Sans des mesures de prévention, Haïti pourrait enregistrer 20 000 morts, prévient le Dr Patrick Delly

La cellule scientifique créée par le gouvernement le mois dernier a tenu, vendredi 24 avril 2020, sa première conférence de presse au Centre d’informations permanentes sur le coronavirus (CIPC). Pour ces membres, les recommandations déjà faites au gouvernement ne sont pas respectées strictement, le pic de la pandémie peut être atteint dans un mois ou deux. Dans le pire des cas, le pays comptera des millions de cas de contamination et à peu près 20 000 décès dus à la pandémie.

Publié le 2020-04-24 | lenouvelliste.com

Suivant l’évolution de la situation, Haïti pourrait connaître une hécatombe où les morts se compteront par milliers. Selon les prévisions du directeur du Laboratoire national d’épidémiologie, également coordonnateur de la cellule scientifique, le Dr Patrick Delly, la « pandémie pourrait toucher 3 millions de personnes avec au moins 80 % d’entre eux ne présentant aucun symptôme de la maladie ». Si des « mesures ne sont pas prises » par les autorités et la population pour stopper la propagation du virus, selon le médecin, « dans l’idéal on peut s’attendre à 2 000 morts ». Dans un « scénario catastrophe » prévoyant le « pire pour le pays » ce « nombre de décès pourra être multiplié par cinq ou 10 (20 000 morts probables) suivant les décisions qui seront prises », a averti le Dr Patrick Delly.

Les mesures salvatrices pour éviter ce scénario catastrophe vont du confinement (même si le gouvernement n’a pas jusqu’ici imposé le confinement mais a seulement déconseillé les sorties) aux gestes barrières et le port obligatoire de masque. « Les gens doivent tout le temps porter un masque. Même s’il s’agit d’un masque artisanal. À défaut de se protéger entièrement, le masque pourra réduire la charge virale à laquelle on est exposé », a-t-il souligné. Le Dr Delly et les autres membres de la cellule ont aussi insisté sur l’utilisation d’un tapis chloré (un tapis imbibé de chlore) à l’entrée des maisons et des institutions pour éviter que le virus ne soit transporté sous les semelles.

Par ailleurs, le directeur du laboratoire national d’épidémiologie se dit inquiet de la réaction de la population face aux mesures déjà prises par les autorités. « Nous sommes désolé de voir que les comportements n’ont pas vraiment changé. Des marchands ont manifesté dans les rues, des gens jouent au football dans les rues, des églises organisent des cultes à nouveau », a dit constater Patrick Delly. D'après lui, ces prévisions peuvent changer au fur et à mesure que les paramètres des modélisations changent notamment le comportement de la population. « Suivre les conseils des autorités sanitaires ne coûtera rien à personne mais les négliger, c’est prendre le risque de contaminer toute un population », a rappelé le Dr Delly, qui conseille de ne plus déplacer de force les malades placés en quarantaine ou en isolement par le MSPP.

Même si le virus se propage jusqu’ici lentement dans le pays, « il arrivera un temps où les cas de contamination vont augmenter de façon drastique », a prédit le Dr Jacques Boncy. « Il est dangereux de douter de la présence du virus. Il est inutile de passer trop de temps à critiquer au risque de détourner l’attention sur l’urgence de l’heure car il est grand temps de nous préparer à l’éventualité d’une vague massive de nouveaux cas. Beaucoup de personnes infectées ne présentent aucun symptôme alors qu’elles continuent de contaminer d’autres, tandis qu’une personne qui vit avec une comorbidité est emportée en moins de 72 heures », a fait savoir le Dr Boncy.

Pour lui, ce phénomène constaté en Haïti en dit long sur la dangerosité du virus et sa capacité de transmission. Comme pour donner espoir aux gens, le Dr Jacques Boncy soutient que les gestes barrières comme le lavage des mains, ne pas tousser ou éternuer dans sa main et la distanciation sociale, le port du masque, la réduction des déplacements peuvent contrer la propagation du virus. Aussi, il demande aux médecins de rapporter les cas suspects au MSPP et à tous ceux qui ont des symptômes qui se rapprochent du coronavirus de contacter dans l’urgence les autorités sanitaires.



Réagir à cet article