Formation professionnelle en Haïti, une histoire passionnante et enrichissante

Publié le 2020-01-17 | Le Nouvelliste

Ruben SANON

La formation professionnelle est la pièce maîtresse de tout type de développement ou du moins la pierre angulaire de l’avancement de tout pays qui lui accorde de l’importance. Elle permet de mettre en évidence et de développer les habilités humaines en vue de la production et de l’emploi. Par ses orientations, elle s’avère plus spécialisée et plus pratique que l’enseignement général.

Parlant de l’origine de la formation professionnelle au pays, elle remonte, sous un angle informel sur ce petit coin de terre, même bien avant notre indépendance en 1804, car les esclaves exerçaient déjà des métiers comme tailleur de pierre, fabricateur de brique, forgeron, entre autres.

Au lendemain de l’indépendance, même avec l’organisation du nouvel État, la formation professionnelle se faisait sans caractère officiel. En d’autres termes, sans règle préétablie, s’adonnant à l’un des principes antiques qu’est la transmission du métier de père en fils. Voilà pourquoi il a fallu attendre un siècle plus tard, soit en 1913, pour voir naître la première école professionnelle officielle du pays, à savoir Élie Dubois, une école qui, depuis sa fondation, se consacre à la formation des filles.

Parallèlement, la première école technique du pays, Jean-Baptiste Damier, mieux connue sous le nom de JB Damier, a vu le jour en 1926. Déjà, elle fonctionnait dans une maisonnette sous un autre nom dans la zone où est située l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (l’Hôpital général). C’est également le cas de l’école professionnelle des Gonaïves qui a été fondée la même année. Deux ans plus tard, le gouvernement haïtien a inauguré l’école professionnelle de Jérémie!

L’École nationale des arts et métiers (ENAM), fondée depuis 1936 à la demande du président Sténio Vincent, est la plus ancienne école dirigée par les Salésiens en Haïti. En octobre 1940, le président Sténio Vincent, grâce au don de sa sœur Résia Vincent, a inauguré le Centre d’apprentissage de Saint-Martin (CASM), qui a pu acheter avec son argent quelque 7 carreaux de terre pour ladite construction.

Grâce au don de la famille du professeur Leslie Saint-Roc François Manigat, l’école professionnelle Saint-Surin Manigat fut fondée en 1960 à Martissant 7.

Les années passent et d’autres écoles professionnelles virent le jour. Parmi lesquelles on peut citer: Maison ménagère Anne-Marie Desvarieux, Canado Technique, Haïti Tec, sans oublier CETEMOH, Centre Pilote, Centre polyvalent de Carrefour, Femme actuelle 2000.

Pour l’histoire et la vérité, il a fallu attendre l’occupation américaine (1915-1934) pour assister à la construction de plusieurs écoles professionnelles et bien d’autres structures. Les Américains ont pu organiser le secteur de la formation professionnelle, lequel secteur se rattachait directement au ministère de l’Education nationale par le biais de la direction de l’enseignement technique jusqu’au mois d’octobre 1973.

Voulant doter le pays d’un outil incomparable, le président Jean-Claude Duvalier, grâce à un financement du gouvernement français, allait fonder le 9 octobre 1973, par décret présidentiel, l’Institut national de la Formation professionnelle (INFP) dans l’ultime but de préparer des cadres (formateurs de formateurs) au profit des centres de formation professionnelle (CFP) afin d'être plus compétitifs sur le marché du travail.

Dans ce même ordre d’idées, la société haïtienne, particulièrement ceux qui ont un penchant pour les métiers manuels et techniques pensent que le pays aura enfin une structure qui le permettra de hisser au plus haut niveau la production nationale, tout en ayant soin de préparer en conséquence des techniciens qualifiés dans quasiment tous les domaines de la vie sociale (courante) par rapport aux différents corps de métiers. Mais hélas !

Après 11 ans d’existence, l’INFP s’est vu transformer en une direction centrale technique déconcentrée du ministère de l’Éducation nationale selon le décret-loi du 23 octobre 1984. Par la suite, avec la publication du décret-loi du 14 mars 1985, le gouvernement a confié à l’INFP la responsabilité du secteur de la formation professionnelle tout en ayant soin de procéder à la gestion des centres de formation professionnelle.

En l'espace de 46 ans, l’INFP a connu 12 directeurs généraux, quatre coordonnateurs de commission et deux secrétaires d’État. Le premier directeur est l’ingénieur Jean Casimir, un ancien forrmateur de l’école professionnelle JB Damier, et ensuite se sont succédé Mme Michelle Montas, M. Jacky Lumarque, M. Luc Augustin, M. Michel Pierre-Louis, M. Louis Délima Chéry, Mme Jessie Manigat, M. Lesly Michel, M. Jean Calvain, M. René Camoens, M. Max Bien-Aimé, Mme Marie-Florence Désir Pierre, l’ing./agro Jean-Claude Janvier, Mme Marie-Rose Margareth Beaulière, M. Mervil Guillaumette et Mme Maguy Durcé.

