Quand le nouveau coronavirus remet en cause la mondialisation de l'économie

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Publié le 2020-03-18 | Le Nouvelliste

Avec de plus de 168 250 cas d’infection confirmés, 6 501 morts enregistrés dans 142 pays et territoires touchés (selon des chiffres rapportés par l’AFP lundi), le nouveau coronavirus s’affirme comme l’épidémie la plus dangereuse de ces dernières décennies. À côté de la Chine, le foyer de départ du COVID-19, qui compte 80.860 cas, les pays les plus touchés jusqu’à présent demeurent l’Italie (24 747 cas et 1 809 morts), l’Iran (13.983 cas et 724 morts), l’Espagne (7 753 cas et 288 morts) et la France (5 423 cas et 127 morts). Plus que toute autre maladie contagieuse, le COVID-19, par son mode de transmission et les grandes saignées qu’elle provoque dans l’économie mondiale, dicte un nouveau mode de fonctionnement aux sociétés modernes en remettant en cause le paradigme du village global.

En effet, pour se protéger de cette nouvelle épidémie, les États et gouvernements du monde ont différé ou même renvoyé certains grands rendez-vous et événements annuels à caractère professionnel, promotionnel, économique, commercial, sportif et même religieux. Ainsi, on constate qu’en France le Salon de l’Agriculture prévu du 22 février au 1er mars a été écourté d’un jour. De son côté, l’Allemagne s’est trouvé dans l’obligation de reporter le Salon ProWein, programmé du 15 au 17 mars. Ce qui, aux yeux des observateurs, constitue un coup dur pour le commerce du vin, compte tenu de l’ampleur sine die de cet évenement qui a réuni en 2019 environ 7 000 exposants issus d’une soixantaine de pays producteurs de vin.

Quasiment tous les grands rendez-vous sportifs, tous les championnats nationaux d’Europe sont suspendus pour éviter des cas de contamination en serie. Même la Coupe d'Europe des nations programmée du 12 juin au 12 juillet 2020 est reporté à l'année prochaine. Selon les historiensdu sport c'est la toute première qu'un événement sportif majeur  est reporté face à une menace sanitaire. Seules les 1ère et 2e guerres mondiales ont eu pareil effet sur le foot-ball. 

Le championnat nord américain de basket-ball a dû être stoppé il y a environ une semaine après la détection d’environ deux cas avérés de corona parmi les joeurs. Ce coup d’arrêt subit des activités sportives en Europe et en Amérique du Nord à cause de l’extension exagérée de l’épidémie provoque un manque à gagner évalué en milliards de dollars en termes de droits de télé, de sponsoring et de primes.

Par ailleurs, il y a le processus de casernement des citoyens à l’intérieur de leurs frontières. La menace du nouveau coronavirus transforme les pays voisins en de vrais agents de contamination. Il en résulte une réduction catastrophique des vols transnationaux. Les secteurs du loisir, du voyage et du tourisme sont les grandes victimes de ce phénomène de cloisonnement étanche des frontières.

Même Haïti qui rechignait jusque-là à prendre des mesures relatives à la protection de ses habitants contre l’épidémie a fini par se couper de ses voisins suite à une décision prise par le chef du gouvernement de suspendre les vols d’entrer ou d’aller en Europe. La frontière avec la République voisine sera aussi fermée à partir du 17 mars. Pas plus tard que ce matin, le ministères de l'Intérieurs et des Collectivités territoriales a informé la population que les rassemblements sont déconseillés. Ainsi, les boites de nuit, les salles de spectacles, etc, sont invités à réduire leurs activités pour réduire les risques de contamination.

Des observateurs craignent les retombées néfastes de la suspension des liaisons d'Haiti avec des pays voisins. Car, pensent-ils, Haïti ne produit pas assez pour subvenir aux besoins de habitants ne serait-ce que pour la durée de cette décision. Dans un pays où les infrastructure sanitaires de base manquent, est-il de bonne augure de se priver volontairement de d'éléments qui pourraient vous être utiles au besoin ?

La nouvelle épidémie a mis à nu la trop grand dépendance des entreprises de production du monde vis-à-vis de la main-d’oeuvre chinoise. En 2020, le géant chinois est le premier fournisseur des biens intermédiaires du monde avec pas moins de 20% du commerce mondial dans ce domaine. En touchant la Chine qui représente plus d’un quart de la production industrielle mondiale, le coronavirus a fortement plombé l’économie mondiale, surtout à travers le commerce et le tourisme.

 La place prépondérante du géant asiatique dans l’industrie automobile et dans l’électronique ne peut être que préjuciable aux entreprises américaines et françaises de production avec l’arrivée du coronavirus. À preuve, selon les chiffres avancés par la société Euler Hermes, de la découverte des premiers cas de coronavirus en décembre dernier à la mi-mars, la baisse des exportations mondiales se chiffrerait à plus de 300 milliards de dollars.

Face à cette dépendance grandissante de la production industrielle mondiale à l’industrie chinoise, les multinationales européennes et américaines, sensibilisées par le nouveau coronavirus, tentent de remettre en question la mondialisation économique, la globalisation. Mouvement très dominateur au cours des deux dernières décennies, la mondialisation est caractérisée par l'internationalisation de l'activité économique et de la mobilité des facteurs de production dans un monde de plus en plus dépourvu de frontières, à tel point que des analystes n’hésitent plus à annoncer une prochaine disparition de l'État souverain.

Cependant, depuis l’entrée en fanfare de l’épidémie de coronavirus en décembre dernier, le mot d’ordre semble désormais tourner autour de la régionalisation de la production des entreprises. Ceci pour corriger le fait que ces dernières font appel à trop de fournisseurs étrangers.  « Ce n’est plus acceptable d’arrêter de produire des voitures dans le monde entier parce qu’il manque trois pièces en Chine », affirme Patrick Artus, chef économiste de Natixis, la banque de financement et d’investissement du groupe de la Banque française du commerce extérieur (BPCE).

Peut-on envisager déjà la fin du monde globalisant ? Ou doit-on simplement voir dans cette idée de régionalisation des élucubrations inspirées par la peur du nouveau coronavirus ?

Cyprien L. Gary

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