Autour de l’importance des chaînes de valeur mondiales (CVM) pour les entreprises.

Publié le 2020-02-14 | Le Nouvelliste

Jean Daniel Elie

Les chaînes de valeur (CV) permettent d'analyser les types de coûts ainsi que les sources de différenciation de l'offre de l'entreprise. Elles aident à identifier les éléments de création de valeur pour le client et à distinguer ce qui rend unique l'offre de l'entreprise[i].

Il existe aussi les chaînes de valeur mondiales (CVM) qui mettent l’emphase sur le «fractionnement du processus de production entre plusieurs pays. Les entreprises se spécialisent et n’ont pas à produire l’intégralité d’un bien» [ii].

Les CV et les CVM se placent aussi au centre du processus de délocalisation des entreprises. Elles jouent également un rôle dans les services.

De l’origine du concept de chaînes de valeur

D’apès Michael Porter[iii], le concepteur de la notion de «chaînes de valeur’’», la structure des coûts d’une entreprise se compose de différentes activités bien distinctes. Il a établi un modèle qui prend en considération neuf grandes fonctions génératrices de valeur axées tant sur des activités principales que sur des activités de support.

Au niveau des activités principales, on peut citer celles permettant de réaliser le produit ou service et à le mettre sur le marché. Il s’agit entre autres de la logistique d’approvisionnement (logistique entrante), les opérations, la logistique sortante, le marketing et les ventes, et les services.

Pour leur part, les activités de soutien sont celles qui contribuent indirectement à ajouter de la valeur au produit ou au service final. Elles permettent de rendre possibles les activités principales, d’en gérer la coordination et d’assurer un bon fonctionnement global pour améliorer l’efficacité de l’entreprise. Elles sont représentées entre autres par l’infrastructure de l’entreprise, les ressources humaines, le développement de la technologie et les achats.

À la base des CVM se trouve la variable constituée par l’avantage concurrenciel de l’entreprise vulgarisé par Michael Porter qui est le graal recherché par les entreprises pour exister durablement sur leurs marchés (Manager Go !).

Cependant, il convient de noter que les activités dans une chaîne de valeur peuvent être regroupées dans une seule entreprise ou à un seul endroit ou être réparties entre différents endroits et entreprises. Quand ces activités sont dispersées dans le monde, on est en présence de ce qu’on appelle une chaîne de valeur mondiale[iv].

La question des chaînes de valeur mondiales (CVM)

Les CVM prennent en compte la fabrication d'un produit manufacturé qui nécessite l’intervention de plusieurs acteurs à travers le monde. Cela entraîne la fragmentation du processus de production qui refaçonne les contours du commerce international, ce sous l’impulsion du «made in world» ou «fabriqué dans le monde» [v].

Le cas, par exemple, de la pâte à tartiner Nutella qui est fabriquée à partir des fèves de cacao de Côte d'Ivoire, du Ghana et du Nigeria, des noisettes de Turquie et du Piémont. Tous ces ingrédients sont broyés ensemble et mélangés à l’huile de palme de Malaisie ou de Papouasie-Nouvelle-Guinée, puis au sucre français, au lait de Belgique et de France, etc. Un tiers de la production de ce produit est obtenu en France via l’usine située à Villers-Ecalles, en Normandie [vi]. De même, l’iPhone assemblé en Chine est constitué d’un écran tactile fabriqué au Japon, de la mémoire flash, de transistors et de la batterie, auxquels on ajoute une mémoire coréenne DRAM (Dynamic Random Access Memory pour mémoire vive dynamique), des bandes de base et des émetteurs-receveurs allemands, un logiciel conçu en Grande-Bretagne [vii].

Citons aussi le cas du Boeing 787 Dreamliner qui est un produit américain, assemblé dans l’État de Washington. Il s’agit pourtant d’un modèle d’avion dont une grande partie des pièces et équipements est produite en dehors des États-Unis, à savoir la partie centrale du fuselage par ALENIA (Italie); les sièges du poste de pilotage par IPECO (Royaume-Uni); les pneus par BRIGESTONE (Japon); le train d’atterrissage par MESSIE-BUGATTI-DOWTY (France) et les portes de la soute par SAAB (Suède) [viii].

Les avions ne sont qu’un exemple de la fabrication multinationale. De plus en plus de produits finis (automobiles, téléphones portables et appareils médicaux) sont produits dans un pays à partir d’intrants fabriqués dans un grand nombre d’autres pays, en partie du fait de la diminution des barrières commerciales et de la baisse des coûts de transport et de communication résultant des avancées technologiques au cours des vingt dernières années[ix].

