Le travail social face au COVID 19 [1]

Publié le 2020-04-03 | Le Nouvelliste

Roosevelt Millard [2], Public Manager et professeur à l'Université d'État d'Haïti (UEH)

Le Covid-19 et la situation précaire d’Haïti : un défi majeur

Le coronavirus Disease 2019, acronyme : Covid-19, est une maladie infectieuse émergente causée par le virus d’origine animale [12], selon les études scientifiques, du nom de SARS-CoV-2. Cette nouvelle maladie, apparue en Chine en décembre 2019, élevée au rang de pandémie par l’OMS le 11 mars 2020, s’est propagée en moins de trois mois à l’échelle de la planète et a causé la mort de plusieurs milliers de personnes. Au  rythme de progression de la maladie, on devrait s’attendre à plus de 600.000 infectés et près de 30.000 morts au début du mois d’avril. L’état d’urgence sanitaire est déclaré dans de nombreux pays et des ressources vertigineuses sont mobilisées.

Cette infection peut présenter des tableaux cliniques différents allant d’une absence de symptômes évidents, à des symptômes courants : maux de tête, essoufflement, douleur thoracique, douleur musculaire, grippe, mal de gorge et, dans les cas sévères : forte fièvre, difficulté respiratoire pouvant déboucher sur syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), pneumonie, insuffisance rénale entre autres.

Le taux de létalité de l’épidémie est difficile à être établi selon les experts. D’abord, il varie d’un pays à l’autre suivant les caractéristiques sociodémographiques, la morbidité prévalant dans le milieu et la capacité de réponse du système sanitaire du pays. De plus, selon les techniques d’estimation utilisées, on peut obtenir des taux différents. Le taux est-il calculé sur l’ensemble des personnes infectées (information dont on ne dispose pas) ou sur l’ensemble des cas identifiés ». Le taux moyen de létalité le plus largement évoqué actuellement et qui se réfère aux cas identifiés est autour de trois à quatre pour cent, avec des pics allant au-delà de 8% durant certaines phases de l’épidémie, cas de l’Italie par exemple. La létalité réelle devrait être de moins de 1%, ce qui n’enlève rien à la sévérité de l’épidémie, vu le nombre élevé de personnes susceptibles d’être infecté sur une courte période.

Si pour certains l’intensité du soleil devait constituer une barrière à l’expansion rapide de la pandémie en  Haïti, ce sur quoi il n’y a pas encore de certitude, il est un fait que dans l’ensemble le pays est très vulnérable face au Covid-19, ce, entre autres, pour les 10 (dix) raisons suivantes :

La situation de grande pauvreté que connait Haïti, seul PMA de l’hémisphère, fait de ce pays un terrain propice au développement de certaines épidémies. Actuellement, près de 40% de la population, selon la CNSA aurait besoin d’une assistance alimentaire. Le Covid-19 risque de trouver chez cette population sous-alimentée dont le système immunitaire est fragilisé, un terrain propice à sa propagation. Sans vouloir comparer deux infections différentes, nous vous invitons relire les textes de Paul Farmer, mettant en relation le sida et la pauvreté en Haïti.

Le Covid-19 se présente comme une maladie infectieuse respiratoire, selon l’institut Pasteur. Les personnes souffrant d’inffection respiratoire et de problèmes pulmonaires en général , sont particulièrement vulnérables. Or, Hatti reste le pays le plus touché par la tuberculose pulmonaire sur le continent américain.

La létalité au Covid-19 est très élevée chez les personnes souffrant de diabète, d’hypertension artérielle et de troubles cardiovasculaires, trois affections très présentes en Haïti.

On peut faire l’hypothèse que les PVVIH qui ont connu un fort affaiblissement de leur système immunitaire, peuvent constituer un groupe assez vulnérable. Rappelons que jusqu’à présent, malgré les énormes progrès réalisés  dans ce domaine, Haïti demeure le pays accusant l’un des taux les plus élevés de séroprévalence dans le monde (autour de 2%).

À ces problèmes directement liés à la santé et à la sécurité alimentaire s’ajoutent d’autres de différents ordres tels :

 Le faible niveau d’éducation de la population haïtienne qui développe encore des réflexes magico religieux dans l’appréhension des phénomènes naturels. Cette incompréhension  amène parfois à des comportements complètement irrationnels, à des réactions violentes et même criminelles envers des citoyens à qui l'on impute la responsabilité d’un phénomène, comme c'était le cas lors de l’éclatement de l’épidémie du choléra en Haïti ;

 La méfiance envers les autorités politiques dont le déficit de légitimité et de crédibilité contribue à affaiblir les messages qu’ils véhiculent et les mesures adoptées. Cette méfiance est renforcée par les commentaires parfois  désobligeants et les contre-messages circulant à travers les média traditionnels et les réseaux sociaux.

