Navire-hôpital USNS Comfort

Les besoins de soins de santé en Haïti

Annoncée en grande pompe par l'ambassade des États-Unis en Haïti et le ministère de la Santé publique et de la population, la présence du USNS Comfort, navire-hôpital américain, dans les eaux haïtiennes ne fait pas l'unanimité. Le malaise s'exprime sous forme de rumeurs partagées par les moins avisés aux véritables inquiétudes exprimées par des spécialistes en santé publique.

Publié le 2019-11-08 | Le Nouvelliste

Du 6 au 13 novembre, le navire-hôpital USNS Comfort est censé prodiguer des soins de santé à une frange considérable d'habitants de l'aire métropolitaine. La longue ligne d'attente atteste, si besoin est, le dévouement d'une population en quête de soins de santé confrontée, souvent, à une indisponibilité des services de base. 
Des cas en attente depuis plus de 5 mois sont opérés, des patients aux besoins spéciaux sont vus, des médicaments sont aussi distribués, dans un rythme, une discipline et des conditions qui échappent depuis des lustres à notre système de santé. 

Le navire-hôpital USNS Comfort arrive aussi dans un contexte où les hôpitaux en Haïti, publics et privés, sont en faillite, asphyxiés et décapitalisés. Le pays surfe sur le fil du rasoir, cela va faire 8 semaines. Les besoins dans chaque secteur de la vie nationale sont énormes. Si certains perçoivent l'arrivée de ce navire-hôpital comme un coup de grâce donné aux revendications populaires, des spécialistes en santé publique regroupés au sein de certaines associations expriment des inquiétudes par rapport à une éventuelle volonté des autorités à donner une réponse conjoncturelle à un problème structurel.

« Cette aide aurait pu être utilisée dans le cadre d'un éventuel renforcement institutionnel pour le secteur médical. »

Le Dr Josette Bijou, spécialiste en santé publique et ancienne ministre de la Santé publique et de la Population, pense que la situation actuelle ne justifie pas un tel investissement de la part des États-Unis.

«Ces initiatives, je les conçois en cas de catastrophes naturelles quand les structures sanitaires sont atteintes physiquement. 
S’il est vrai que le pays est en pleine crise humanitaire, mais la situation ne justifie pas un tel investissement de la part des États Unis », avant de rejoindre l’idée de ceux qui pensent que cette aide aurait pu être utilisée dans le cadre d’un éventuel renforcement institutionnel pour le secteur santé. Ce serait vraiment une action durable.

La présence du navire-hôpital USNS Comfort traduit, selon plus d'un, une forme de reconnaissance d'un système de santé à bout de souffle. Le Dr Bijou, fort de ces longues années de carrière, croit qu'il est temps pour l'État haïtien de donner une attention spéciale à la situation sanitaire du pays.

« Aujourd’hui, toutes les institutions sanitaires du pays sont dysfonctionnelles et ceci a été aggravé avec la crise, mais avant, par manque d’argent, le personnel ne pouvait offrir les services à la population. Donc, ce n’est pas un hasard quand le peuple se fait humilier comme le montrent des images que je reçois.
De plus, la population est décapitalisée. Les gens n’ont pas le choix. 
Face à un État si irresponsable, je crois que les associations et organisations de Santé du pays doivent se mettre ensemble pour dire non à l’inacceptable. Notre système de santé ne peut plus continuer sa descente aux enfers. C’est dangereux pour tous ceux qui vivent au pays », s'alarme l'ancienne ministre de la Santé publique et de la Population.

L’OMS demande aux pays membres d’allouer au moins 15% de leur budget à la santé. En Haïti, le budget de la santé est moins de 5%, constate le Dr Josette Bijou, qui exhorte le législatif et les autres branches de l'État à prioriser les besoins du secteur santé pour permettre au pays d'atteindre les objectifs de développement durable ODD en 2030.

« S'il y a une crise humanitaire, il faut la déclarer sur l'ensemble du territoire national »

Le Dr Franck Généus, président de l'Association des hôpitaux privés d'Haïti, se veut un peu plus prudent et évite de tirer des conclusions hâtives.
« Le plus important, c'est que cette aide est la bienvenue, et dans l'histoire de la santé publique à travers le monde, l'armée a toujours eu un rôle important. Cependant, comme responsable d'institutions sanitaires, j'ai quelques interrogations ». 

« La condition selon laquelle une telle intervention serait justifiée dans un contexte où les hôpitaux sont décapitalisés, c'est l'existence d'une crise humanitaire dans le pays. Alors, s'il y a véritablement une crise humanitaire, qu'on la déclare sur l'ensemble du territoire national. Il ne s'agit pas de l'aire métropolitaine, c'est tout le pays qui se trouve dans une situation critique. Si l'état d'urgence est officiellement déclaré, cela va aider les institutions privées à trouver des intrants pour répondre aux besoins de santé du pays ».

Toujours dans cette même lignée, le Dr Franck Généus se demande si cette aide est adéquate ou tout simplement suffisante par rapport à la demande en Haïti. Ne serait-il pas mieux d'investir des fonds aussi importants dans des projets plus structurés ?

« Entre un jeune médecin mort pour n'avoir pas pu arriver à temps à l'hôpital et une jeune dame qui accouche dans la cour d'une station radio, la situation sanitaire est au plus bas niveau, il va falloir agir en conséquence ».

Le médecin, spécialiste en santé communautaire, qui travaille à carrefour, la commune qui accueille ce Navire-hôpital, dit avoir observé aussi un déploiement militaire trop important par rapport à une conjoncture aussi sensible.

« Il y a eu cette même  colère face à la délégation de l'armée dominicaine qui devrait assurer la distribution de l'aide en provenance de la République dominicaine après le passage de l'ouragan Matthew, cette colère devrait servir d'exemple aux dirigeants actuels pour limiter un tel déploiement de forces étrangères sur le territoire national », avance le Dr Franck Généus. 

Le MSPP rassure

Le directeur général du MSPP, le Dr Lauré Adrien, estime que les débats ont une dimension politique qui n'intéresse pas la santé et, par conséquent, le ministère qu'il dirige.

Cependant, en ce qui à trait à l'aspect médical, le Dr Lauré Adrien assure que tout a été pris en compte depuis plus de 5 mois. « Le peyi lòk n'a pas expliqué la venue du navire-hôpital, cela a été planifié depuis plusieurs mois. Au contraire, le peyi lòk a diminué l'ampleur de ce qu'on avait souhaité faire. Au préalable, plusieurs sites allaient être servis, ce qui n'est pas le cas maintenant. Tout a été revu à la baisse »

À l'écoute de toutes les inquiétudes, le directeur général du MSPP avoue que les dossiers de tout le personnel soignant ont été examinés à la loupe par la direction de la formation professionnelle en sciences de la santé. « Des dossiers incomplets ont été retournés pour nous assurer que tous ceux qui vont intervenir sur le navire-hôpital ont les compétences requises et le permis d'exercer aux États-Unis. Il y a une délégation de la direction de pharmacie qui est chargée d'inspecter les médicaments et, le suivi des patients opérés durant le dernier jour sera assuré par les hôpitaux publics présélectionnés par le ministère.

Ce serait incensé de croire que le ministère aurait pu planifier la venue d'une telle aide en quelques jours. 
Par ailleurs, le ministère donne des garanties que, au delà du navire-hôpital USNS Comfort, des efforts seront consentis pour continuer à soutenir le système de santé.

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