« Comment sera le monde en 2020 ? »

Publié le 2020-03-25 | Le Nouvelliste

« Comment sera le monde en 2020 ? » est le sous-titre d’un livre d’Alexandre Adler. Ce livre, publié par les Éditions Robert Laffont en 2005, est le fruit d’une vingtaine d’ateliers réunissant des experts de tous horizons. Aujourd’hui, à l’heure de bien des évènements qui ont secoué et qui secouent encore la planète, nous nous sommes donné la peine de trouver dans nos archives le texte manuscrit d’un article en gestation depuis 2008 et dont l’hésitation avait eu gain de cause.  Nous avons revu, corrigé, ajouté et donné une certaine fraîcheur à l’article. On a tendance à ne considérer dans ce livre que la partie traitant d’une éventuelle pandémie en 2020, allusion faite au coronavirus. Cependant cet aspect est loin d’être le seul abordé par l’auteur. Dans le souci de placer le texte dans son contexte et de l’appréhender comme un tout, nous avons jugé bon de faire un résumé du livre d’Alexandre Adler. Il ne s’agit pas d’alimenter le débat polémique sur une possible théorie du complot. Tel n’est pas notre objectif. Nous ne disposons pas assez d’éléments pour le faire. Ces lignes s’insèrent plutôt dans une dynamique intellectuelle de fourmillement des idées et s’inscrivent dans la logique de comprendre l’univers des grandes orientations possibles du monde. Bien des hypothèses émises par les experts ont été réalisées et sont en train de se réaliser. Ce résumé aborde les six irruptions catastrophiques exposées par l’auteur avant d’énumérer les certitudes et les incertitudes qui ont prévues et qui dessinent le monde en 2020. Toutefois le cœur de l’ouvrage reste et demeure essentiellement les différents scénarios possibles de la société mondialisée en 2020.

Le texte de ce rapport provient du National Intelligence Council(NIC) formé en grande partie de diplomates, d’officiers du renseignement et de militaires. Organe consultatif, le NIC travaille essentiellement à produire des réflexions sur les perspectives de longue portée, ainsi que sur la diffusion des analyses qui font consensus. Partant de la conjoncture internationale post 2001, Alexandre Adler, dans la préface du document a présenté six irruptions catastrophiques dont la combinaison de deux ou trois mettraient le monde dans une mauvaise posture. Elles sont formulées chacune sous la forme d’énoncés :

L’actuelle posture économique des États-Unis devient insoutenable à court terme. Les déterminants de cette situation sont au nombre de trois : endettement des ménages, le déficit budgétaire et le déficit explosif de la balance des comptes.

La perturbation de la mondialisation entraîne en Chine le triomphe des forces autarciques. Ainsi la Chine sera davantage résolue à porter la contradiction face aux États-Unis

Le retournement chinois entraîne à son tour d’autres puissances hésitantes dans un nouvel axe antimondialiste.

La montée en puissance de l’axe eurasien (Chine, Russie, Iran) provoquerait un profond trouble en Occident (Europe et Amérique latine).

L’islamisme radical conserve toutes ses chances au Moyen-Orient.

Les braises mal éteintes d’Al-Qaïda repartent de plus belle.

Partant de ce constat et des ateliers qui ont été tenus, Alexandre Adler présente toute une série de certitudes relatives et d’incertitudes-clefs sur le paysage mondial en 2020. Les certitudes relatives concernent une multitude d’aspects : l’irréversibilité de la mondialisation, la montée de l’Asie et l’avènement de nouveaux poids moyens de l’économie, le vieillissement des populations au sein des puissances établies, la suffisance des gisements d’approvisionnement énergétique, le pouvoir grandissant des acteurs non étatiques, la force puissante de l’Islam politique, les capacités accrues des armes de destruction massive de certains États, un arc d’instabilité englobant le Moyen-Orient, l’Asie, l’Afrique, la faible probabilité de voir un conflit entre puissances majeures dégénérer en guerre totale, des questions environnementales et esthétiques encore plus au premier plan, le maintien de la puissance américaine sur les plans économiques, techniques et militaires.