La promiscuité dans des logements exigus et sans ventilation, le transport public, les marchés et autres espaces publics confinés. Dans ces conditions, le risque d’une propagation exponentielle n’est pas à écarter.

L’accès limité à l’eau courante et la quasi-impossibilité matérielle, même étant animé de la meilleure  la volonté, d’appliquer les mesures d’hygiène de base recommandées.

Le fait par les gens de survivre au jour le jour à travers des activités dites informelles, rendant difficile tout confinement à domicile même pour une courte période, ce qui porte à questionner l’efficacité d’une telle mesure (le confinement) en Haïti.

Les pratiques et habitudes marquées par la proximité/promiscuité, la confraternité, la communion, le partage d’un plat de nourriture, d’un morceau de pain, d’une boisson gazeuse, d’une cigarette, etc. qui participent à la survie et au renforcement des liens sociaux.

 Au cours des travaux de recherche que nous avons menés sur les conditions de vie et les stratégies de survie dans les quartiers populaires, nous avons constaté que, souvent, les gens  font un usage collectifs d’objets supposés personnels (gobelet, savon, brosse à dents) et un usage communautaire des infrastructures et équipements en principe familiaux (latrines, douches, ustensiles de cuisine, etc.).

Face à l’éventualité d’une expansion rapide de l’épidémie, pour les raisons que nous venons d’évoquer, le système sanitaire haïtien est-il en mesure d’offrir une réponse adéquate ? La réponse est malheureusement non, en tout cas pas encore, si on réfère aux interventions de quelques experts haïtiens dont Charles Emile Hérard, Junot Félix et Jean Hugues Henrys qui connaissent bien les resorts de ce système.

Les différentes composantes d’un système de santé, selon l’OMS, telles : les ressources humaines qualifiées et en quantité suffisante ; les infrastructures ; le matériel, les équipements et les médicaments ; la logistique ; le management du système et le financement  font défaut en Haïti et seraient à renforcer dans la perspective de prise en charge des personnes infectées par le Covid-19, surtout des cas les plus critiques qui oscillent entre 15 et 20% des infectés recensés. En cas de multiplication rapide des cas, l’engorgement du système risque de provoquer des situations incontrôlables. À cela s’ajoute l’état d’esprit de certains membres du personnel médical qui expriment des inquiétudes pour leur propre sécurité. Face à une telle situation Haïti aura besoin du soutien actif de la communauté internationale, de la diaspora et de la mobilisation des ressources domestiques.

Des deux grandes stratégies auxquelles on se réfère pour faire face à ces genres d’épidémie, à savoir : l’immunité collective et le confinement, les autorités haïtiennes ont opté pour la deuxième. Nous pensons que face à une situation aussi complexe, il est toujours difficile de faire le choix optimal étant donné les risques incalculables liés à chaque option. En effet, le confinement, même partiel, est un grand défi dans un pays où la grande majorité des gens vit au jour le jour, les logements sont exigus, insalubres, sans accès à l’eau courante et à l’électricité, avec  une chaleur étouffante (voir les points 7 à 10 évoqués plus haut). Nos experts devraient envisager d’autres stratégies et scénarii à la fois réalistes et efficaces. L’option du confinement ciblé des personnes les plus fragiles pourrait, par exemple, faire l’objet de discussion de  par les autorités gouvernementales et scientifiques.

Que peut faire le travail social face au Covid19

Nous commençons cette section en demandant aux travailleurs  sociaux et aux autres intervenants de rester en permanence à l’écoute des informations scientifiques pouvant les aider à travailler efficacement au bénéfice de la population. La tentation est grande de se laisser influencer par les informations erronées, les théories du complot et autres recettes des illuminés, populistes et diseurs de bonne aventure qui risquent de biaiser la qualité de leur travail.