Concernant la secrétairerie d’État à la Formation professionnelle, Mme Marina Gourgue a occupé cette fonction de 2011 à 2016. Elle est remplacée par M. Jean-David Génesté en 2016. Depuis le départ de M. Génesté en 2017, personne n’a occupé cette fonction à cette date.

46 ans plus tard, que devient l’INFP ?

L’Institut national de Formation professionnelle (INFP), après la publication du décret-loi de 1985, s’érige dans une certaine mesure en tant qu’organe régulateur de la formation professionnelle en Haïti. Avec ses 46 ans d’existence, l’institution accrédite environ 210 écoles de formation professionnelle et technique dont 21 sont publiques, une quinzaine subventionnées et le reste est d’ordre privé. De plus, tant bien que mal, l’INFP organise des examens officiels depuis tantôt une quinzaine d’années.

Pour quelle raison, mis à part l’INFP par le biais du ministère de l’Éducation nationale, existe-t-il au moins cinq autres ministères qui s’intéressent à la formation professionnelle ?

Malgré l'existence de la loi-cadre du 14 mars 1985. Nous savons que la nature a horreur du vide.

Le 21 mai 2018, l’État haïtien a dû doter le secteur d’une autre loi mais qui ne décrit en rien la réalité et les besoins réels de la formation professionnelle. Et le jour où l’on tiendrait compte de cette loi, ce serait tout simplement une catastrophe, à moins qu’il n'y ait certaines modifications.

Vu l’importance d’une structure de formation professionnelle dans tous les pays du monde qui empruntent la voie du développement, l’INFP devrait être un INFOTEP (Instituto Nacional de Formaciòn Técnico Profesional) en République dominicaine, un CEGEP (Collège d’enseignement général et professionnel) au Canada, un CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) en France, etc.

Réfléchissant sur l’INFP, nous en présentons trois périodes de sa création à aujourd'hui. La première s’étend du 9 octobre 1973 au 13 mars 1985,  où l’INFP était un simple institut chargé d'assurer la formation des formateurs des CFP (publics et subventionnés). La deuxième a débuté au lendemain du 13 mars 1985 pour prendre fin avec la démission du directeur général Lesly Michel en 2002. Tout de suite après ce départ, l’INFP s’est plongé dans un déclin sans pareil. Considérer les problèmes sociopolitiques qui sévissent dans le pays de 2002 à 2006. Pour sa part, la troisième  s’étend de 2003 à nos jours où l’institution a connu des crises récurrentes.

Quelles sont les causes profondes de ce déclin ?

L’une des causes majeures de la décadence de l’INFP réside en grande partie dans le choix de ses directeurs généraux, lequel choix est caractérisé assez souvent par les accointances politiques et du même coup débouche sur le blocage du secteur. En résumé, le mot de carrière (jusqu’à la gouvernance dans le milieu) est galvaudé, voire banalisé.

Qui relèvera l’INFP de cette cachexie ou de cette décrépitude ?

Force est de constater que le secteur de la formation professionnelle a connu un essor extraordinaire de 1920 à 1986. On fabriquait tout type de chaussures en Haïti, la production nationale était au zénith, la monnaie locale avait de la valeur. Le paysan haïtien cultive avec espoir son lopin de terre. Mais avec la nouvelle conception des choses, ou du moins avec la politique du plan néolibéral implémentée après le départ du président Jean-Claude Duvalier, on a tout vu et entendu. Pire, cela a une conséquence directe sur la formation des jeunes professionnels.

En termes de propositions pour le relèvement de cette noble institution, l’INFP ne devrait pas être mêlée à  la politique active. Malheureusement, elle s’enfonce dans la haine, le mépris et l’incertitude quant à son avenir. De ce fait, le président de la République, en tant que garant de la bonne marche des institutions républicaines, devrait jeter un regard particulier sur le système national de la formation professionnelle, tout en l’épargnant de l’amateurisme et des conflits de toute sorte mais encourageant la carrière. Pour ce faire, le chef de l’État devrait prendre le temps qu’il faut avant de procéder au choix du prochain directeur général de l’INFP. Ce serait justice si le choix portait sur l’un des fils légitimes issus dudit secteur, crédible, productif, compétent et consciencieux.

En attendant ce grand jour, on prie et du même coup on garde espoir, car, dit-on, l’espoir fait vivre.

Ruben Sanon, Ing.

sanonruben@yahoo.com

509 3846-7208

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