Le dualisme entre la foi et la raison : Réflexions d’un Chevalier de l’Ordre de Malte

Publié le 2020-02-05 | Le Nouvelliste

La rigueur scientifique à Lourdes

« N’admettre une chose pour vraie qu’à moins de la reconnaître évidemment être telle, c’est-à-dire éviter toute prévention et toute précipitation et n’admettre rien de plus en son jugement que ce qui se présente si clairement et si distinctement de telle façon à n’avoir aucun doute. « Cogito ergo sum : je pense donc je suis. »

            Ce troisième article est pour clore la série des trois, dans le contexte de notre expérience à Lourdes comme Délégué du Tri-American Association of the Order of Malta au CMIL (Conseil Médical International de Lourdes). Encourant encore le risque de la redondance, je rappelle que l’Ordre de Malte est mieux connu dans le monde international comme SMOM ou Sovereign Military Order of Jerusalem Rhodes and Malta.

            Souffrez que je rappelle que le CMIL ou Conseil Médical International de Lourdes est formé de médecins à prédominance européenne, surtout française soit (6), aussi italienne (5), tant soit peu anglaise (3), pour représenter les trois grandes provinces de l’Angleterre. On y rencontre une représentation espagnole (2), tout aussi belge (2). L’auteur de cet article, membre du CMIL, est le représentant des trois Amériques et de la Caraïbe comme Délégué du Tri-American Association of the Order of Malta ou SMOM au CMIL. J’ai été investi dans le chapitre américain proprement dit, ou American Association of the Order of Malta, dont le siège légal est à New York ou Manhattan. L’investiture dans ce chapitre de l’Ordre se fait à St-Patrick Cathédral sous le patronage du cardinal ou l’archevêque de New York, actuellement son Éminence cardinal Timothy Dolan. L’appartenance à l’Ordre fait de soi un Chevalier de Malte (CM) ou sire dans le langage français.

                        Assez de dilatoire. Rentrons de plain pied dans le sujet qui fait l’objet de cet article, à savoir le 3e exemple de notre expérience à Lourdes comme membre du CMIL dans l’évaluation des guérisons miraculeuses ou inexpliquées à Lourdes. Ici encore nous vous prenons virtuellement en périple au Sanctuaire de Lourdes où nous sommes convoqués par l’évêque des sanctuaires, le président du CMIL, le médecin de la grotte ou président de l’AMIL (Association Médicale Internationale de Lourdes) pour décider du cas suivant :

K. S., un sujet anglais, âgé de 17 ans, a été diagnostiqué à Londres, Angleterre comme souffrant d’une tumeur juste à la jonction de la moelle épinière et du cervelet, en dessous du 4e ventricule du cerveau en mars 1965. La biopsie révèle un astrocytome ou tumeur du cerveau.

Il a été opéré puis soumis à la radiothérapie. Toutefois, à l’exeat, il a été clairement indiqué aux parents qu’il y a possibilité de récidive de la tumeur. Il rentra chez lui à la joie de ses parents. Il est visité par le prêtre ami de la famille qui lui avait administré le sacrement du baptême.

 Deux mois plus tard, des symptômes et des signes cliniques réapparaissent indiquant alors la récurrence et l’extension de la tumeur ou aggravation du tableau neurologique. Les études paracliniques confirment la suspicion d’extension de la tumeur.

Très rapidement, le tableau clinique se complique sous la forme d’aggravation plus sérieuse des symptômes et d’autres signes cliniques en faveur d’une nette progression de la tumeur. Sur l’avis d’un autre prêtre ami de la famille qui venait prier pour ce patient, les dispositions sont prises pour amener K.S. à Lourdes.

Muni de passeport pour le conduire à Lourdes, le père de notre malade est mis en garde pour ce voyage à Lourdes, car il ne survivra pas 24 heures indiqua le médecin spécialiste qui s’occupait du jeune homme. Il a été de préférence admis en urgence à l’hôpital à Londres :  un tableau clinique inquiétant, perte de parole, pas de réponse a des stimuli ou franc coma, malade en position recroquevillée.

Le prêtre ami de la famille était en mission pour conduire un groupe de pèlerins à Lourdes. Le prêtre missionnaire acquiesça à l’idée du médecin mais promet de conduire des prières en faveur de notre malade. Faisons remarquer que ce tableau clinique compatible avec le diagnostic de hernie cérébrale a toujours un pronostic très fâcheux, selon notre expérience, comme interne à Boston City Hospital, Boston Massachusetts.