Ezequel Ander Egg, dans son ouvrage : Historia del Trabajo Social, à l’instar d’autres auteurs qui ont publié de nombreux articles dans la revue Intervention, par exemple, souligne que le travail social a toujours évolué dans le secteur santé et auprès des couches les plus vulnérables. Les expériences avec le docteur Richard Cabot aux États-Unis, dès les premiers moments de reconnaissance de la profession en sont une illustration. Comme le souligne Mauris-Démourioux : «  Le travail social est appelé à occuper un rôle stratégique en matière de prévention et de promotion de la santé. »[13] Dorvil précise pour sa part : « Le travail social agit à la fois sur la situation des personnes déjà aux prises avec les problèmes de santé que sur les déterminants de la santé, plus généralement.» [14]

En Haïti, le service social a une longue tradition de travail dans le secteur santé où les travailleurs sociaux assument souvent la fonction d’intervenant pivot. Ainsi l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), dispose d’un service de travail social qui accompagne les patients en difficluté. Notre rôle reste encore déterminant auprès des personnes infectées et affectées au VIH. On doit aussi noter la contribution des TS dans les situations de crise, par exemple : après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 et lors de l’épidémie du choléra introduite en Haïti par la Minustah.

En matière de santé l’intervention du travailleur social s’effectue tant au niveau de la prévention primaire « pour empêcher l’apparition d’un trouble, d’une pathologie ou d’un symptôme », que de la prévention secondaire, où il contribue « à réduire le développement d’une maladie » et de la prévention tertiaire, auprès des groupes déjà touchés[15]. 

À mon avis, face au Covid-19, les travailleurs sociaux devraient déjà être à pied d’œuvre, dans les campagnes de sensibilisation et autres activités de prévention à côté d’autres professionnels, des agents de la protection civile et du système gestion des risques , des volontaires et professionnels de la Croix-Rouge, des brigades du scoutisme, etc.

Dans le cas du Covid-19, le travailleur social peut intervenir sur ces trois axes :

La recherche-action, d’une part, pour une compréhension plus fine de la réalité ; d’autre part l’évaluation de l’impact des interventions en lien avec le Covid-19.

L’accompagnement des infectés et affectés suivant la méthodologie classique en quatre étapes imbriquées et non linéaires (voir Ander-Egg, Metodología del trabajo social): 1) L’étude et le diagnostic de la réalité ; 2) L’élaboration d’un plan d’action, en accord avec les personnes concernées ; 3) La mise en œuvre du plan d’action ; 4) le bilan de l’intervention ;

L’administration des services sociaux et autres formes d’appui aux personnes en difficulté.

Le travailleur social dispose de la formation de base pour intervenir aux niveaux : de l’accompagnement individuel, du travail de groupe et de l’organisation communautaire.

L’intervention du travailleur social est ou doit être encadrée par le code de déontologie et les valeurs et principes de base de la profession tels que : 1) Le respect de la personne humaine dans sa dignité et  avec ses valeurs; 2) La préservation de l’autonomie de la personne 3) La justice sociale liée aux principes d’équité, de non-discrimination et de non-stigmatisation, et reconnaissance des droits ; 4) La solidarité avec l’obligation morale de porter assistance aux personnes en difficulté ; 5) Le secret professionnel et la discrétion dans le traitement des dossiers en conformité avec les lois en vigueur,  etc.[16]  Précisons aussi que les principes ou « attitudes fondamentales » développés par Carl Rogers dans son approche centrée sur la personne comme : la congruence, la considération positive inconditionnelle, la compréhension empathique peuvent aussi guider le travailleur social dans son travail d’accompagnement.

Le travailleur social peut mettre aussi à profit dans ses interventions, le savoir, le savoir-faire et le savoir-être acquis dans les matières suivantes inscrits au cursus du département : l’animation sociale, le psychologie sociale, l’information médicale, la méthodologie générale d’intervention en travail social et la déontologie de la profession, les méthodologies spécifiques en travail social individuel, de groupe et communautaire (les trois, mobilisables dans une approche intégrée), la gestion des services sociaux, la méthodologie de la recherche scientifique.

Nous proposons cette liste de 10 activités concrètes et urgentes dans lesquelles les travailleurs sociaux doivent s’engager face l’imminence  de la propagation du Covid-19 en Haïti : 

La sensibilisation à l’importance des mesures de prévention à adopter en vue ralentir la progression de l’infection au  SARS-CoV-2. Il s’agit essentiellement de faire la promotion des méthodes barrières : distanciation, lavage régulière des mains et confinement. On conseillera d’éviter de toucher les yeux, le nez et la bouche, la zone T (porte d’entrée de l’infection) ; et de tousser à l’air libre ou dans sa main (porte de sortie de l’infection) ;

L’accompagnement des personnes stressée, angoissées et déprimées par la situation de confinement, par la perspective de l’infection au  SARS-CoV-2 ou la perte probable d’un être cher ;

La sensibilisation des décideurs à la nécessité d’accorder une attention spéciale et soutenue aux groupes les plus vulnérables au COVID 19 : les personnes âgées atteintes d’une maladie débilitante, les personnes âgées en général,   les personnes souffrant déjà de diabète, d’hypertension, de problèmes cardiovasculaires, de pathologies pulmonaires et rénales, d’infection au VIH, de cancer, etc. 

