Covid-19 : Haïti a besoin de grands investissements agricoles

Publié le 2020-04-24 | Le Nouvelliste

Depuis la période post-indépendance, les moyens de production nous échappent année après année. À cet effet, pas mal de plaidoyers ont déjà été publiés sur le sort de notre agriculture. Cependant, aucune action de taille n’a été réalisée ou n’est encore réalisée. Ce qui fait que la courbe de l’importation est toujours ascendante, et pour la plupart de nos concitoyens, leur alimentation dépend des produits venant de la République voisine… Or en pleine crise de coronavirus, les zones frontalières ne sont pas accessibles aux marchand.e.s voulant s’approvisionner en produits comestibles, etc., une situation qui entraîne de la frayeur et qui nous sera très néfaste du point de vue alimentaire… si rien n’est fait du côté des autorités en place.

La décision rigoureuse du gouvernement, à savoir la fermeture des 4 points frontaliers (Belladère, Malpasse, Ouanaminthe et Anse-à-Pitres) visant à protéger la population de la propagation du Covid-19, est marquée par une rareté de produits alimentaires sur le marché local. De ce fait, il s’avère nécessaire de relancer le secteur agricole et de valoriser la paysannerie haïtienne. Le ministère de l’Agriculture doit mettre sur pied « une réforme agro-foncière : remembrer les terres, moderniser l’agriculture, trouver de nouvelles variétés de récoltes, améliorer les outils…». Il doit s’assurer que les producteurs agricoles ont une main-d’œuvre constante. Car la main-d’œuvre est un facteur limitant qui engendre souvent des contraintes pour l’agriculture. Sans celle-ci, on ne parviendra pas à mettre les terres en valeur, ni à entretenir les cultures, ni à récolter ce qu’on a mis en terre.

Mais dans cette crise, il y a une possibilité qui s’ouvre à ce secteur qui est privé d’ouvriers. En raison des mesures de confinement que recommandent les scientifiques, beaucoup de gens restent à domicile. Ils sont privés d’activité. Le ministère doit les appeler à apporter leur support tout en les rémunérant. C’est ce que font d’autres pays à l’heure actuelle.

En outre, les Bureaux agricoles communaux (BAC) sont un atout majeur pour la mise en place et la bonne marche de cette réforme. Les autorités concernées n’ont qu’à rejoindre les agronomes à leur tête et aussi recruter des techniciens agricoles pour leur procurer des motocyclettes, de tracteurs et bien d’autres matériels agricoles… afin de faciliter leur travail auprès des paysans. Et le gouvernement, via le ministère de la Santé publique, doit mettre en place une politique de dépistage systématique, question de tester les agriculteurs et toutes les personnes qui seraient amenées à travailler dans les champs ou à réaliser une activité dans le milieu rural, afin que cette main-d’œuvre ne soit pas un vecteur de propagation du coronavirus.

Et on souligne à l’encre forte : le Covid-19 survient dans le pays au début de la campagne de printemps qui est une période bien adaptée à l’agriculture. Les agriculteurs devraient mettre en terre des cultures à cycle court (3 mois) telles que le manioc, la patate douce, les haricots, le maïs/ des cultures maraichères : tomate, betterave, épinard, gombo, aubergine, poireau. Avec cette stratégie, nous pouvons répondre aux besoins alimentaires des prochains mois (qui s’annoncent difficiles) si ces derniers trouvent le support des agros ou des spécialistes de l’agronomie que ce soit en termes d’encadrement ou d’accompagnement dans les exploitations agricoles.

Donc un investissement massif dans l’agriculture, pour ne pas dire une politique agricole (bien définie), est absolument indispensable pour rétablir la souveraineté alimentaire au niveau national. Si on pose le rôle fondamental de l’activité agricole dans le vécu quotidien de chaque peuple, on verra que toutes les nations qui sont réellement stables et indépendantes ne le sont pas parce qu’elles ont uniquement beaucoup de ressources minières ou qu’elles ont des industries performantes, mais qu’elles ont une production agricole nettement supérieure à leurs demandes nationales. Juste pour dire que chez nous l’heure est grave ! Notre système alimentaire est défaillant. Il est temps de commencer à combiner effectivement l’eau, la terre, le soleil et les gens pour assurer l’approvisionnement du marché haïtien en aliments de base ou pour mettre une fois pour toutes de la nourriture dans nos assiettes. De grands investissements agricoles, c’est ce dont le pays a besoin!

Jimmy DELISCA

Ingénieur agronome

Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".