Le pouvoir lui est monté à la tête : Quoi de neuf Doc ?

Publié le 2020-01-23 | Le Nouvelliste

Leurs Excellences Messieurs les Présidents de la République, sans oublier leurs Majestés Sérénissimes, Altesses royales et impériales, ont semé dans notre mémoire collective, leurs déclarations et citations, de véritables piques, parfois ubuesque. ! Citons donc les célèbres phrases de : Louis XIV : l'Etat c'est moi ; Faustin Soulouque : « … Si cela est vrai, je saurai me conduire en chef » ; Jean Bertrand Aristide : je veux « la totalité du Sénat, pas la majorité » ; Jovenel Moise : « Le Président a parlé, point barre » ; Et pour finir, Gérard Gourgue, à quelques amis à la suite d’une visite de courtoisie à Jean Bertrand Aristide, deux jours après avoir été élu président : « Le pouvoir lui est monté à la tête ; même le mal, il le fera mal ».

Parlant d’expressions, il y en a plusieurs très imagées, et des plus édifiantes : « avoir la grosse tête », « Il ne se sent plus celui-là ! Le succès lui monte à la tête », « Il a la tête enflée ! ». Il ne s’agit pas ici de faire l’inventaire des bons mots du Pouvoir, ni même de la notion de pouvoir, mais de se pencher sur les effets psychiques que l’accès au pouvoir déclenche sur ceux qui le détiennent ou… croient le détenir.

Qui n’a pas connu quelqu’un qui d’anonyme est devenu fameux et… transformé ? Même une infime dose de pouvoir peut changer une personne. N’avez-vous jamais observé le changement de personnalité d’un (e) collègue qui, par suite d’une promotion, se comporte de manière dictatoriale à l’égard de ses anciens collaborateurs ? Comment expliquer que l’homme au pouvoir perde si rapidement les qualités indispensables à sa propre ascension au pouvoir ; savoir, son acuité mentale, sa perspicacité intuitive et, plus spécialement, sa capacité de lecture d’autrui et des événements ? C’est le syndrome d'Hubris ou la maladie du pouvoir dont seraient victimes certains gouvernants.

Le syndrome d’Hubris ou orgueil démesuré, prend racine dans la mythologie grecque et dans la psychanalyse. Inoculé par le germe du pouvoir, le héros se prend vraiment pour un dieu de l’Olympe. Dans la légende, toutefois, Némésis, la déesse de la vengeance, a tôt fait d’y remédier et de le remettre à sa place. Mais ça, c’est un autre chapitre ! Les symptômes de ce nouveau tableau clinique ont été étudié par David Owen, médecin et politicien anglais, dans son livre « The Hubris syndrome : Bush, Blair and the Intoxication of Power » et par Jonathan Davidson, psychiatre au Centre Médical de l’Université Duke, à Durham aux États-Unis, dans un article publié dans la revue de neurologie Brain.

Les signes et les symptômes du syndrome d’Hubris sont la perte du sens des réalités, l’intolérance à la contradiction ou au compromis, l’impulsivité, l’abus de pouvoir, le narcissisme, l’arrogance, la mégalomanie, la prétention, l’égotisme, le sentiment d’invulnérabilité, d’invincibilité et de toute-puissance. La particularité du symptôme d’Hubris est que tout le monde voit que « le roi est nu », sauf le « Chef » et ses partisans, ou, devrait-on dire, ses courtisans.

