« Aujourd’hui, Haïti  est le seul pays des Caraïbes qui n’a pas de stratégie pour la science », observe Patrick Attié 

La crise provoquée par la pandémie de coronavirus (Covid-19) montre, une fois de plus, le degré de vulnérabilité du pays dans les domaines scientifiques.  Pourtant, c’est un pays qui a un « besoin presque pathologique de scientifiques, d’ingénieurs ou de chercheurs. Nous n’en avons pas aujourd’hui suffisamment...», croit le professeur Patrick Attié, responsable de l’Ecole supérieure d’infotronique (ESI). Il a pris part, mardi, au lancement du programme d’échange et d’entretiens « Corpuha au temps du Covid-19 » tenu par la Conférence des recteurs, présidents et dirigeants d’universités et d’établissements d’enseignement supérieur en Haïti (Corpuha),  pour une participation de la communauté université aux débats autour du Covid-19.

Publié le 2020-04-08 | lenouvelliste.com

Le professeur d’université estime que le pays doit, plus que jamais, penser à la formation, dans un délai court, d’ingénieurs, de chercheurs, dans des domaines scientifiques qui sont stratégiques  pour nous en Haïti.  « Je crois que si l'on ne fait pas cette prise de conscience, on pourrait mettre en place, à droite et à gauche, un système de formation à distance ; cela ne servira pas à grand-chose », soutient-il.

Le professeur Attié croit que la nécessité de prendre conscience qu’on a besoin de scientifiques et de chercheurs en plus grande quantité en Haïti est extrêmement importante. Il nous manque de la valeur ajoutée, laquelle se crée principalement dans les grands espaces universitaires avec des écosystèmes de recherche et de développement et produite par des gens compétents, extrêmement bien formés. Selon M. Attié, nous devons monter en niveau tant en qualité qu’en quantité, en formant une masse critique de professionnels de haut niveau afin de faire face aux défis qui nous arrivent.  

Patrick Attié explique que la production de valeur ajoutée constitue la source de tout développement économique dans les pays émergents et qui se développent. « Ces pays qui ont une chose en commun : une approche extrêmement agressive sur la mise en capacité ou le développement de savoir-faire scientifique et technologique. Les pays qui ne le font pas aujourd’hui ne se développent pas », poursuit-il.

Pour lui, la formation à distance n’est qu’une goutte d'eau dans l'océan. Il faut de la valeur ajoutée qui n’est pas présente en ce moment. En ce sens, il faut former une  génération de scientifiques haïtiens prêts à aborder les défis. Par ailleurs, peut-il observer, il y a une absence de stratégie pour la science ou de priorités stratégiques bien établis dans le pays, une absence de vision, ajoute le directeur de l'ESI.

Avec la crise générée par le Covid-19, le professeur Patrick Attié croit qu’on a des leçons à tirer. Au dire du scientifique, au-delà de la gestion de l’urgence, le rôle de l’université, aujourd’hui, c’est d’apporter des solutions à moyen terme et long terme et de s’assurer que les décideurs prennent conscience de la nécessité, non seulement, d’orienter la stratégie et la vision vers la science et la technologie, mais aussi de se donner les moyens de faire la recherche. C’est ce que croit le professeur d’université Patrick Attié, responsable de l’Ecole supérieure d’infotronique d’Haïti. « Le pays a peu de moyens, on ne peut pas se permettre de gaspiller de l’argent », a-t-il prévenu.  



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