Au nombre des incertitudes, Alexandre Adler se questionne sur les bénéfices que tireront les économies souffrant de retard de développement, la profondeur de l’écart entre nantis et les laissés-pour-compte, la régression des démocraties les plus fragiles, la gestion et la maîtrise des crises financières, les modalités de la montée de la Chine et de l’Inde, l’aptitude de l’Union européenne et du Japon à adapter leur force de travail et leur système de protection sociale et à intégrer leurs populations immigrés, l’hypothèse de la superpuissance de l’Union européenne, l’instabilité politique dans les pays producteurs de matières premières, l’impact des courants religieux sur l’unité des États et leur conflictualité ponctuelle, la montée de l’idéologie djihadiste, la faculté de gérer les situations explosives et la compétition face aux ressources naturelles, la capacités de nouvelles technologies à créer ou à résoudre des dilemmes éthiques, le pays qui arnaquera ouvertement sa défiance à Washington, la capacité des États-Unis à garder son avance scientifique et technologique. Si les certitudes et les incertitudes déterminent le monde actuel, elles constituent autant de paramètres qui vont se retrouver dans les quatre scénarios possibles.

En effet, la partie la plus intéressante de ce rapport réside dans les quatre scénarios possibles du futur qui est aujourd’hui notre présent. Ces derniers ne constituent pas des hypothèses indépendantes l’une de l’autre. L’auteur prévient que ces scénarios ne sont pas conçus comme de véritables prévisions, mais  « décrivent des mondes possibles au sein desquels nous nous trouvons sans doute ». Ces quatre scénarios sont les suivants :

Le monde selon Davos

Selon ce scénario, le monde sera marqué par un dynamisme économique avec la Chine et l’Inde en tête. Sans exclure une rivalité entre ces deux géants même l’Afrique, considérée dans sa globalité, se tirera mieux d’affaire. Quant à l’Asie, elle continuera à creuser l’écart avec les économies occidentales y compris les États-Unis. Le monde verra d’autres pays émergés tels le Brésil, l’Indonésie, la Russie et l’Afrique du Sud. La croissance économique des nouveaux géants sera en grande partie renforcée par le vieillissement des puissances existantes, en particulier, celles de l’Union européenne et du Japon. Ce dernier sera obligé d’exercer un plus grand activisme sur la scène internationale, ce pour contrecarrer la montée ne puissance de la Chine. Toutefois le développement de la croissance chinoise ne se fera pas sans risques et engendra probablement un long cortège de malheurs : la fragilité du système financier international et des entreprises d’État, les effets économiques de la corruption, les ressources en eau et la pollution, une possible contraction des investissements étrangers directs, le sida et d’autres épidémies, le chômage, la pauvreté et l’agitation sociale, la consommation énergique et les tarifs de l’énergie, la question de Taïwan et d’autres conflits potentiels et finalement la démographie vieillissante de la Chine.

La pax Americana

L’hypothèse de la pax Americana se penche sur la prééminence américaine. Washington restant, en dépit des contradictions et oppositions, le pivot central de la politique internationale et la lourde responsabilité de la sécurité internationale. Les bataillons de refugiés continueront de se lancer à l’assaut des frontières et de territoires qu’ils envahiront. L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient afflueront vers l’Europe, l’Amérique latine et les Caraïbes vers les Etats-Unis, l’Asie du Sud-Est vers l’hémisphère Nord. D’un autre côté, la Russie et la quasi–totalité des régimes d’Asie semblent régresser vers l’autoritarisme et la croissance économique mondiale ne suffira sans doute pas à inverser la tendance. La question démographique, le vieillissement des populations de l’Asie centrale et la disparité entre les générations alimenteront les débats et détermineront le tournant de cette région. Bien que certains pays comme ceux de l’Europe et la Russie ont du mal à intégrer politiquement, économiquement, socialement les flux massifs d’immigrés, les Etats-Unis auront une meilleure gestion de la question.  Dans ce scénario, le rapport prévoit que  « c’est surtout dans  certaines régions d’Amériques latine que la faillite des élites va alimenter un renouveau du populisme ». On verra l’essor de mouvements d’indigènes qui, jusqu'à présent ont recherché le changement par voies démocratiques mais qui envisageront le recours à des moyens drastiques pour obtenir ce qu’ils considèrent comme leur juste part du pouvoir politique et de la richesse. Quant à l’Afrique, ce scénario avait prévu qu’elle se taillera une place de choix. Elle connaitra de nouveaux dirigeants issus du secteur privé et fera preuve d’une plus forte dynamique. Le Moyen-Orient quant à lui verra l’islam radical séduire davantage d’immigrés. »

Un nouveau califat

Ce troisième scénario, déjà réalisé dès l’été 2014 avec le califat proclamé dont le territoire avait absorbé une bonne partie de l’Irak et de la Syrie, traduit la contre-offensive idéologique contre l’Occident. Le terrorisme, les conflits internes, le prix de la sécurité associé au commerce international, le potentiel de prolifération des armes de destruction massive pourraient porter un coup dur au processus de mondialisation. La transmutation du terrorisme international occupera les aspects les milieux avisés. Le crime organisé prendra de l’ampleur dans certains pays et prendra naissance dans des sociétés qui étaient jusque-là à l’abri de ces violences. Et la guerre cybernétique sera un des nouveaux champs d’action du terrorisme international. La crise de certaines institutions internationales légitimera en un certain sens ce nouveau califat.