Le déclencheur de la maladie du pouvoir serait la dopamine qui affecte de nombreuses zones du système nerveux liées au mouvement, à la mémoire, à l'attention, au comportement, à la connaissance, au plaisir, au sommeil, à la luxure, à l'amour, à l'infidélité, à la motivation, à la

créativité, à l'attention, à la féminité, à l'apprentissage, à la dépendance, etc. La dopamine est un neurotransmetteur du cerveau humain qui est constitué a) du tronc cérébral, qui contrôle les fonctions fondamentales pour la vie, comme la fréquence cardiaque, la respiration et le sommeil, b) du cortex cérébral, divisé en plusieurs zones qui contrôlent des fonctions spécifiques, tels que nos sens de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, et du goût, c) du lobe frontal qui nous permet de penser, de planifier, de prendre des décisions et de résoudre des problèmes, d) du système limbique qui contrôle et régule par exemple nos sensations de plaisir et nos perceptions positives et négatives d’autrui. Chaque cellule nerveuse du cerveau envoie et reçoit des messages provenant de signaux électriques et chimiques. Ces messages, une fois reçus et traités, sont renvoyés à d'autres neurones par le biais de produits chimiques appelés neurotransmetteurs. Les neurotransmetteurs se fixent alors à des neurones en attente, appelés récepteurs qui transiteront le message approprié pour être exécuté.

Par exemple, si les ganglions de la base du cerveau qui contrôlent les mouvements du corps reçoivent trop peu de dopamine, le corps produit des mouvements volontaires désordonnés, connus sous le nom de maladie de Parkinson. A l'inverse, s’ils reçoivent trop de dopamine, nous observons un tableau caractérisé par des tics moteurs et vocaux involontaires et répétitifs, appelés syndrome de Gilles de la Tourette.

Le pouvoir, de son coté, déclenche dans le lobe frontal du cerveau une augmentation de la production de dopamine qui produit des troubles cognitifs et du comportement. Dans les conclusions de ses recherches de l'effet d'Hubris sur une espèce de poissons indigènes du Lac Tanganika en Afrique, le professeur de psychologie de Trinity Collège à Dublin, Ian H. Robertson a évoqué que « le pouvoir absolu d’abord inonde le cerveau de dopamine, puis crée une addiction et un excès de confiance en soi » qui, à son tour, « met en place une mécanique mentale qui empêche de s'évaluer à sa juste valeur ». De sa part, Marie-Lise Ehret, psychanalyste de Paris, Ile de France, en novembre 2013, dépeint ainsi l’individu atteint du syndrome d’Hubris : « Le sujet ne ressent pas la nécessité d’écouter, ne cache pas son mépris pour l’opinion d’autrui et ignore les leçons de l’histoire. Pour lui, toute forme de consultation est considérée comme un aveu de faiblesse… Sa posture est la fermeté et l’obstination… Tout cela mène assez naturellement à ce que l’on appelle l’incompétence, c'est-à-dire l’accumulation de décisions hasardeuses, voire catastrophiques ».

Pour Dacher Keltner, professeur en neurosciences et psychologie sociale à l’Université de Californie, c’est le "paradoxe du pouvoir". Keltner théorise que « le pouvoir endommage le cerveau, bloque la capacité à ressentir de l'empathie et de se mettre à la place des autres. Une fois au sommet, on perd ainsi cette qualité qui a permis de s'y hisser ».

Par ailleurs, il semble que les hommes d’Etat sont de chauds lapins dotés d’une sexualité plus robuste que la moyenne. Henry Kissinger affirmait que « le pouvoir est un aphrodisiaque suprême ». Mais pourquoi ces hommes d’Etats naturellement captivent-ils et attirent-ils les plus belles femmes ? Probablement pas leur physique, car « Mao aurait une haleine de chacal, Henri Kissinger arborait un nez proéminent, aux dimensions considérables » !

De César à Donald Trump en passant par Bill Clinton et Dominique Strauss-Kahn [DSK], les hommes de pouvoir maîtrisent les techniques de séduction et se nourrissent de leurs

conquêtes. Et Donald Trump d’expliquer : « Quand on est une star, elles nous laissent faire. On fait tout ce qu'on veut. Vous pouvez les attraper par la chatte ». Et ensuite de se défendre : « J’ai entendu bien pire de Bill Clinton ». Dans leur rapport au pouvoir, les femmes ne seraient-elles pas attirées par les mâles alphas afin d’établir une relation domination-soumission, avec pour palais idéal, le lit ?