Les i-produits d’Apple constituent l’exemple le plus connu en la matière. Au début, l’iPod a été étiqueté «Made in China». Or, des chercheurs ont montré que la valeur ajoutée chinoise ne représentait que USD $ 4  du prix de vente d’un appareil aux États-Unis, soit USD $ 300. La valeur ajoutée chinoise correspondait à la phase d’assemblage, où des travailleurs à bas salaires utilisaient des pièces détachées importées de cinq pays différents, principalement asiatiques, qui contribuaient pour plus de 40% au prix de détail. Les revendeurs et les distributeurs étasuniens perçoivent 25% du prix de vente, tandis qu’Apple s’en approprie 27% sous forme de marge brute, pour avoir conçu l’appareil, bâti la marque et coordonné le processus global de fabrication. Après ces travaux, Apple a changé l’étiquette de son produit, qui est devenue «Designed in California, assembled in China» («conçu en Californie, assemblé en Chine»)[x].

Comme il s’agit là d’un phénomène qui prend de l’ampleur, Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC),  précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’une situation nouvelle en prenant en considération l’ivoire africain qui déjà était expédié en Inde au XIe siècle où il était sculpté par les artisans pour être transformé en bijoux pour l’exportation vers l’Europe. Selon l’ex-directeur général de l’OMC, «la baisse des coûts de transport et de communication a favorisé la fragmentation de la production industrielle par régions comme jamais auparavant. Surtout pour les petits pays en développement, mais aussi pour les petites et moyennes entreprises, les chaînes de valeur mondiales abaissent le seuil d'entrée dans l'économie ».

Cette situation comporte aussi des répercutions sur les balances commerciales bilatérales, tenant compte particulièrement de la forte augmentation enregistrée dans le volume du commerce des biens intermédiaires. À ce titre, on peut dire que le « made in world » a pris le pas sur le « made in country » [xi]. Par conséquent, cela influe même sur la notion de pays d’origine qui perd beaucoup de son sens, en raison de la fragmentation de la production. Car la totalité de la valeur commerciale est attribuée au pays de dernière transformation quelle que soit sa contribution relative dans la chaîne de valeur ajoutée. L'origine d'un produit peut être définie par l'endroit où il a été fabriqué. Désormais, en raison de la multilocalisation de la chaîne de valeur, de la conception à la fabrication, on devrait parler non pas de «l'origine» d'un produit mais plutôt  «des origines» d'un produit.

Les statisticiens du secrétariat de  l'OMC ont calculé que le surplus commercial de la Chine à l’égard des Etats-Unis, avoisinant 300 milliards de dollars, serait réduit de moitié avec cette méthode de calcul.

Compte tenu de l’importance croissante des chaînes de valeur mondiales, l’OMC, en coopération avec l’Organisation de coopération et de développement en Europe (OCDE), a mis en place sur son site Web, le 16 janvier 2013, un portail  qui donne accès à la base de données sur le commerce en valeur ajoutée (TiVA) (Trade in Value Added pour Echange en valeur ajoutée (EVA) et à la base de données des indicateurs sur les chaînes de valeur mondiales (CVM), ainsi qu'aux publications, travaux de recherche et activités portant sur la mesure et l'analyse des échanges effectués à l'intérieur des CVM [xii]. Cette base de données laisse tomber les données traditionnelles au profit des données des échanges extérieurs en valeur ajoutée [xiii].

Aussi les données sur les échanges en valeur ajoutée permettent-elles de mieux déterminer à quel maillon de la chaîne d'approvisionnement la valeur est ajoutée, d'estimer à quel endroit les revenus et les emplois sont créés, et d'offrir une nouvelle perspective sur les déséquilibres commerciaux bilatéraux. Il s'agit-là d'une entreprise cruciale pour parvenir à mieux comprendre les liens entre échanges et emplois.

Dans le contexte des chaînes de valeur mondiales, les données sur les échanges en valeur ajoutée apportent un éclairage sur l'action publique en matière commerciale. C’est pourquoi l’OMC organise des sessions d’information à l’intention de ses membres en développement afin de les aider à se familiariser avec cet important outil que représente le TiVA. Cependant, si cet outil de mesure prend en considération une gamme déterminée de pays, en particulier ceux émergents comme le Brésil, la Chine et l’Inde, il ne propose pas encore de données correspondantes pour les pays les moins développés, en dépit du fait que bon nombre de ces derniers ne sont pas encore aussi présents dans les chaînes de valeur mondiales que les économies émergentes [xiv].

Il convient aussi de noter l’apport des CVM dans le processus la délocalisation des entreprises.

