Réouverture des classes pour faire semblant ou pour éduquer vraiment

Publié le 2019-12-03 | Le Nouvelliste

Les écoles doivent reprendre. Toutes les écoles: publiques, privées, urbaines, rurales, jardins d’enfants, classiques, professionnelles ainsi que les universités. Mais les conditions doivent être créées. 

À mon avis, c’est au président, au Premier ministre, au directeur général de la police, au ministre de l’Intérieur, au secrétaire d’État à la Sécurité publique, au ministre de l’Éducation nationale et ainsi qu'aux autres autorités de créer les conditions pour que toutes les écoles puissent fonctionner et que les parents puissent en toute sérénité emmener leurs enfants à l’école et les ramener chez eux. Cela passe par l’utilisation des services d’intelligence, de police et/ou des décisions politiques susceptibles de ramener le calme et la paix dans les rues et dans les têtes.

Une opposition politique peut inviter des citoyens à une grève scolaire et universitaire pour différents motifs. Mais un politicien ou un militant politique qui ose faire peur à un enfant ou empêcher  un enfant ou un jeune d’aller à l’école dépasse vraiment la mesure. Et que dire de ceux qui vont jusqu’à verser des excréments à l’entrée des écoles ? De pareils individus méritent d’être sanctionnés. Les provisions légales existent. Il suffit de les appliquer. Le droit à l’éducation comme le droit à la santé, à la liberté d’expression et de circulation entre autres est un droit sacré.

Ceux qui nous dirigent ont apparemment un sens léger de leurs responsabilités. Ils fuient les zones chaudes de Port-au-Prince, mais vous parlent de réouverture des classes comme si tout allait bien. 

Les enfants haïtiens sont habitués aux privations et les parents ne réclament pas que toutes les conditions idéales soient réunies. Ils réclament la sécurité, la tranquillité dans les rues. C’est le strict minimum.

Depuis 2018, des enfants traversent des champs de tir à Port-au-Prince pour aller à l’école. Qui au gouvernement, au Parlement s'en soucie vraiment ? Qui au ministère de l’Éducation nationale se préoccupe des conditions dans lesquelles les enfants doivent apprendre ? Et là encore, ce sont les enfants habitant dans des quartiers plus pauvres qui vont en souffrir davantage. Ces enfants mangent mal, dorment mal et/ou peu, ont moins de bons livres, moins accès aux bibliothèques et à l’Internet, ont souvent moins de support des parents, reçoivent moins d’heures de cours, souffrent davantage en transports en commun ou à pied pour aller à l’école. En plus maintenant, ils ont le stress de la rue et de leur quartier. On s’étonne alors des taux faibles de réussite aux examens, des taux élevés d’abandon scolaire et des taux élevés de non-apprentissage. Les quelques succès de l’école haïtienne sont trop peu pour ne pas revoir le moule de l’éducation.

Je suis enseignant depuis bientôt 25 ans. Je peux vous dire que les acquis des jeunes bacheliers sont de plus en plus faibles. Et parlant de moi comme professeur ou chargé de cours à l’université, qui se soucie des profs ? C’est une catégorie maltraitée, méprisée, mal payée et non perfectionnée. Je pourrais en dire long là-dessus. Mais ce n’est pas le propos du jour. L’éducation ce n’est pas que les élèves et les salles, c’est avant tout des profs qualifiés, de qualité et aussi en conditions favorables pour faire leur travail. Hélas, les profs sont souvent oubliés.

L’éducation est une affaire trop sérieuse pour être politisée. Il faut que les enfants retrouvent les salles de classe, mais pas dans la démagogie juste pour dire qu’ils vont à l’école. 

Depuis des années, trop d’années, trop de parents jettent dans l’éducation de leurs enfants de l’argent durement acquis. Les écoles bidon qui augmentent arnaquent les parents. Yo pran kòb la yo pa bay anyen pou kòb la. Et le ministère est complice.

Il faut cesser les simulacres. Fernand Hibbert a écrit son roman «Les simulacres» il y a un siècle. Nous sommes toujours en train de faire semblant, faire semblant qu’on fait quelque chose. Dans l’éducation comme dans l’agriculture, la justice, la lutte contre la corruption et autres. 

Il est temps, chers amis, d’être plus exigeants envers nos autorités qui sont payés pour nous servir. Cessez de les déresponsabiliser ! Apprenons à les sanctionner sévèrement pour qu’ils sachent qu’être président, ministre, directeur général, sénateur, député, maire, président de CASEC ne vient pas uniquement avec des privilèges, mais surtout avec des responsabilités.

Parents haïtiens, cessez d’être résignés ! Sortez de votre réserve ! Organisez-vous ! Faites une  pétition, ou mieux une marche ou des marches pour demander au président qui tient à rester en fonction, au gouvernement démissionnaire, au chef de la police, aux maires, aux parlementaires qui ne vous défendent pas, mais continuent de recevoir salaires, frais et autres privilèges que vos enfants doivent aller à l’école. Ils veulent rester en poste, qu’ils se rendent utiles à quelque chose.

Et après la réouverture, faites pression pour que les programmes soient respectés, pour que les mauvaises écoles soient sanctionnées. Faites un plaidoyer substantiel pour que le dossier de l’éducation soit pris au sérieux par toutes les parties concernées. Ce n’est pas plus de budget qu’il faut donner au ministère. C’est une réforme complète de l’éducation qui doit être proposée, une réforme qui tiendra compte de tous les paramètres pour que l’écolier haïtien sorte de son parcours scolaire armé pour être utile à lui-même, à sa communauté et au monde. Le budget suivra le plan de réforme et sera lié à des indicateurs de performance.

Tout est marketing.  Il faut faire un bon plaidoyer marketing pour une autre éducation en Haïti. Les produits éducatifs, leur prix, leur distribution à l’échelle nationale et leur promotion méritent d’être revus entièrement. Leur gamme doit être étendue et adaptée aux divers types d’intelligence, aux diverses contraintes ambiantes et à beaucoup d’autres facteurs. Ces produits ou offres scolaires ou éducatives doivent répondre à des normes techniques et de performance entre autres, et respecter les promesses faites aux écoliers consommateurs et aux parents acheteurs. 

Avant un certain âge, un écolier peut difficilement être exigeant envers ses professeurs, encore moins la direction de l’institution d’enseignement. C’est un consommateur ignorant de ses droits et/ou incapable de les défendre convenablement. À partir de l’adolescence, la donne change. Les parents, décideurs et acheteurs, ont donc une responsabilité majeure dans la création d’un marché éducatif bien régulé et contrôlé.  


 

Claude-Bernard Célestin, consultant et professeur de Marketing Auteur

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