La Fin de la première République Noire et un nouveau début

La renaissance d’Haïti est-elle possible ?

Publié le 2019-11-26 | Le Nouvelliste

La crise socio-politique hattienne a pris une ampleur interminablement insupportable et tragique. Et, la communauté internationale en a marre de ce bourbier. Elle veut typiquement laisser disparaitre dans l’abime de notre égoïsme, de notre division et de notre mentalité dévorante le navire.

En 1915, 1995 et 2004, ils étaient là pour nous apprendre à valoriser notre propre devise et les règles sociétales. Des multiples missions internationales, des visites diplomatiques, des constats des conditions d’un peuple en danger permanent sur sa propre terre. C’est Haïti ! Rien de nouveau.

La faillite d’Haïti est le fruit de nos limites, notre décadence morale et de nos mauvaises décisions. C’est tout simplement un attachement à l’archaïsme dans un monde postmoderne. Il est dit partout que le politicien haïtien est inconscient, égoïste, irréfléchi et corrompu. Bref ! Il appartient à une secte mafieuse, ténébreuse et immuable.

Comment dire à un politicien haïtien qu’il est le principal auteur de la destruction du pays ? Il prétend tout savoir même quand ses paroles et ses actions dégagent le contraire. Et, c’est là son grand problème.

Pour repérer notre échec dramatique dans un passé proche, il faudrait remonter vers l’année 1980. Pendant que les duvaliéristes flambaient les fonds publics dans la corruption et des projets insignifiants, la communauté économique internationale avait déjà prédit la faillite du pays.

Tout compte fait, les institutions financières internationales avaient proposé que le gouvernement adopte des mesures économiques drastiques pour redresser le pays. D’abord, il faudrait commencer à nettoyer les finances publiques.

Ainsi, Marc L. Bazin, un économiste à trempe internationale, était perçu comme le sauveur de cette économie en chute libre.

Le départ précipité de Jean Claude Duvalier plongeait le pays dans une situation d’incertitude majeure. L’instabilité socio-politique avait chassé les investisseurs du pays. Le tourisme et les activités économiques au Parc Industriel disparaissaient graduellement.

Sur le plan politique, la société boudait les vrais leaders et visionnaires tels que : Marc L. Bazin, Lesly F. Manigat, Serges Giles, et d’autres figures raisonnables sous prétexte qu’ils étaient des anti-nationalistes et des envoyés du blanc.

En 1990, l’élection du prêtre de St. Jean Bosco allait transformer la politique haïtienne. Son ascension au pouvoir signifiait que le champ de la politique était ouvert à n’importe qui.

Bien sûr, sa montée résultait des abus, de l’inégalité sociale, de l’injustice et de la mauvaise gestion de l’Etat. Le désir euphorique de rebattre la carte de la gouvernance et de la distribution des richesses du pays avait propulsé au pouvoir des novices, des activistes, des corrompus, des malfrats, des inconscients, des orgueilleux et de faux intellectuels.

Puis arrivait le coup d’État de 1991 contre Jean Bertrand Aristide. Les trois ans d’embargo exerçaient un impact lourd sur l’économie du pays.

De plus, la privatisation imposée par les partenaires financiers internationaux au cours des années de 2000 a fini par compromettre le système de finance publique et le bienêtre social. La mauvaise gestion des institutions et des entreprises publiques avait commandé un réalignement structurel et organisationnel dans la gouvernance des choses publiques. Cette expérience a conduit le pays vers le pire. Aujourd’hui, l’Etat ne possède ni ne gère rien.

A toutes ces tragédies se sont ajoutés les désastres naturels dans un pays corrompu, mal organisé et mal géré. C’est fini pour le pays qui a prône et soutenu la fierté de la race noire dans le firmament du monde.

Nous avons continué à creuser le trou de notre échec avec l’élection de Michel Joseph Martelly, un excellent musicien. Cependant, le résultat de son administration a prouvé qu’il n’était pas l’homme idéal pour la magistrature suprême du pays. D’ailleurs, la plus grande escroquerie financière jamais enregistrée dans le monde s’est perpétrée sous son administration, laissant Haïti dans une pauvreté abjecte et meurtrière.

