Le poème tué, une réponse artistique à la violence

Ce 21 janvier 2020, plusieurs artistes sous la direction de Guy Régis Jr ont procédé au vernissage de l’installation « Le poème tué » à la rue O. La campagne initiée par des tags disséminés dans plusieurs rues se veut une mobilisation pour dénoncer les nombreuses formes de violence qui se développent à travers le pays ces derniers temps.

Publié le 2020-01-22 | lenouvelliste.com

Qu’on habite à Martissant, Grand-Ravine, Bois-Verna, Thomassin, Delmas… il est difficile de n’avoir pas remarqué les mots « Le poème tué » griffés sur les murs, sur les séparateurs de certaines routes… Il s’agissait pour Guy Régis Junior et consorts d’interpeller l’opinion publique sur un développement endogène de plusieurs types de violence à travers le pays. « J’y pensais depuis deux ans, les tags ont commencé à paraître autour de juin. Et malheureusement hier encore Martissant était ensanglanté », déplore l’homme de théâtre.

« Le poème tué » parce que, selon l’artiste qui fait office de commissaire de cette installation qui fait jouxter plusieurs médiums tous distincts, tuer un humain c’est tuer la poésie car chaque être en est porteur. Les tags ont ouvert la course. S’en sont suivis une vidéo de Samuel Suffren sur les rigwaz, ces fouets qui ont supplicié et continuent de le faire tant d’enfants en Haïti, des marionnettes portant la signature de Linto, la poésie et le théâtre de Ricardo Boucher qui a fait un happening à la rue O lors du vernissage. Il y aussi les 5 tableaux de Muscadin Fitzgerald qui s’alignent dans le voisinage de Jaden Samba, la jeune Mecque de la résistance et de l’art autrement.

Sur l’ensemble des tableaux revient le slogan « Tout jan, tout manyè vyolans pa ladanl ». Dans le premier un viol collectif est dépeint. « Des gens, témoigne Guy Régis, sont choqués par l’image et nous demandent de l’enlever. Selon nous l’acte est plus terrible que le dessin. A la base tout viol est nauséabond  mais quand c’est collectif cela suppose plusieurs personnes se sont liguées pour faire souffrir une seule. »

Dans un autre, la punition des enfants par le fouet est peinte. Le dramaturge souhaite que ce tableau précis attire l’attention des parents et autres adultes sur la violence qu’ils font aux enfants et les conséquences qu’elle aura sur leur santé mentale à l’avenir. Pour lui, le fouet ne doit jamais être une option pour discipliner un enfant.

La violence conjugale n’est pas en reste. On évoque aussi dans le cadre de cette campagne ces situations dramatiques entre conjoints qui aboutissent souvent à la mort. On dénonce dans un quatrième tableau la distribution des armes dans les quartiers populaires comme celui dans lequel Guy Régis dit avoir grandi. Et pour compléter la série, il y a la spirale de violence banale dont nous sommes de plus en plus victimes chez nous comme le fait de se faire voler son téléphone.

La musique fait partie des médiums qu’on utilise dans le cadre de cette installation pluridisciplinaire. Samba Zao a consacré un texte à l’usage du fouet dans nos familles.

Le commissaire nous apprend que les tableaux seront placés un peu partout à travers la ville. « Ce quitte à ce qu’on les déchire, on les brûle... Le cas échéant, ce sera la preuve que ceux qui sont allergiques à l’antiviolence, à la paix ont au moins écouté notre message », estime-t-il.

L’installation n’a pas une date de péremption car la violence ne prendra pas congé de sitôt selon Guy Régis Junior. Il en appelle au débat, à la discussion mais surtout au rejet de toute forme de violence dans notre société.

  



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