Qui nous protège et qui nous sert?

Publié le 2019-11-04 | Le Nouvelliste

Protéger et servir, deux verbes qui résument en gros notre travail en tant que policiers. Comme le veut la constitution en son article 269-1, nous avons juré de répondre aux exigences qui nous sont faites de protéger vies et biens de toute une population. Le gardien de la ville, c'est nous. Vents et marées, nous ne pouvons-nous payer le luxe d'abandonner notre mission.

Cela fait déjà presqu'un quart de siècle, sans lâcher prise, nous nous accrochons à ces deux verbes. Nous les conjuguons le jour comme la nuit  à tous allant et venant sans faire de discrimination aucune. Un quart de siècle que nous le faisons avec fierté et détermination.

La question que nous nous posons ici et maintenant: nous qui protégeons et qui servons, qui nous protège et qui nous sert?

Nos pairs? À l'intérieur de l'institution, nous sommes divisés. Mis à part l'institution elle-même qui est divisée dans sa structure, nos divisions se sont constatées d'abord au niveau de nos classes ou promotions. Certaines se sentent mieux formées les unes par rapport aux autres. D'aucuns se disent être de Missouri; d'autres se vantent d'être de Régina; sans oublier celles qui ont passé plus de temps en formation par rapport à d'autres; ainsi que les mieux encadrées tant au niveau logistique que de moyens financiers. Ensuite, avec nos unités dit-on les unes plus prestigieuses que les autres et des détachements avec leurs avantages particuliers, la polémique a perduré. Mais, là il n'y a aucun gros problème étant donné que cela est fait sous base des critères objectifs et selon les compétences et/ou le choix des intéressés. Enfin, par-dessus tout, la division la plus désavantageuse pour nous, c'est celle de l'Inspection Générale de la Police nationale d'Haïti et la Police nationale d'Haïti. Aussi bizarre que cela puisse paraître, elles sont vraiment divisées et le constat est palpable. À titre d'exemples, elles donnent leur bilan séparément et leur porte-parolat se distingue. Outre ses attributions de conseil, de contrôle et d'enquête, l'Inspection Générale de la Police nationale d'Haïti s'abuse largement à nous appliquer à répétitions des sanctions les unes les plus aberrantes que les autres dont les plus courantes sont les cas d'isolements et des rétentions de chèques.

La justice? C'est un rappel de dire que la police est l'auxiliaire de la Justice, que les deux travaillent pour un seul et même but: le maintien de l'ordre public. Elles se le doivent car les mots de la justice sans les actions règlementées et ordonnées de la Police ne sont que du vent; et les actions de la Police sans les garanties de la Justice ne sont que des mouvements nuls et de nuls effets. Toutefois, si les magistrats dans l'exercice de leurs fonctions se sentent en sécurité avec les agents de la force publique, les agents de leur côté n'ont pas cette garantie. À plusieurs reprises des guerres ouvertes se sont déclarées entre des agents de l'ordre et des magistrats. Les uns se croient plus chefs que les autres. Et quand la menace n'est pas directe, elle vient d'un suspect ou d'un prévenu que nous avons fini d'appréhender et relâché par la suite par un magistrat sous prétexte de quelques exceptions et en contrepartie. Comme cela, si les éléments ne peuvent pas s'entendre avec nous, ne parlons pas du système. Car il nous condamne bien avant qu'il nous juge.

Le législatif ? De 1995 à nos jours, combien de textes de lois qui ont été proposés, votés et ratifiés à notre bénéfice. Combien de lois qui ont parlé d'avantages sociaux pour nous autres les policiers? Combien de fois portent-ils un regard favorable sur nos conditions et proposent de façon pérenne des solutions appropriées en exigeant à l'exécutif d'appliquer et faire appliquer à notre avantage quelques-unes de nos prérogatives de fait insuffisantes. Ils ne le feront pas, sans doute jamais. Car ils auront toujours besoin que notre situation reste inchangée, nous leur sommes donc plus utiles à transporter leur cartable, ouvrir la portière de leur véhicule, nous promener partout et nous tenir derrière la porte de leur chambre ou des toilettes. Par ailleurs, ils approvisionnent en espèces de toutes sortes les contrevenants, les protègent, les rassurent, le cas échéant, planifient notre agonie avec eux (cas de Walky Calixte).

L'exécutif? Ils n'ont pas la tête à ça. Peut-être, ils sont trop préoccupés par la question de "stabilité". Ainsi, ils se préoccupent à passer des ordres. Ses réunions en grande partie s’axent sur l'orientation que doit prendre la «sécurité» dans le pays ainsi que son renforcement dans une zone par rapport à une autre, mais négligent surtout nous autres par qui leur modus opérandes doit être exécuté. Le CSPN, a-t-il pensé à nous donner un plan de carrière plus juste et plus adapté? À exiger le paiement à temps de nos salaires, frais et primes de risque? Et, à nous accompagner dans nos besoins les uns aussi pressants que les autres?

Alors, qui nous protège et qui nous sert?

Il semblerait que, depuis le jour où nous avons franchi la barrière de l'École Nationale de Police, nous ayons laissé par la même occasion nos droits après nous. Ainsi, nous cessions d'être citoyens. Et si nous le sommes encore, c'est avec des devoirs non avec des droits.

Au bout du compte, personne ne nous protège ni nous sert. Les institutions publiques ne donnent pas le ton, les institutions privées ne le cherchent pas non plus. Et, si par malheur l'on nous sert, nous sommes toujours très mal servis.

Noé Normar JOSEPH

Auteur

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