Haïti : les menaces s’accumulent et les autorités restent muettes

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Publié le 2020-02-07 | Le Nouvelliste

Les bonnes nouvelles deviennent de plus en plus rares en Haïti.  Jusqu’à présent l’année 2020 n’est pas aussi meilleure que l’espérait plus d’un. À côté de l’instabilité politique, de la montée de l’inflation et du pullulement effrayant des bandes armées qui font la loi, il faut maintenant ajouter le phénomène du kidnapping qui refait surface avec son lot de victimes estimées à des dizaines, à en croire des observateurs très inquiets.  La tentative de la police nationale hier jeudi de calmer les appréhensions concernant les chiffres évoqués sur les réseaux sociaux et certains médias n’ont pas totalement convaincu la population de l’aire métropolitaine aux prises avec une crise multidimentionnelle affectant la vie sociale, économique, sanitaire et sécuritaire.  

Même la date du 7 février n’a pas apporté un répit au calvaire des habitants de la capitale pour lesquels circuler dans les rues s’assimile de plus en plus à un risque.  L’eau, l’électricité deviennent des objets de luxe pour les ménages qui se retrouvent dans l’obligation de tirer davantage sur les cordons de la bourse pour avoir accès au précieux liquide ou à l’énegie électrique. Depuis tantôt deux semaines, le rationnement électrique devient plus rigoureux dans les foyers. L’intervention du directeur général de l’Électricité d’Haïti (EDH) le jeudi 6 février n’est pas de nature à rassurer le pays sur une amélioration de la distribution du courant dans les prochains jours.  

Face à la réticence des abonnés de la compagnie publique à s’acquitter de leurs dettes auprès de l’institution et à la sécheresse qui handicape le fonctionnement des installations hydroélectriques de Péligre, l’EDH n’a d’autre recours que la subvention de 7 millions de dollars américains par mois de l’État haïtien pour faire face au rationnement drastique. Sinon, il faudra se contenter de 6 heures d’électricité par jour pour les zones privilégiées alors que les autres circuits devront se contenter d’être alimentés tous les 3 jours, à en croire le directeur général, Jean Nicolas Hervé Pierre-Louis.

Sur le plan économique, le dernier numéro des «Notes de politique monétaire de la BRH» n’a pas non plus calmé les appréhensions des agents économiques locaux en évoquant le niveau du financement monétaire de la Banque de la République d’Haïti à l’Etat haïtien au premier trimestre de l’exercice en cours. 15 milliards de gourdes. Tel est le montant de ce financement  calculé au 31 décembre dernier alors qu’à la même époque l’année dernière, le financement était de 6 milliards de gourdes.

Il convient en même temps de souligner le fait qu'à côté de la hausse du financement monétaire enregistrée au premier trimestre, il y a aussi la baisse des recettes de l’État qui sont passées de 21 milliards de gourdes au premier trimestre de l’exercice 2018-2019 à 19 milliards de gourdes durant la même période 2019-2020.

De tels écarts dans le financement monétaire et dans les recettes ne seront pas sans effet sur la volatilité du taux de change et de l’inflation. Deux indicateurs ayant de fortes répercussions sur le pouvoir d’achat des Haïtiens à un moment où le dollar s’échange à environ 95 gourdes dans un pays où  environ 4 millions  de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire aiguë, selon la FAO. 

Cet environnement haïtien fort instable doit aussi se protéger de la menace du coronavirus, ce mal qui met le monde entier en alerte. La Chine, grande puissance économique mondiale, éprouve toutes les peines du monde à venir à bout de cette épidemie dont les victimes se comptent déjà par dizaines de milliers à travers le monde. Aucun vaccin n’est encore à l’ordre du jour pour freiner la propagation de ce virus mortel, selon le directeur de l’OMS  Tedros Adhanom Gebreyesus.

L’annonce de la mise en quarantaine en République dominicaine de quatre voyageurs en provenance de la Chine et suspectés d’être contaminés par le coronavirus hier a semé la panique en Haïti. Malgré l’appel au calme des autorités dominicaines assurant que les voyageurs concernés sont sous contrôle médical, cela n’a pas totalement atténué la crainte des Haïtiens face à une probable présence de ce virus à l’intérieur de nos frontières.

Cela se comprend quand on se refère à la situation difficile que vit le pays à tous les niveaux. Le coronavirus serait la menace de trop pour un pays où les autorités n’ont pas de réponse même aux besoins élémentaires de la population.

Cyprien L. Gary

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