Une coïncidence étrange survient. En ce jour où le prêtre ami et missionnaire disait la messe à la grotte au sanctuaire de Lourdes ,une amélioration soudaine de la condition du jeune homme a été constatée. Il se remua du coma comme noté par les parents. Et le mieux continua.

À cette messe célébrée par ce prêtre, ami de la famille, la mention de prière à l’intention du malade ou K.S.  était faite, comme attestée par la grand-mère de KS qui était présente à la messe. Trois (3) jours plus tard, soit le 15 août 1965, fête de l’Assomption de la Vierge Marie, une évolution spectaculaire se produit: le jeune homme se remet du coma et pouvait s’asseoir. Sa mobilité était toutefois réduite. Il s’améliora à l’hôpital. Il est renvoyé chez lui en exeat.

Fervents catholiques, les parents de K.S. insistent quand même à le faire aller à Lourdes. Ils le conduisent via ambulance sur civière, donc en décubitus, au Victoria station à Londres. Il arriva à Lourdes et est reçu à l’Accueil Notre-Dame de Lourdes. Le lendemain, il est conduit sur civière à la Messe internationale au sanctuaire avec application de l’onction du Saint Sacrement. Le jour suivant, il s’améliore, devient mobile. Il est installé ou mobilisé sur chaise roulante, c’était alors le 6 septembre 1965.

Le lendemain, 7 septembre 1965, K.S. est conduit dans les piscines de Lourdes. Le rituel consistant en prière à la Vierge est mis à exécution. Il est plongé dans l’eau.  Il s’en sort avec assistance. Toujours selon le rituel, il lui est administré l’eau de Lourdes en boisson. Il est retourné alors à l’Accueil de Lourdes. Ce même jour, il commence à marcher sur la cour de l’Accueil de Lourdes à Notre-Dame de Douleurs, mais aidé. Le lendemain, 8 septembre 1965, fête de la naissance de la Vierge, il a marché sans aide à l’accueil de la grotte au sanctuaire de Lourdes. Il se sent en pleine forme et s’écria: « La Vierge m’a fait le don de la vie et m’a sauvé de la mort. »

            En effet, en octobre 1965, K.S. retourne à l’École St-Joseph Academy à Londres. Il maintient des visites de clinique pour évaluation périodique avec des notes bona fide de visite en janvier 1966, juillet 1966, juin 1968, août 1968, août 1969, avril 1970, mai 1970, 1973, 1979, etc. attestant un jeune homme en pleine forme, en bonne santé.         

Le diagnostic d’astrocytome a été mis en question, les spécimens ou frottis ont été revus. Des spécialistes tant anglais que français et italiens en ont eu de spécimens pour révision et   discussion.

            Durant tout ce temps de questionnement, K.S. a complété des études en Business à London Polytechnic Academy. Il a prononcé des conférences et des lectures en sciences économiques. Il est marié, a deux enfants. Il fait du bénévolat de temps à autre au sanctuaire de Lourdes comme brancardier.

            Ce cas curieux hante les esprits et les cerveaux des scientifiques et des médecins à la recherche d’explications, questionnant le diagnostic initial, les notes cliniques et études paracliniques. En décembre 2013 et en août 2015, notre fameux malade a eu des études de Medical Resonance Imaging (MIR) et des études de scanner qui n’ont montré aucune trace de tumeur. Depuis, les spécimens de laboratoire ont été revus par des pathologistes de grand aloi à Londres, c’est-à-dire des consultants « top notch » de la spécialité de neuropathologie. De même des neuro-oncologistes ou oncologues ont été consultés pour leur opinion, entre autres Professeur Allan James, Professeur Roy Rampling, de même des neuro-oncologues à Beatson West Scotland Cancer Center, Glasgow.

            Des spécialistes en France ont été consultés dont : Professeur Jean Yves Delattre, Professeur de neuro-oncologie, Hôpital Salpetrière, Paris-France et Professeur François Doz, Pediatric Oncologist, Deputy Director for Clinical Research, Centre d’oncologie SIRED, des spécialistes de l’Institut Curie-Paris ont été aussi consultés pour opiner sur le cas de KS.