Les CVM et la délocalisation des entreprises

Une délocalisation désigne le fait pour une entreprise de transférer une partie de ses activités, de ses capitaux ou de ses employés vers un pays autre que celui dans lequel ils étaient précédemment présents. La délocalisation intervient souvent pour des raisons de coûts (salaires plus bas, meilleur accès aux ressources naturelles, etc.). Mais elle peut aussi intervenir pour des raisons stratégiques constituées entre autres par l’accès à une main-d'oeuvre plus qualifiée, la proximité avec un marché difficile d'accès, la meilleure qualité d'infrastructure, etc.). De même, la délocalisation peut être un moyen de négociation pour l'entreprise en vue d'obtenir de meilleures conditions auprès des autorités publiques.

La délocalisation des entreprises se place plus particulièrement dans le contexte des CVM. On met l’accent sur la demande finale comme le facteur principal d'une délocalisation totale ou partielle. Ainsi, selon Hubert Escaith, chef statisticien à l'OMC, « les coûts de production ne sont pas le facteur déterminant de la décision d'une chaîne de valeur globale. Même si au Vietnam, les coûts sont moindres par rapport à la Chine, une entreprise souhaitant conquérir le marché chinois préférera s'installer en Chine. En plus, pour s'intégrer dans une chaîne de valeur, une entreprise d'un pays émergent doit souvent effectuer un saut qualitatif important. Un commanditaire ne va pas gratter sur le prix d'un boulon et prendre le risque de s'en voir livrer un défectueux qui arrêtera toute la chaîne de production. Ce saut qualitatif n'est pas toujours aisé» [xv]. Le choix d'une implantation dépend aussi des risques de chaos politique et de catastrophes naturelles. Les dirigeants d'usines japonaises de haute technologie en savent quelque chose : les inondations en Thaïlande en septembre 2011 ont temporairement affecté toute leur chaîne de production.

Une étude conduite par la firme de consultation  WTI sur les sociétés suisses et leurs CVM a mis en lumière les interactions complexes qui existent entre «produit» et «emplacement» dans le monde. Elle a indiqué comment ces interactions sont façonnées par les spécificités de l’innovation dans les différentes branches. Le débat politique et les interventions publiques commencent seulement à dépasser le stade du retour instinctif au protectionnisme; il est urgent maintenant d’imaginer de nouvelles approches afin de fixer les activités économiques à un territoire. Les pouvoirs publics, qu’ils soient nationaux ou régionaux, sont fortement sollicités à ce niveau, puisqu’ils doivent soutenir la création de capacités génériques. Cela passe par des investissements dans le système éducatif, par une politique migratoire appropriée et par une aide au développement des entreprises [xvi].

Comme les produits manufacturés, les services s’impliquent très profondément dans les chaînes de valeur mondiales.

Les services dans le contexte des CVM

Selon l’OMC, « au cours des 20 dernières années, le commerce des services est devenu le segment le plus dynamique du commerce mondial; il augmente plus rapidement que le commerce des marchandises. Les pays en développement et les économies en transition ont joué un rôle croissant dans ce secteur, leur part dans les exportations mondiales de services étant passée d’un quart à un tiers pendant cette période» [xvii].

Les services participent aussi aux chaînes de valeur mondiales. Ils représentent un facteur clé dans l'expansion de ces dernières. C'est grâce aux services tels que le transport, la logistique, les finances, les assurances et les communications, entre autres, que les marchandises, les personnes et les connaissances évoluent au sein de la chaîne de valeur. Sans ces services, il n'y aurait pas de CVM, et c'est aussi grâce à eux que les entreprises coordonnent et rassemblent les différentes étapes de la production. La base de données de l'OCDE-OMC sur le commerce de produits à valeur ajoutée montre que les services représentent 30% de la valeur créée dans les chaînes de valeur du secteur manufacturier [xviii].

L’indice de participation aux chaînes de valeur ajoutée établi par l’OMC indique la relation en amont, c.-à-d. la part des services étrangers dans les exportations totales ainsi que la part des services locaux dans les exportations des pays tiers.

Les chercheurs de l’OMC soulignent l’importance grandissante de la servicification, les services comptant pour 22 % de la valeur ajoutée dans les pays développés comparativement à 19 % en ce qui concerne la valeur ajoutée dans leurs secteurs manufacturiers.

Ce résultat met également en exergue l’importance grandissante de se spécialiser dans la R&D, l’ingénierie, les études de marché, les télécommunications, les services informatiques pour sous-tendre et accompagner les activités de fabrication, de distribution de vente et de services après vente [xix].

