Apport du travail social dans la gestion optimale du Covid-19 en Haiti

Publié le 2020-04-07 | lenouvelliste.com

En décembre 2019, un virus du nom de Coronavirus Disease 2019 (acronyme : COVID-19) frappe la ville chinoise Wuhan causant des milliers de morts et d’infectés. Trois mois après, cette maladie atteint presque toute la planète avec des cas de contamination et de décès très élevés, ce qui pousse l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’élever au rang de pandémie, le 11 mars 2020. L’Italie (128 948 infectés, 15 887 décès) et les États-Unis d’Amérique (337 971) infectés pour  9 654 décès au 6 avril) sont parmi les pays enregistrant un bilan très lourds en termes de personnes contaminées et décédées. En ce qui a trait au rythme et au danger de la maladie, plusieurs pays ont déclaré l’état d’urgence sanitaire en vue de limiter sa propagation et de mobiliser des ressources nécessaires (humaines, matérielles, financières) pour y faire face. Haïti a elle aussi décrété l’état d’urgence sanitaire après la confirmation de deux cas le 19 mars 2020. Ce,  avec toutes ses fragilités en matière de soins de santé comme l’insuffisance de médecins (1 médecin pour 3 354 habitants selon une enquête réalisée par le ministère de la Santé publique et de la Population en 2017-2018), professionnels médicaux sous-payés et maltraités, grève à répétition dans les hôpitaux pour exiger de meilleures conditions de travail... Depuis l’annonce officielle de ces deux cas, le pays vit dans une incertitude où les citoyennes et citoyens se demandent comment sera la situation au cas où le Covid-19 tiendrait le rythme de ses ravages dans les pays occidentaux.  

En matière de gestion de crise, Haïti n’est pas mieux lotie. La gestion jusqu’ici calamiteuse du Covid-19 témoigne l’ignorance et/ou l’incapacité des autorités établies. Le ministère de la Santé publique et de la Population, institution au-devant de la scène en cette occasion, se contente de communiquer le nombre de cas testés positifs et négatifs et les décès (1 décès au moment où nous écrivons ce texte). Seulement le département géographique des cas recensés est précisé en termes d’indicateurs. Vu la facilité avec laquelle le virus se propage, il serait intéressant que les autorités précisent les communautés où vivent (vivaient)  les personnes infectées. En plus, tout un train de mesures devraient être adoptées pour protéger la population des risques de contamination et protéger surtout les personnes infectées qui risquent de faire face à la stigmatisation. Parmi ces mesures, nous pouvons citer la sensibilisation et/ou une prise en charge  sur le plan individuel, sur le plan de groupe et sur le plan  communautaire. Ceci nous amène aux trois niveaux d’intervention du travail social que sont le travail social individuel, le travail social de groupe et le travail social communautaire. Le travail social est défini par l’Association canadienne des Travailleurs sociaux (ACTS) comme « une profession orientée vers l’aide à des individus, des familles, des groupes et des collectivités dans le but de les aider à améliorer leur bien-être ». L’ACTS poursuit en affirmant que le travail social aide les individus à développer leur habileté et leur capacité d’utiliser leurs propres ressources et celles de la communauté pour résoudre leurs problèmes. Partant de cette définition qui n’est pas trop différente de celle des Nations unies, le travail social peut grandement aider à faire une gestion optimale de cette pandémie en Haïti où la parole des autorités ne rassure pas les citoyennes et citoyens ni ne leur permet d’adopter de bons comportements face au Covid-19. La réaction de la population de Tabarre et de Carrefour contre l’installation d’un centre de prise en charge des personnes infectées du nouveau coronavirus traduit cet état de fait.

Pour aider à limiter les dégâts que peut occasionner le Covid-19, nous proposons  aux autorités, comme elles ont fait pour les professionnels de santé, de faire appel aux travailleurs sociaux et aux étudiants (es) en travail social  qui mettront à profit les trois méthodes d’intervention de la discipline.