D’après le Dr. Robert Weiss, l’auteur du livre "Why men in power act out" [Pourquoi des hommes de pouvoir vont trop loin], "l'accumulation des heures de travail, le sentiment d'invincibilité, la pression constante et le manque de temps rendent ces hommes vulnérables" surtout ceux "à l'apogée de leur pouvoir". D’autre part, physiologiquement, les endorphines et la dopamine, les hormones du bonheur, qui inondent le noyau d’accumbens et le cortex préfrontal lors d'activités physiques intenses et d'orgasmes, contribueraient à amplifier ce comportement.

L’étiologie de la maladie du pouvoir, selon David Owen, est strictement due à l’exercice du pouvoir et non pas à une autre maladie ou à d’autres facteurs sous-jacents et prédisposants. En fait, la maladie du pouvoir ne dure que l’instant de l’exercice du pouvoir et le sujet est complètement guéri aussitôt qu’il abandonne le pouvoir. Il faut noter en passant que l'American Psychatric Association ne reconnaît pas le syndrome d’Hubris comme une maladie mentale.

Pourtant, les hommes au pouvoir qui se comportent en demi-dieux, sont soumis, comme nous autres, les mortels, aux mêmes règles de la nature qui devraient leur rappeler la nécessité d’avoir les deux pieds sur terre. Ronald Reagan expliquait que son point d’ancrage était sa femme Nancy qui, pendant ces vacances dans son ranch en Californie, lui assignait de mettre dehors les poubelles le jour de la collecte des ordures.

Les contre-pouvoirs en opposition au pouvoir établi, tels que les partis politiques, la société civile, les syndicats, les médias, qui ont pour but d’offrir des décisions alternatives pour contrebalancer les prises de position du pouvoir en place et de dénoncer leurs dérives, sont généralement des antidotes très efficaces contre le syndrome d’Hubris.

Sebastian Dieguez, professeur en neurosciences à l’université de Fribourg, en revanche face à la maladie du pouvoir, favorise l’approche adoptée par les Suisses. « Les Suisses font cela très bien. L'organe exécutif compte sept dirigeants, qui prennent la tête du pays à tour de rôle. Il s’agit toujours de personnalités mornes, des gestionnaires dépassionnés qui ne donnent jamais dans la politique spectacle. »

Peut-être devrait-on psalmodier chaque jour aux gouvernants ces trois leçons de l’histoire ?

D’abord, cette maxime de l'époque romaine, « Il n'y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne". En d’autres termes, après les honneurs et la gloire, la déchéance et l’oubli peuvent venir rapidement. La seconde est transcrite, pendant les années 1660, lors de son premier discours éducatif au futur duc de Chevreuse, Charles-Honoré d’Albert, quand Blaise Pascal affirmait que la détention du pouvoir tenait avant tout à une suite de hasard établie par la coutume : «Surtout ne vous méconnaissez pas vous-même en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que celui des autres […] Car tous les emportements, toute la violence, et toute la vanité des Grands vient de ce qu’ils ne connaissent point ce qu’ils sont.» Et la troisième nous revoie à un rituel qui débuta au XIIIe siècle lors du couronnement du pape Innocent VII en 1404 et termina en 1963 avec l’intronisation du pape Jean-Paul 1er qui renonça à la tiare et au couronnement. Le protocole exigeait qu’un moine se présente trois fois devant le pape pour brûler une mèche d’étoupe à ses pieds et lui annoncer cette locution latine : « Sante Pater, sic transit gloria mundi » [Saint Père, ainsi passe la gloire du monde]. Autrement dit, les choses du monde sont éphémères !

Aldy Castor, M.D., aldyc@att.net, (509) 3685-1931, (954) 9873-0064

President, Haitian Resource Development Foundation (HRDF)

Director, Emergency Medical Services for Haiti Medical Relief Mission, Association of Haitian Physicians Abroad.

Stuart Leiderman, leiderman@mindspring.com Environmental Response, USA

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