Il se révèle tout aussi important d’accroître la valeur à travers des services fondés sur la connaissance qui aident souvent à différencier les produits destinés à des marchés et à des consommateurs spécifiques, ajoutant de la valeur au processus. Les fabricants de marchandises cherchent également en permanence à répondre aux besoins de leurs clients. Il s’agit en particulier des fabricants de voitures qui offrent des services financiers afin d'aider leurs clients à acheter leurs produits. Ils fournissent ensuite des services aprèsvente de manutention et de réparation [xx].

En conclusion, aucun pays aussi grand ou petit qu’il soit ne peut prétendre ignorer cette nouvelle réalité représentée par les chaînes de valeur qui modifie complètement le panorama actuel du commerce mondial et régional. Le processus productif est aujourd’hui éclaté entre plusieurs intervenants situés dans des pays différents qui ne sont pas assujettis à la nécessité de produire totalement un bien ou un service, l’emphase pouvant être mise sur la production de biens intermédiaires à forte valeur ajoutée. C’est pourquoi les statistiques sur le commerce sont désormais établies sur la base de la valeur ajoutée insérée dans le bien final, en mettant cette dernière en évidence. Cette approche permet de déterminer la proportion d'éléments nationaux et étrangers dans les exportations d'une économie, y compris l’implication en matière de politique générale du commerce dans les chaînes de valeur mondiales (CVM). D’où la nécessité pour un pays d’exploiter le système international de présentation des données sur le commerce en valeur ajoutée (IiVA) mis en place par l’OMC en coopération avec l’OCDE afin de déterminer leur part dans les CVM.

Une connaissance approfondie de la thématique des CVM revêt une importance capitale pour les pays en développement qui doivent tirer profit des sessions de formation organisées par l’OMC sur cette question afin de permettre à leur experts de déterminer entre autres la proportion d'éléments nationaux et étrangers dans les exportations d'une économie.

[i] Chapitre IV: les niveaux de stratégie, Fiche 04: Chaîne de valeur, Emarketing, publié le 11 août 2016..

[ii] Banque mondiale, le Commerce au service du development à l’ère de la mondialisation des chaines de valeurs, Rapport sur le développement dans le monde 2020.

[iii] Professeur de   stratégie d’entreprise de l’Université Harvard et consultant d’entreprise, il a introduit le concept de chaîne de valeur dans son ouvrage intitulé «L'avantage concurrentiel».

[iv] Devenir un maillon des chaînes de valeur mondiales: Guide à l’intention des petites et moyennes enterprises, Le Service des délégués commerciaux du Canada Partout où vous exportez, Affaires Mondiales Canada.

[v] L'initiative «Fabriqué dans le monde» a été lancée par l'OMC pour encourager l'échange de projets, d'expériences et d'approches pratiques concernant la mesure et l'analyse du commerce sur la base de la valeur ajoutée.

[vi] Richard HIAULT,  Ces produits qui bouleversent le commerce mondial,  article publié le 15 janv. 2013, dans les ECHOS.

[vii] Ibid.

[viii] Michèle RUTA et Mika SAITO, Les chaînes de valeur: L’internationalisation croissante de la fabrication influe sur la création du revenu et de la croissance, International Monetary Fund, External Relations Dept., Published Date: February 2014.

[ix] Ibid.

[x] Michèle GLAUSER, Stephen GELB, Comment les entreprises s’intègrent-elles dans les chaînes de valeur mondiales?, La Vie économique, Plateforme de politique économique, 01.12.2014.

[xi] Richard HIAULT, Op. cit.

[xii] Organisation mondiale du commerce (OMC), Chaînes de valeur mondiales.

[xiii]Richard HIAULT, Op. cit.

[xiv] Economies interconnectées: comment tirer parti des chaînes de valeur mondiales, Rapport de synthèse, OCDE.

[xv] Ibid.

[xvi] Cité dans l’article «Comment les entreprises s’intègrent-elles dans les chaînes de valeur mondiales?» Michèle GLAUSER, Stephen GELB, La Vie économique, Plateforme de politique économique, 01.12.2014.

[xvii] Commerce des services, Le segment le plus dynamique du commerce international, Organisation mondiale du commerce.

[xviii] Ángel GURRIA, Le rôle des services dans la création de valeur, Organization for Economic Cooperation and Development, Centre du commerce international (CCI), 15 avril 2014.

[xix] Pierre-Paul PROULX, L’OMC et un nouvel indice de participation aux chaînes de valeur ajoutée, Libres Échanges, Le blogue des économistes québécois, Professeur honoraire (Université de Montréal) et consultant, Association des Economistes Québéquois, 3 décembre 2014.

[xx] Ángel GURRIA, Op. cit.

   Jean Daniel Elie

   danielelie1950@yahoo.fr

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