CARDH : Haïti s’enlise dans la violation des droits humains

Le Centre d’analyse et de recherches en droits humains (CARDH) a publié, lundi 4 novembre 2019, un rapport alarmant sur la situation des défenseurs des droits humains durant cette année entachée de crises sociopolitiques et économiques. Selon le CARDH, de mars 2019 à aujourd'hui, environ 12 défenseurs de droits humains et journalistes ont été agressés et/ou assassinés. La justice est restée muette sur des faits saillants, les conditions de vie inhumaine de la population haïtienne se détériorent. Afin d'éradiquer ces violations, le centre a appelé les acteurs concernés à respecter la loi.

Publié le 2019-11-08 | Le Nouvelliste

«La crise sociopolitique qui sévit en Haïti depuis environ un an porte atteinte particulièrement au droit à la vie, à l’intégrité physique et morale de nombreux citoyens», estime le Centre d’analyse et de recherches en droits humains. De février à septembre 2019, a répertorié ledit centre, 169 personnes ont été tuées, dont 107 par balle, des centaines blessées et d’autres sont portées disparues. Même les défenseurs de droits humains ne sont pas épargnés par les violations constantes des droits inaliénables de l’homme en Haïti.

«Pour l’année 2019, deux défenseurs ont été tués, deux blessés par balle et d’autres armes ; au moins sept agressés physiquement et verbalement, recevant des menaces de mort», a relaté le CARDH dans son rapport qui peint un tableau peu reluisant. Citant Michel Forst, rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs des droits humains, le centre rappelle que ce thème désigne ceux qui, individuellement ou en association, promeuvent et s’efforcent de protéger et d’instaurer les droits et libertés fondamentaux aux niveaux national et international, par des moyens pacifiques.

Ainsi, un défenseur de droits humains peut être un membre d’une organisation de défense, de promotion, de recherche en droits humains ; un journaliste, un travailleur humanitaire, un professionnel social et du droit, un membre d’organisation non gouvernementale. Pour l’organisation de défense des droits humains, ces défenseurs effectuent leurs travaux dans un contexte à la fois difficile et préoccupant. Haïti demeure encore un État fragile, caractérisé notamment par le désintérêt du gouvernement au respect des droits de la personne.

Parmi ces protecteurs persécutés dans l’exercice de leurs fonctions figure Me Gédéon Jean, directeur exécutif du CARDH, agressé physiquement et verbalement le 14 mars 2019 par des individus faisant partie de l’équipe de sécurité de l’ancien président Joseph Michel Martelly. Il s’apprêtait ce soir-là à quitter les locaux de la Radio-télé Caraïbes après avoir participé à une émission télévisée préenregistrée.

«Jean Bernard Marcelin, membre de la Commission épiscopale nationale Justice et Paix, a été violemment agressé le 16 octobre 2019 par des agents de l’USGPN postés dans les parages du Champ de Mars, à proximité de son bureau», a indiqué le CARDH, soulignant que ce dernier assistait aux obsèques de citoyens qui revendiquaient de meilleures conditions de vie et le départ du président Jovenel Moïse. Dans la foulée, des agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre ont agressé Me Mamousse Pierre Toussaint, coordonnatrice de l’Organisation des femmes pour l’évolution du Plateau central, qui assurait la défense de six personnes arrêtées puis déférées au parquet de Mirebalais le 26 octobre 2019.

Par ailleurs, le Centre d’analyse et de recherches en droits humains a rappelé les sombres circonstances dans lesquelles ont été assassinés les journalistes Pétion Rospide et Néhémie Joseph, les 10 juin et 10 octobre 2019. Dieu-Nalio Chéry, Edmond Agénor Joseph, Raynald Petit-Frère, François Jacquelin sont entre autres journalistes qui ont été victimes d’agressions policières ou d’autres autorités durant cet épisode de «peyi lòk».

Avant cette période, c'est-à-dire de juillet 2018 à aujourd'hui, rappelle le CARDH, d’autres défenseurs de droits humains ont été agressés et/ou assassinés. En attestent les cas de Vladjimir Legagneur et de Daniel Dorsinvil, respectivement photojournaliste et coordonnateur de la POHDH. Reprenant une infographie publiée le 3 novembre par le bureau de l’UNESCO en Haïti, l’organisation tire la sonnette d’alarme : «Quatre journalistes sont en difficulté dans le Plateau Central ; cinq dans le Nord ; treize inquiétés dans l’Artibonite ; trois dans le Nord-Est ; cinq dans le Nord-Ouest ; sept dans l’Ouest ; un dans les Nippes ; trois agressés dans le Sud-Est.»

En outre, le centre déplore l’augmentation exponentielle des groupes armés dans le pays, engendrant subséquemment un taux élevé de violence et de criminalité. Par ailleurs, le CARDH ajoute que «les violations de droits humains, telles que la répression et l’impunité, la traite des êtres humains, la pauvreté, l’inadéquation majeure des opérations de rétablissement ou de maintien de l’ordre» sont des éléments caractérisant l’État haïtien, dont les services étaient déjà inefficaces avant la crise qui secoue le pays.

Pour remédier aux menaces qui pèsent sur les défenseurs des droits humains, le CARDH prône la promotion de la Déclaration sur les groupes et organes de la société afin de protéger les droits humains et les libertés fondamentales universellement reconnus. «Établir une table sectorielle avec les trois pouvoirs ainsi que les autorités locales et des représentants de la société civile ; adopter une loi sur la protection des défenseurs des droits humains, conformément à ladite déclaration ; élaborer et appliquer un programme d’éducation civique autour du travail de défenseurs des droits humains», telles sont des solutions que propose le Centre d’analyse et de recherches en droits humains.

L'organisme invite les acteurs à appliquer aussi les recommandations du Conseil des droits humains(EPU) et celles des organes de traités et des procédures spéciales, particulièrement celles du rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits humains.

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