L'instrumentalisation politique des groupes armés inquiète

La Fondasyon Je Klere (FJKL) a publié une enquête qui retrace le fil des événements qui se sont déroulés dans la zone du Bel-Air et de ses quartiers avoisinants du 4 au 6 novembre derniers. L'organisation de droits humains, qui dit s’inquiéter de l’instrumentalisation politique des groupes armés, dresse un bilan de quatre morts, 35 maisons et 21 véhicules incendiés entre autres. Ces événements, selon elle, témoignent de la fragilité de la situation sécuritaire du pays et de l’incapacité des pouvoirs publics à maintenir l’unité du territoire national.

Publié le 2019-12-02 | Le Nouvelliste

« Les événements du Bel-Air sont le résultat du climat d’intolérance qui caractérise la lutte politique actuelle. Des groupes armés proches du pouvoir sont à la base de ces douloureux événements. Opposés par la force à l’opération peyi lòk et vraisemblablement monnayés par le pouvoir, ils ont tenté d’enlever des barricades mises en place par des protestataires proches de l’opposition. C’est ce qui a donné lieu au conflit », explique la FJKL dans son rapport. Sans détour, l'organisme avance comme mobile pour ces événements malheureux la tentative du gouvernement de débloquer le Bel-Air pour faciliter la circulation et placer la zone sous le contrôle de groupes armés qui lui sont proches pour empêcher les manifestations populaires.

La FJKL dit confirmer - sans prétendre à un décompte exhaustif - le décès de quatre personnes dans les événements du Bel-Air et de la ruelle Mayard. Elle a aussi affirmé qu’il n’y a pas de personne portée disparue. Mais ces événements ont quand même poussé des citoyens à fuir de chez eux. La zone est désertée du fait qu’elle est devenue dangereuse. Il y a donc beaucoup de déplacés internes. Par ailleurs, la FJKL révèle que le conflit de la ruelle Mayard est différent des événements du Bel-Air même, puisqu'il s’agit d’un conflit de contrôle territorial qui porte essentiellement sur les protestations antigouvernementales et les prochaines élections. « Des groupes armés cherchent à étendre leurs zones d’influence pour mieux rançonner les candidats aux prochaines élections et montrer leur force dès à présent », avance l'organisation de droits humains. 

Dans ce rapport, la FJKL remonte aux événements du 4 novembre avec la tentative de quelques chefs de groupes armés de débloquer les rues. Le 4 novembre 2019, le groupe « Baz krache dife» (base qui crache le feu), situé à rue Saint-Martin et à la rue Porcelaine et dirigé par le nommé James Alexander alias Sonson, et le groupe Dèyè Lakwa, commandé par le nommé Ti chef, firent irruption au haut Bel-Air pour enlever des barricades entreposées dans le cadre de l’opération « peyi lòk» lancée par l’opposition politique pour exiger le départ du président Jovenel Moïse.

Devant la résistance de la population du Bel-Air, et suite à l’arrivée d’une patrouille de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (BOID), ils ont pris la fuite en laissant leurs motocyclettes. Revenant sur les lieux, après le départ des policiers, pour récupérer leurs motocyclettes, ils ont incendié des véhicules et une motocyclette. Dans la nuit du 5 novembre, vers une heure du matin, des individus armés ont criblé de balles certaines maisons à la ruelle Mayard où vivent entre 18 et 20 policiers. Tous les gens auditionnés au Bel-Air et à la ruelle Mayard accusent des hommes de Babecue comme étant les responsables de ces attaques.

 Le 6 novembre, une autre attaque est perpétrée à la ruelle Mayard avec la participation du gang de la zone de Barosi (un quartier de Delmas 2) dirigé par Alex, alias Malkonprann, présenté comme étant un soldat de Babecue qui, lui-même, contrôlerait la zone de Delmas 2 à Delmas 24. Interrogé par la FJKL, Babecue attribue le meutre de Malkonprann ( l'une des quatre morts listés par la FJKL) au groupe de policiers basé à la ruelle Mayard qui aurait pour chef le policier Auguste Guetchine, alias Pachou. Il explique l'acharnement contre lui, «vu qu’il est dénoncé par toutes les personnes trouvées sur les lieux», par le fait qu'il a dénoncé les policiers de la ruelle Mayard pour leur accointance avec la base Cameroun […], refusé le déchouquage et l’opération peyi lòk de Delmas 2 à Delmas 18, et empêché des groupes proches de certains politiciens d’étendre leur sphère d’influence dans la zone de bas Delmas », lit-on dans le rapport d'enquête de FJKL.

Dans ses conclusions, la Fondation Je klere dénonce l’utilisation des maigres ressources de l’État pour instrumentaliser des groupes armés à des fins politiques et continuer à semer le deuil et le désespoir au sein de la population civile. Elle lance une mise en garde contre cet acte criminel susceptible d’engager, en plus de la responsabilité pénale des auteurs de tels actes, mais aussi celle des responsables de l’État pour négligence criminelle.

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