Claudine Saintal, le départ d’une femme engagée

Claudine Saintal (la directrice exécutive d’IDEH) a été retrouvée morte chez elle aux Etats-Unis. La mère de 3 garçons est rentrée dans la lumière en 2004 en remportant haut la main l’édition de cette année-là du célèbre concours Miss Vidéomax dont elle sera déchue dans l’immédiat après pour avoir caché qu’elle était une mère adolescente. Elle s’est ensuite consacrée à plusieurs engagements comme le féminisme au fil des années.

Publié le 2020-03-03 | lenouvelliste.com

C’est un post de Pascale Solages qui nous alerte de la mauvaise nouvelle de la mort de Claudine Saintal. «  Travèse non Nègès… Al brase bil yo yon lòt kote… Ew kapab ! », lit-on dans cette publication très commentée. Pour la leader de Nègès Mawon, cette nouvelle est d’autant plus déconcertante quand on sait qu’elle a parlé à sa sœur de combat la veille. « Je l’ai appelée la veille (dimanche 1er mars), alors qu'elle était aux USA, pour lui emprunter son projecteur parce que celui de Nègès Mawon est en panne. Et je dois vous dire que de là où elle était, elle a fait ouvrir le local d’Ideh (Initiative pour un développement équitable en Haïti) pour me rendre ce service ! »

Durant leur toute dernière conversation via WhatsApp qui aurait duré plus d’une heure, Pascale rapporte que Claudine lui a fait part de toute une série d’activités qu’elle entendait organiser autour du 8 mars. « Je dois vous avouer que c’était quelqu’un qui peinait à terminer ses conversations tant elle était habitée par ce qu’elle faisait. Elle se donnait entièrement à chacune de ses initiatives mais aussi à celles des autres », ajoute Pascale, éplorée.

Leur amitié a débuté bien avant que chacune ait décidé de s’engager pour le féminisme. La militante de Nègès Mawon confie que Claudine s’était inscrite sciemment à Miss Vidéomax en 2004 pour pouvoir soulever la réalité des mères adolescentes qui sont nombreuses dans notre société et très marginalisées. « Quand elle a gagné puis été déchue, c’était en soi une intervention musclée pour ramener dans le débat public une question qui taraude tant de gens, à savoir pourquoi une jeune mère devrait être exclue d’initiatives ordinaires adressées au grand public dont un concours de beauté », confie-t-elle. C’est pour ainsi dire l’acte fondateur de ses engagements féministes.

Ideh et Nègès Mawon ont collaboré ensemble tant de fois. Claudine a été, selon sa collaboratrice, animée par le sens de l’entraide. « Elle venait à nos activités et nous allions aux siennes. Elle se prêtait à toutes les initiatives qui lui portaient à cœur. Depuis les Etats-Unis, elle supportait le mouvement « Kote kòb Petrocaribe a ? », la marche pour Nice Simon. Elle me disait souvent regretter de ne pas avoir à participer à écrire l’histoire du pays puisqu’elle habitait les Etats-Unis depuis quelque temps », raconte Pascale.

Claudine a été aussi une boule d’énergie. Elle ne chômait jamais. Elle ne confinait pas son emploi du temps à un horaire fixe du genre 8 h - 4 h. Elle disait toujours à l’ancienne animatrice de Miss Anayizz qu’elle pouvait  toujours l’appeler une fois rentrée chez elle-même après un rendez-vous de travail entre les deux. Son dernier grain de folie a été de se faire des dreadlocks. Elle a d’ailleurs fait état des diverses étapes de transformation des cheveux déjà nappy en nattes.

Pour Esther Randiche, présidente d’Ideh, Claudine se résume en ces mots :  optimisme, combattivité, force, franche directe. « Elle n’utilisait point de détours pour exprimer le fond de sa pensée », confie-t-elle. Elles se sont rencontrées avant qu’Ideh soit pensé comme projet. Elles travaillaient, immédiatement après le séisme, toutes les deux ainsi que cinq autres collègues sur un autre projet porté par une institution internationale dont l’idée était d’inclure les femmes dans la reconstruction d’Haïti. Le projet est arrivé à son terme et les 7 mousquetaires ont pensé à l’indigéniser. C’est ainsi que Ideh est venu à l’existence. C’est une plateforme dédiée aux droits des femmes aevc 4 volets dont le genre et le handicap, la violence basée sur le genre, l'éducation sur le genre, la santé sexuelle et la reproduction.

Elles sont devenues tellement copines qu’Esther a été choisie comme la marraine du dernier garçon de Claudine. Une autre preuve de leur franche camaraderie, c’est  leur dernière conversation via WhatsApp le samedi 29 février 2020. « Elle m’a appelée, conte Esther, autour de 10 h, pour me dire qu’elle s’était trompée d’arrêt de train. En provenance du New Jersey à destination de Philadelphie, elle s’est retrouvée par mégarde dans un endroit qu’elle ignorait. Elle me disait de rester sur la ligne car elle avait peur. On est donc restées à se parler jusqu’à ce qu’elle gagne son domicile. » La collègue de Claudine souhaite que sa flamme ne s’éteigne point grâce à tout ce qu’elle a pu semer.

Nous présentons nos condoléances à la famille de Claudine Saintal, notamment à ses 3 garçons, à ses collaboratrices et collaborateurs, à tous ceux que ce deuil afflige. Nous souhaitons à Claudine un bon retour à la lumière !



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