Le cycle de la peur

Ce cas de figure explore les complications qui résulteraient de la prolifération de certaines armes. De plus en plus d’armes se trouveraient entre les mains de dirigeants irresponsables. Leur détention incontrôlée aggraverait davantage la situation sécuritaire mondiale. Les États-Unis vont devoir regagner la confiance de l’opinion publique internationale pour redresser la situation. Si l’Amérique latine est plus ou moins acquise à la cause américaine, les autres régions du monde sont plus ou moins partagées sur son rôle.

Quoiqu’il en soit et quelque soit le scénario exposé par Alexandre Adler, la mondialisation se trouve au centre et détermine dans un sens ou dans l’autre l’orientation que le monde va prendre. À la question de savoir : Qu’est-ce qui pourrait faire dérailler la mondialisation ? Il est intéressant à l’heure de cette pandémie du coronavirus que vous ayez sous les yeux les pistes fournies par le présentateur du rapport en fonction des informations recueillies et des données collectées lors des ateliers d’experts. Je reprends textuellement cette partie du document :

« Le processus de mondialisation, si puissant soit-il, pourrait connaitre un ralentissement notable, ou même un coup d’arrêt. Hormis un conflit planétaire majeur, que nous jugeons improbable, une pandémie serait l’autre événement de grande échelle qui, selon nous, pourrait stopper ce processus. Toutefois d’autres événements catastrophiques, comme des attaques terroristes,  seraient susceptibles de le ralentir.

Certains experts croient que l’apparition d’une nouvelle pandémie n’est qu’une question de temps. Le phénomène serait comparable au virus de la grippe de 1918-1919 qui, d’après les estimations, tua vingt millions d’individus dans l’ensemble de la planète. Dans les mégapoles du monde en voie de développement dotées de médiocres systèmes de sante – en Afrique subsaharienne, en chine, en Inde, au Bangladesh ou au Pakistan-, une telle pandémie serait dévastatrice et risquerait de se propager rapidement sur toute la surface du globe. Si le bilan des victimes atteignait des millions de vie humaine dans plusieurs grands pays. Alors la mondialisation serait en péril. La propagation de la maladie mettrait un terme aux voyages internationaux et au commerce mondial sur un long période. Elle forcerait les gouvernements à dépenser d’énormes ressources dans des structures de santé publique dépassées par la situation. À cet égard, soulignons un aspect positif : c’est la réaction contre le SRAS qui a montré que la vigilance internationale et les mécanisme de contrôle étaient de plus en plus aptes a contenir ces maladies. De même, les nouveaux développements des biotechnologies recèlent l’assurance d’améliorations durables.

En revanche, un sentiment envahissant d’insécurité économique et physique pourrait entraîner un ralentissement de la mondialisation. Les gouvernements seraient amenés à prendre des mesures de contrôle sur les flux de capitaux, de biens, de personnes et technologies qui, à leur tour, mettraient la croissance économique en perte de vitesse. Une telle situation surviendrait à la suite d’attaques terroristes tuant des dizaines, des centaines ou même des milliers de citoyens dans des villes d’Amérique ou d’Europe, ou après des attaques contre des systèmes liés aux technologies augmenteraient le coût des transactions économiques et entraveraient l’innovation et la croissance. Parmi les autres accidents susceptibles de susciter la mise en œuvre de politiques restrictives, citons un soulèvement populaire contre la mondialisation, provoqué par un rejet des délocalisations chez les cols blancs des pays riches. Mentionnons enfin un éventuel mouvement de résistance des pays  pauvres, dont les peuples se considéreraient comme les victimes de la mondialisation. »

On ne saurait être plus clair sur la capacité des experts en 2005 à prévoir et à modéliser sur les évènements futurs et qui sont contemporains à la génération actuelle. La crise de la mondialisation, le soulèvement des peuples, l’établissement du nouveau califat et la propagation de cette nouvelle pandémie du coronavirus en sont les preuves. L’auteur a tenu à souligner comme un aspect positif « la réaction contre le SRAS qui a montré la vigilance internationale » pour anticiper sur la capacité des dirigeants mondiaux à stopper une éventuelle pandémie. Toutefois, il est triste de constater que chaque État essaye dans la pagaille de la contenir. Combien de personnes infectées et combien de morts faudra t-il encore pour que le monde puisse enrayer cette pandémie du coronavirus ?

 Clément Jude CHARLES

Auteur

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