Le départ de du président Jovenel MOÏSE, pour quelle gouvernance?

 « C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal, même le cordonnier est l’expert qui est le meilleur juge pour savoir comment y remédier... » (John DEWEY, 1920 ; cité par SINTOMER, 2008:115)

Publié le 2019-11-15 | Le Nouvelliste

L’essence même de toutes démocraties tourne autour, de ce qu’on appelle,  le “Peuple”. Il me semble, malheureusement, que ce dernier est utilisé la plupart du temps à des fins politiques politiciennes. Ce mécanisme n’est pas l’apanage du mode de fonctionnement de la démocratie haïtienne. Avant d’aller loin plus dans ma réflexion, il me paraît important et utile d’élucider un peu ce concept dans une visée historico-politique : depuis l’Antiquité, notamment dans la Grèce la “notion” de peuple fut déjà couvert des couches, je dirais, d’exclusion. Car, si l’on prend en considération la définition étymologique de démocratie, vous allez voir que ma réflexion semble logique et/ou vraie : démos veut dire peuple et kratos, pouvoir. Littéralement, c’est l’autorité ou le pouvoir du peuple. Or, à cette époque tout le monde ne pouvait pas participer à, ce qu’on appelle la res publica, c’est-à-dire la chose publique, d’une manière sous-jacente la “notion” de peuple ne représente pas tout le corps social, mais plutôt une catégorisation pouvant jouir de ce pouvoir.

Par ailleurs, même avec la Révolution française cette notion, qui fait parfois du bien aux manipulateurs idéologiques ou politiques, présente un nouveau paradigme mais toujours il existe une sorte d’exclusion qui cache derrière. Avec la “modernité” le concept de peuple recouvre tout le corps social dans sa globalité, mais rien n'empêche dans notre imaginaire collectif de lui assimiler à une quelconque catégorie dépossédée économiquement, socialement et politiquement.

Dans cet article, l’intention n’était pas de vous présenter la littérature scientifique consacrée à ce concept qui constitue le noyau dur de toutes démocraties, mais plutôt l’objectif est de comprendre le peuple haïtien dans sa revendication actuelle qui, à mon sens, est juste et démocratique. Car, si la majorité des participants aux élections a voté un Président pour lui représenter et travailler pour son bien-être, elle a aussi le droit et le devoir de demander des comptes à celui-ci de sa gestion. Donc, c’est un couple inséparable (Tocqueville, 1835).

Pour comprendre sa revendication, je me permets dans un premier temps de présenter comment des démocraties donnent la possibilité d’écourter le mandat d’un représentant ne respectant ses promesses électorales ; dans un second temps montrer aussi la non légitimation populaire des acteurs politiques de l’ “opposition” et ses enjeux ; enfin si le Président part, quelle sera la nature de la prochaine gouvernance politique  en Haïti? 

Primo, la démocratie athénienne, directe ou encore ce que des théoriciens en sciences politiques appellent la démocratie pure est un mécanisme dans lequel le “peuple” participe directement dans les affaires de la cité. Où il pouvait révoquer les représentants qu’il a lui-même institués. Avec la progression exponentielle de la population, ce mécanisme est loin d'être efficace. Pourtant, malgré la modernité des théoriciens comme ROUSSEAU (1762) fait un plaidoyer pour la maintenance de morphologie démocratique, car ils constatent que des représentants ne sont pas tenus de respecter ses promesses électorales dans la démocratie représentative telle que nous la connaissons aujourd’hui. Mais, cette dernière offre une possibilité de sanction électorale et aussi l’obligation de rendre des comptes. 

Actuellement, la situation générale d'Haïti est très préoccupante. Il faut dire, à un certain niveau, nous sommes en démocratie, car le peuple exprime ses besoins les plus élémentaires : éducation, santé, logement, eau potable… il arrive même à demander le changement de “système” en passant par la démission de M. MOISE Jovenel,  aurait la main trempée dans la corruption. Très bon exercice démocratique. Parce-que, même si sommes en démocratie le peuple est souverain, il peut faire ce qu’il veut avec le pouvoir. Mais, une interrogation initiale me vient à l’esprit : quel peuple parlons-nous? Ceux ou celles habitant des quartiers dits défavorisés ou bien l’ensemble du corps social qui est conscient de cette situation critique d'Haïti?  Changer le système avec qui?

Segundo, la plupart des acteurs qui prétendent être dans l’opposition sont des anciens candidats échoués, parlementaires ratés de leur vraie vocation formelle. Je questionne non seulement son niveau de légitimité populaire ainsi que ses résultats positifs dans le pays. Pourquoi ils usent ce vocable de peuple pour exprimer leur niveau de paresse politique, intellectuelle et j’en passe. Le vocable de “peuple” ne devrait donc pas être utilisé comme un  précieux outil de rassemblement pour maintenir une hégémonie honteuse, mais il devrait être plutôt  l’espace où incluent toutes couches sociales indépendamment du statut social, appartenance politique et religieuse… pour poser les vrais problèmes du système. Avez-vous du courage et de compétences nécessaires pour structurer un parti politique afin de proposer  des alternatives viables? Sans la présence d’une volonté manifeste et de réelles compétences, le changement de ce système pourri demeure une illusion. La gouvernance démocratique, n'était et ne serait jamais quelque chose de spontané, mais un projet construit et mesuré avec une réelle participation de toutes les parties prenantes impliquées et concernées.

In fine, je ne voulais pas terminer cet article sans demander à ceux ou celles qui auront à participer aux éventuelles élections : êtes-vous en mesure de sanctionner des politiques traditionnels, des gens qui vivent de la politique (WEBER, 1959). Et, l’autre question qui constitue le fil rouge de l’article : si M. MOÏSE Jovenel part, pour quelle gouvernance? Une gouvernance démocratique?  Encore une fois, « C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal, même le cordonnier est l’expert qui est le meilleur juge pour savoir comment y remédier... » (John DEWEY, 1920 ; cité par SINTOMER, 2008:115).

Amos FRANÇOIS,

Consultant Junior at Doxa Consulting sur des questions de Politiques Publiques  (évaluation).

Études en Management public et Gouvernance territoriale.

Diplômé en Études Politiques chez les Jésuites.

Mail : amosfrancois1@gmail.com

Tel : +33652838457

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