1.  Travail social individuel (TSI)

Le travail social individuel est centré sur la personne en reconnaissant sa capacité de contribuer au changement souhaité. Mary Ellen RICHMOND[1] le considère comme « l’ensemble des méthodes qui développent la personnalité en rajustant consciemment et individuellement entre eux l’homme et son environnement ». Les personnes infectées du Covid-19 méritent de l’accompagnement outre la prise en charge médical. Comment se faire accepter dans son entourage, comment vivre cette nouvelle situation où les contacts physiques se raréfient dans le cas où l’individu soit en quarantaine ou en isolement, comment maintenir le mental au point pour diminuer les risques de maladies mentales, comment se passer des contacts de ses enfants, ses parents, ses amis (es) ? Ce sont autant de paramètres sur lesquels le professionnel du travail social doit pouvoir agir avec l’implication de la personne infectée pour surmonter les difficultés occasionnées par le Covid-19.

2. Le travail social de groupe

Le travail social de groupe (TSG) « désigne une pratique d’intervention qui s’appuie simultanément sur la personne et son environnement afin de créer les conditions de transformation dans les champs social et sociétal », nous dit Hélène Massa[2]. Dans le cadre de l’intervention d’un (e) professionnel (le) en travail social dans le contexte de la pandémie Covid-19, la famille et l’entourage immédiat des personnes infectées devront bénéficier d’une assistance qui leur permettra de comprendre la maladie et la personne infectée pour créer une ambiance harmonieuse d’intercompréhension. Ceci aidera les acteurs précités à s’entraider et de trouver l’énergie et stratégies nécessaires pour affronter la réalité.

3. Le travail social communautaire

Les communautés en général et celles d’origine des infectés en particulier sont très négligées par les autorités dans la gestion de la crise du coronavirus en Haïti. Jusqu’à présent, il y a des zones dans le pays où la meilleure position à adopter par un individu suspect est de cacher la maladie. Cette position est compréhensible dans la mesure où les communautés ignorent le bon comportement à adopter au cas où un membre serait testé positif au Covid-19. Le professeur d’université Nelson Bellamy qui a alerté son entourage sur une éventuelle infection du virus a failli y laisser sa peau, selon ses déclarations. La Vallée de Jacmel était en ébullition le week-end écoulé après que des gens ont appris un cas positif dans la commune. Le travail social communautaire, avec ses outils et techniques, peut contribuer au changement de conception des communautés sur la pandémie. Le travail social communautaire constitue une  méthode d’intervention qui vise la résolution des problèmes d’une communauté. Comme l’a fait remarquer Jean Guetti, « l’intervention collective en travail social vise à développer une plus grande autonomie du sujet. Elle s’inscrit dans le champs des solidarités de proximité ». Face au Covid-19, les travailleurs sociaux doivent pouvoir intervenir dans les communautés dans une démarche intégrative pour aider les membres des dites communautés à mieux gérer la situation de crise que provoque la pandémie. Les outils et techniques que le travailleur social va mobiliser aidera les communautés à développer et/ou renforcer la solidarité et l’entraide qui sont indispensables à chaque citoyenne et citoyen.

Tout compte fait, l’intégration et la participation active des professionnels du travail social dans la gestion du coronavirus en Haïti permettent à limiter les dégâts. Les autorités doivent regarder les multiples dimensions du danger pour mobiliser une équipe pluridisciplinaire contrairement à l’idée de croire que la gestion de la pandémie est une affaire médicale. Les ressources humaines mobilisables sont là et sont prêtes à participer dans ce combat contre le Covid-19.

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Guison CELESTIN

Licencié en science du développement

Mémorand en travail social

Faculté des sciences humaines

Université d’Etat d’Haïti.

Indications bibliographiques

1. BLANC, Maurice et EBERHARDT, Axel, (2011). Travail social communautaire et mobilisation des habitants dans les quartiers populaires en Allemagne, Information sociales, No 163. 

2. DUBASQUE, Didier (2009). L’intervention sociale d’intérêt collectif : un modèle d’intervention en travail social pour retrouver le sens du vivre-ensemble, Informations sociales, No 152.

3. MASSA, Hélène (2001). Le travail social avec des groupes, Dunod.

4. RICHMOND, Mary Ellen (2002). Les méthodes nouvelles d’assistance- le service social des cas individuels, 2ème édition, Presse de l’EHESP.

Guison CELESTIN
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