En bon stratège, Michel Joseph Martelly a passé la balle à son coéquipier, Jovenel Moïse, cet inconnu hissé au pouvoir par un faible pourcentage de l’électorat alors que ses opposants se multipliaient et s’entre bousculaient. Maladroit et abattu par une culture politique impulsive et maléfique, il devient la plus grande déception de notre histoire politique pour avoir conduit le pays en enfer. Sa philosophie consiste à minimiser ses opposants et à détruire les bases économiques pour favoriser ses amis. Il n’écoute que les américains et ses proches acolytes.

Jovenel Moïse s’est détourné de plusieurs occasions pour dénouer la crise (il aurait dû livrer le poste de Premier ministre à l’opposition ou entamer des négociations sérieuses avec ses opposants). En voulant se glorifier, il est devenu un objet de disgrâce pour avoir présidé dans un pays « lock » pendant des mois.

C’est bon !

Le Parti Lavalas s’était morcelé en miette parties. Les autres candidats étaient des opportunistes qui voulaient satisfaire leurs ambitions mesquines en semant la confusion dans l’électorat. Ils ont contribué à la laideur de la Perle des Antilles. Ils seront d’éternels perdants.  

Un peuple courageux

Malgré le tremblement de terre monstrueux, le peuple résistait et faisait montre d’un courage extraordinaire.

Durant la période criminelle de Raoul Cedras, le peuple se dressait fermement contre la cruauté des militaires.

Aujourd’hui, c’est clair qu’il a déserté le champ de la bataille. Massacres et assassinats çà et là, émeutes, des scènes d’incendies et de pillages, fermeture des écoles et des hôpitaux, des barrages et des rançonnements sur les routes nationales, tout dévoile notre laideur et notre médiocrité.  

Haïti n’existe plus malgré sa panoplie de brillants intellectuels évoluant sur la scène internationale et à l’intérieur du pays.

Les bases de la société sont ruinées et effondrées. Haïti est devenue la Somalie de l’Ouest, chose qui a été prévue.  

La diaspora haïtienne est le seul rempart de l’économie et de la réserve du pays dans tous les domaines. Elle se charge de tout : l’éducation, la nourriture, la santé de ses proches… pourtant, elle est forcée de rester en dehors de la politique du pays.

Comme en 1986, la diaspora est prête à aider à rebâtir le pays et à le moderniser. Pourtant, les esprits maléfiques, égoïstes et rétrogrades la rejettent.

Our money is welcome, but our expertise and knowledge is rejected.

Haïti n’a pas besoin d’experts haïtiens vivant à l’extérieur du pays, selon des politiciens et des activistes irréfléchis. Un orgueil futile qui n’a produit que l’échec et le sous-développement du pays. Bravo !

Avec 8 millions de pauvres pour une population de 10 à 11 millions d’habitants - et bien sûr, le nombre s’augmentera - Haïti ne pourra pas atteindre la modernité et le développement sans un miracle et l’intervention d’une équipe préparée, morale, consciente et déterminée.

Est-ce que les ténors de la politique haïtienne accepteraient leur incapacité et inviterait d’autres figures haïtiennes préparées et morales à prendre les rênes de la gouvernance du pays ?

La renaissance d’Haïti est possible si nous priorisons notre devise : l’Union Fait la Force.

Yes, we can, disait Barack H. Obama, le premier président noir américain. Oui, nous pouvons renverser les brèches pour créer une Haïti vibrante, souriante où le soleil de l’espoir luit pour les riches et les démunis, les alphabètes et les analphabètes, les citadins et les paysans, les jeunes et les vieillards et pour toutes les couches sociales.

Oui, un autre Haïti est possible. Il faut partir à nouveau. Il nous faut adopter une approche inclusive, moderne, scientifique, consciente et pure.

Montfort Alexis,

Spécialiste en Administration Publique

Pasteur, Ecrivain

Commentateur sur Island TV, North Miami | Florida

montfortalexis@gmail.com

Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".