Dans quelle mesure la langue peut-elle favoriser l’intégration des immigrants ?

Publié le 2019-12-23 | Le Nouvelliste

Dans le système des Nations unies, il est admis six langues officielles en même temps. Le droit à la diversité tient à faire respecter toutes les minorités et leurs langues. Toutefois les expressions identitaires liées à la langue, la religion, les traditions, le savoir-faire  et les coutumes sont sujets à la domestication et à la domination dans la lutte pour l’hégémonie des empires constitués. Il advient aussi que les processus migratoires ont tendance à assurer une configuration des acteurs par rapport à des facteurs multiples : classes, races, religions, langues, culture, histoire et identité. Il serait un imbroglio de voir l’importance de la langue pour l’intégration des migrants si les contextes ne sont pas spécifiés et nettement délimités. Ce constat renvoie à considérer l’expérience des États-Unis comme société d’accueil pour être une destination majeure.

Des approches différenciées tiennent à apprécier la question de la langue comme facteur pour l’intégration des migrants. Tout d’abord, le pragmatisme aurait dicté un comportement d’assimilé pour garantir l’intégration des migrants, mais non évident sous le poids des traditions et des cultures natives. L’installation définitive du migrant ou de la migrante n’est pas toujours sa finalité quand on considère la question de la transmigration qui fait prévaloir l’identité du migrant comme ressource pour sa résilience et son adaptation (Olwig, 1997). L’intégration du migrant ne saurait être une réalité figée, fonction de la nécessité ou de l’utilité. Du point de vue fonctionnel, on a tendance à  croire que la langue est un facteur d’intégration tout en s’associant à l’éducation, l’existence de réseaux d’appartenance et le pouvoir économique par l’accès à l’emploi valorisant et durable.

Dans la perspective de la colonialité des pouvoirs selon Ramon Grosfoguel (CEPODE, 2009), il a été défini une matrice dominante euro-américaine qui oriente les processus avec des opportunités de promotion de groupes jadis marginalisés suivant qu’ils sont devenus assimilés. Le cas étasunien choisi est bien complexe pour avoir donné lieu à  des interprétations diverses à la question du migrant en relation à la langue de la société d’accueil proprement dite. De l’intérieur, il y a marginalisation des « immigrants coloniaux » et des groupes « African American » qui sont pourtant eux-mêmes des Américains. Les Amérindiens sont aussi une autre spécificité du problème. Entre-temps, les États-Unis n’ont défini de langue officielle malgré les exceptions de quelque 32 États. Dans certains comtés, l’espagnol, le créole ou autres langues minoritaires sont admises. Dans le fond des choses, l’anglais reste la langue dominante de référence. La situation des Portoricains en dit beaucoup comme « Colonial Inmigrants » qui sont obligés de se doter du Spanglish.D’autres groupes intermédiaires comme le Koreen utilisent le « Konglish » et l’Hindou, Hinglish qui les place dans une position de repli, de ghettoïsation linguistique. Les jeunes, pour la plupart, se retrouvent dans de nouveaux registres linguistiques avec la révolution de la technologie de communication en utilisant du » sling ». Ils se réalisent alors dans une « intégration perverse ».

La question de la langue ne devrait laisser de côté le fait générationnel. Prenons le cas d’un/e jeune de la troisième génération déjà assimilé/e pour avoir dominé la langue. Il/elle entre souvent en conflit avec les aînés qui gardent eux-mêmes leur langue native. Les conséquences immédiates sont inhérentes à des problèmes de santé mentale (isolement, dévalorisation de soi, entre autres) (Fong, 2004).

L’intégration d’un groupe de migrants peut aussi  renvoyer à la vague de migration donnée. Le cas cubain est révélateur si l’on compare les premières générations  dont le problème de langue ne leur a pas été posé comme condition d’intégration. Ils continuent à parler l’espagnol pendant qu’ils reçoivent des « services en anglais », soit un traitement donné à des Blancs natifs. Cette expression est utilisée pour faire état des privilèges dont jouit par ce groupe dans la société d’accueil. Quant aux « Marielitos balseros » des années 1980, ils ont été plutôt discriminés (Chavez, 1997).

Il existe alors divers degrés d’intégration pour l’immigrant. La langue ne peut faciliter l’accès qu’à un premier degré, ce dans son niveau acceptable. L’assimilation est cruciale dans ce processus, centrée sur l’américanisation entendue comme occidentalisation du migrant ou de la migrante. Finalement, l’aspect institutionnel  est déterminant par rapport au rôle que joue la nationalité. À cette phase, il n’est plus question du statut de migrant,  mais de celui du citoyen (Citizen).

-Rowena Fong, Culturally competent practice with immigrant and refugee children and families,The GUILFORD PRESS,New York 2004.

-Jean Jacques Rousseau, Essai sur l’origine des langues(1781), Collection Profil, HATIER, Paris avril 1983.

-Ernesto Rodriguez Chavez, »la migracion cubana hacia los Estados Unidos »in Estudios sociales, Vol XXX No 109, santo Domingo julio-septiembre de 1997 p41-52

-Karen Fog Olwig, »Hacia una reconcetualizacion de la migracion y transnacionalizacion » in inEstudios sociales, Vol XXX No 109, santo Domingo julio-septiembre de 1997 p53-75

-Hancy Pierre, « les immigrants caribéens et la politique migratoire des Etats Unis », in Revue Les Cahiers du CEPODE No 1, Port-au-Prince 2009 p 101-121

Hancy Pierre , Professeur Travail Social et Migration à l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".