La rigueur scientifique à Lourdes et au CMIL

            Ce cas nous a été présenté pour l’opinion et la délibération de l’assemblée du CMIL sur la signification de cette guérison spectaculaire, à savoir si elle peut être considérée comme inexplicable, voire possiblement miraculeuse selon les critères de Lambertini comme stipulés dans le premier article de cette série de trois. Nous eûmes de grands débats, des heures de discussion, des revues minutieuses de la littérature médicale mondiale ou des cas rapportés.

            Sur la base qu’un ou deux cas d’astrocytome avec évolution similaire ont été rapportés en France, nous eûmes à soumettre le cas au vote en évoquant l’application de la logique cartésienne, compte tenu du doute soulevé par le reportage de guérison antérieure de cas d’astrocytome chez des sujets du même âge. Il est tout à fait connu que l’astrocytome chez un sujet âgé a un très mauvais pronostic, c’est-à-dire mortel. Le principe pour nous, au CMIL, est « d’éviter toute prévention et toute précipitation et n’admettre rien de plus à notre jugement que ce qui se présente si clairement et si distinctement de manière à n’avoir aucun doute ». En plus, en matière d’Église, il est absolument impardonnable d’errer. C’est un souci constant au CMIL.

  Le vote en assemblée a été négatif ou répudiation  du cas comme guérison inexplicable, même si les critères de Lambertini ont été retrouvés et vérifiés, notamment la régression totale de la pathologie des points de vue clinique et paraclinique.

Voici donc un cas qui continuera pour longtemps à défrayer la chronique Science et Spiritualité ou les discussions sur la foi et la raison. Ce qui renforce, bien que à l’opposé, la revisite des critères de Lambertini comme suggéré et rapporté dans notre premier article. Ce cas illustre aussi, vu la rigueur scientifique au CMIL, pourquoi depuis les 162 années d’existence du sanctuaire de Lourdes ou de l’apparition de l’Immaculée, seulement 70 cas sont acceptés comme guérisons miraculeuses par l’Église.

Il convient de mentionner à ce stade que les différents évêques des sanctuaires Lourdes ou Fatima ou ailleurs sont plus rigoureux que les scientifiques et médecins dans l’acceptation des cas comme guérisons miraculeuses. Nous basant sur les critères de Lambertini, ce cas serait acceptable, mais la logique cartésienne nous a mis à l’encontre de guérison inexplicable.

            L’expérience de Lourdes en tant que sanctuaire, soit à la grotte, la basilique, les piscines ou eau de Lourdes et dans les rencontres au CMIL, est vivifiante, interpelle croyants et scientifiques à la recherche de la foi et de la vérité scientifique.

            La connaissance est un reflet de la nature par l’homme. L’homme ne peut pas connaître la nature en tant que tout, dit Roger Garody dans la Théorie matérialiste de la connaissance. Tout ce qu’il peut, c’est constamment s’en approcher en créant des abstractions, des concepts, des théories dans sa quête de conquérir et de maîtriser la nature et l’espace.

Il reste des expériences dans le monde médical ou d’autre monde qui ne cesseront jamais de hanter notre imagination et notre esprit.

En guise de conclusion ou recommandation finale pour clore cette série d’articles, « Le dualisme entre la foi et la raison…. »  en relation avec notre expérience à Lourdes comme Délégué du Tri-American Association au Conseil Médical International de Lourdes (CMIL) et professeur de médecine, je ferai le plaidoyer que c’est une expérience positive, enrichissante et apprenante. Elle a renforcé notre conviction que la coexistence entre la foi et la raison est bénéfique aux deux. Elles se supportent, car l’une élève et soutient l’autre. En vertu de cette expérience, que serait-ce si chaque médecin se rendait à Lourdes pour s’approvisionner en eau de Lourdes et attester de sa capacité professionnelle de guérison ? Ce qui ne ferait que continuer et étendre ce dialogue et la discussion. Selon nous, le médecin, en plus, bénéficierait de la solennité de la spiritualité qui se manifeste au sanctuaire de Lourdes, la grotte, la liturgie, les pèlerins venus de tous les coins du monde pour se recueillir, prier, glorifier Dieu, rendre témoignage de leur guérison. Comme a dit le pape Benoit XVI, le 14 septembre 2008, à l’occasion du 150e anniversaire des apparitions à Lourdes : « Lourdes a la vocation d’être un lieu de rencontre avec Dieu dans la prière et un lieu de service de frères, notamment par l’accueil des malades, des pauvres, et de toutes les personnes qui souffrent. »

Roger R. Jean-Charles, MD, CM Professeur de médecine FMP et FO/UEH Auteur

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