Incrédulité face au coronavirus : des Haïtiens de la diaspora nous alertent

Publié le 2020-04-03 | lenouvelliste.com

Les États-Unis caracolent en tête des pays les plus touchés par le coronavirus. L’université John Hopkins, qui sur son site communique en direct l’état de l’évolution de la maladie dans le monde, a fait état ce vendredi de 245 646 cas confirmés au pays de Donald Trump. Le nombre total de personnes décédées aux USA depuis le début du coronavirus est de 5 926.

La communauté haïtienne qui évolue aux États-Unis n’est pas moins affectée. Edens Débas, un militant très connu dans la communauté haïtienne à New York, a confirmé que plusieurs décès ont déjà été enregistrés parmi les nôtres. « Nous avons déjà enregistré beaucoup de décès dans la communauté haïtienne », a dit Édens Débas, qui ne pouvait pas avancer de chiffres. Mais il a notamment cité Jude Désir, patron d’Idol Tax Services à Brooklyn. Il a cité également deux autres compatriotes connus sous le sobriquet de Ti Miami et Commandant à Queens. Beaucoup de chauffeurs de taxi et de Uber auraient contracté le virus, selon Edens Débas dont le frère a été testé positif. « La communauté haïtienne est réellement affectée par la maladie », a-t-il déclaré.

Parce que les structures sanitaires sont déjà dépassées au pays le plus puissant du monde, son frère n’a pas été retenu à l’hôpital en dépit du fait qu’il a été testé positif au Covid-19. « On n’a pas voulu faire des tests pour ceux qui habitent dans la même maison que lui. On leur a dit de ne venir faire les tests que si et seulement ils ressentent tous les symptômes de la maladie », raconte Édens Débas, qui confie avoir réellement peur.  

« Nous n’avons plus d’équipements de protection du personnel. Nous n’avons plus de masques ni de blouses. Avant, il fallait changer son masque, sa blouse et ses gants chaque fois qu’on doit voir un nouveau malade, mais maintenant ce n’est plus le cas. Désormais, on nous demande d’utiliser notre blouse et notre masque pendant une semaine », témoigne Fernande Pierre-Louis Célissaint, une infirmière haïtienne qui travaille dans le service des urgences d’un hôpital à New York. « Nous sommes vraiment dépassés », dit-elle. Pour le moment, les hôpitaux  publics et privés ne continuent de garder la tête hors de l’eau que grâce à l’intervention de l’État et des bons samaritains du secteur privé.  

Selon l’infirmière qui eu déjà à soigner des malades du Covid-19 qui pourtant ne présentaient aucun des symptômes tels que toux, fièvre et grippe, personne n’est en en sécurité. «  On ne peut pas regarder quelqu’un dans les yeux et dire qu’il est malade du Covid-19. On peut être infecté sans le savoir. Il n’y a pas un symptôme précis. Certains malades n’ont ni la fièvre ni la toux », dit-elle.  Elle appelle les Haïtiens, surtout ceux-là qui sont encore dans l’incrédulité, à prendre des précautions. Elle pense que tout le monde peut contracter la maladie.

En France, la communauté haïtienne est également très touchée, a révélé Anne Louise Mésadieu, présidente de la Commission culture  en Iles de France. Elle rapporte qu’au moins trois pasteurs et un chef d’entreprise haïtien sont déjà décédés du Covid-19 au pays d'Emmanuel Macron. Les Haïtiens qui travaillent dans le secteur médical, ceux qui apportent leur aide dans les maisons de retraite, ceux qui travaillent comme caissiers ou caissières et les chauffeurs de taxi qui sont obligés d’aller travailler sont très exposés. Le Covid-19 touche tous les Haïtiens en France peu importe son secteur  d’activité, dit l’attachée culturelle à l’ambassade d’Haïti en France.

Dans l'Hexagone où plus de 59 000 cas ont déjà été confirmés et 5 387 personnes décédées, les gens ont été très incrédules au début de la maladie. Ils vaquaient normalement à leurs activités sans se soucier des précautions à prendre. Anne-Louise Mésadieu ne voudrait pas que l’on répète ces mêmes erreurs en Haïti. «  Tous mes compatriotes qui sont en Haïti doivent savoir que personne n’est à l’abri. Riches ou pauvres, Noirs ou Blancs, intellectuels ou illettrés. Je les invite à suivre les consignes », alerte-t-elle.

En dépit des nombreux appels des autorités haïtiennes conseillant à la population de rester chez elle, on constate que les rues et les marchés publics sont toujours bondés de gens.  

Anne Louise Mésadieu prévoit que la quantité de transferts que les Haïtiens qui vivent en France avaient l’habitude d’effecteur en Haïti sera sérieusement affectée dans les jours qui viennent. Édens Débas avait fait ces mêmes prévisions à cause de l’impact du coronavirus sur le secteur économique dans ces pays où l'on retrouve une forte concentration d’Haïtiens.   



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