris de justice donc, les mandats d'amener sont transformés en une simple  invitation, la justice est dépourvue de sa force contraignante.

L’ordre républicain se trouve menacé dans la cité de l’indépendance et ne peut plus régner. On reste persuadé que la justice élève une nation, mesdames, messieurs et hauts dignitaires de l’État, si vous croyez toujours en ce maxime, il est temps d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard.

Maitre Rosemond Steevens, avocat au barreau des Gonaïves.

Auteur


Réagir à cet article