La sensibilisation de la population à toutes formes de discrimination, stigmatisation et déni des droits pour cause de COVID 19 et la promotion de valeurs de solidarité et de respect de l’autre ;

L’orientation des personnes en difficulté, à travers une ligne de téléphone consacrée à cet effet, vers les institutions de prise en charge  médicale, sociale, psychologiques, etc .;

La participation à la gestion et à la distribution de l’aide sociale aux personnes en difficultés ;

L’accompagnement psychologique à distance, la technologie aidant, des personnes mises en quarantaine domiciliaire et institutionnelle et personnes mises en isolement qui le souhaitent ;

La formation d’une plateforme regroupant d’une part les diverses associations de travailleurs sociaux (en formation ou professionnels et chercheurs) et d’autres professionnels du secteur social. Cette plateforme pourrait constituer un interlocuteur important dans les prises de décision  relatives aux aspects sociaux du Covid-19 et la prise en charge psychosociale des infectés et affectés.

Plus spécifiquement, la mise en place de comités et de plateformes de solidarité avec les victimes directes du Covid-19, les orphelins (probables) et autres affectés[17] ;

 La mise en place de structures de recherche travaillant sur des thèmes portant sur les aspects psychologiques et sociaux du Covid-19. 

Ces activités urgentes ne sont pas du ressort exclusif des travailleurs sociaux. Les professionnels de la santé et du secteur social en général, les intellectuels et citoyens engagés dans la cause commune du bien-être de la population pourront tous contribuer, d’une manière ou d’une autre, à traverser ce moment difficile. La plateforme proposée au point 8 pourrait aider mettre en synergie les différents acteurs et à mobiliser les ressources.

L’heure est grave. Nous appelons les travailleurs sociaux à rester lucide et à assumer leurs responsabilités. 

24 mars 2020

Roosevelt Millard[1], Public Manager

[1] Ce texte est un extrait d’une conférence qui devait être présentée à la Faculté des sciences humaines de l'université d'État d'Haïti à l’occasion de la Journée internationale du service social le 17 mars 2020.

[2] L’auteur enseigne « l’administration et gestion des service sociaux » au département de service social de la FASCH/UEH.

[3] Des actions concrètes devraient être diligentées dans les asiles et maisons de retraites du pays.

[4] Jules Perron, Administration sociale et service sociaux”, p. 55.

[5] Nous évitons sciemment aujourd’hui les débats idéologiques houleux sur la nature et les orientations du service social.

[6] Ibid., p. 54.

[7] Voir à ce sujet : Marcelo Otero et Shirley Roy, dir., Qu’est-ce qu’un problème social aujourd’hui : repenser la non-conformité, 2013.

[8] Ibid., p. 33.

[9] Voir entre autres: Introducción al trabajo social, p.6 à 23.

[10] Voir par exemple : Ruben, Michea, « Les approches intégrées dans l’histoire du service social latino-américain : analyse de trois modèles », Service social, vol. 36, n° 2-3, 1987, p. 434-453 ; ou Isabelle, Bouchard « L'intégration des trois méthodes d'intervention dans les stages en travail social »,in UQAC, Guide formation pratique en Travail social ; etc.

[11] Jean-Pierre, Deslauriers et Yves Hurtubise, dir., Introduction au travail social ; ou Michel Hébert,…

[12] Le virus passerait de la chauve-souris au pangolin et du pangolin à l’homme selon certaines hypothèses.

[13] Sylvie Mauris-Demourioux, « La santé en action », Institut Nationale de Prévention et d’Education pour la Santé, Dossier de Mars 2016.

[14] Henry Dorvil, « Travail social et déterminants de la santé » Revue Intervention, UQAM, Fév. 2019.

[15] OMS, 1948, cité par Jacques Trémintin, « La prévention primaire, un enjeu pour le travail social », Lien social, No 496, octobre 2009.

[16] Vous pouvez vous référer à mon texte: « Kesyon etik nan zafè animasyon », moméo.

[17] Les épidémies laissent souvent des orphelins et autres affectés dans des conditions socioéconomiques difficiles.

[1] L’auteur enseigne « l’Administration et Gestion des Service Sociaux » au Département de Service Social de la FASCH/UEH

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